"Forgotten In Tunisia": L'émouvant hommage de Médecins Sans Frontières aux migrants accueillis en Tunisie

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TUNISIA MIGRANTS
Anis Mili / Reuters
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"Oubliés en Tunisie, histoires et témoignages de migrants fuyant la violence": c'est le titre du dernier album photos de Médecins Sans Frontières collecté dans le cadre du projet photographique "MSF on exposure" ("MSF s'expose").

Celui-ci rassemble, depuis mars 2015, des séries de clichés illustrant les actions de l'organisation humanitaire à travers le monde.

Dans le cadre de son dernier reportage photo, MSF revient sur sa mission auprès des migrants accueillis sur le territoire tunisien.

En parcourant les différentes interventions de l'organisation à Médenine, Sfax, Monastir et Tunis, le projet dresse plusieurs portraits photographiques saisissants. Des dizaines de migrants principalement nigérians, ivoiriens, mais aussi maliens, sénégalais, ghanéens, soudanais, camerounais et égyptiens sortent ainsi de l'ombre. Parfois immortalisés aux côtés d'un volontaire, d'un médecin ou d'un psychologue, ils partagent ici la difficile histoire qui les a conduits à traverser les frontières.

La bouleversante aventure tunisienne de ces courageux hommes et femmes commence à Zarzis le 27 mai dernier. Un texte introduisant les clichés nous indique que 127 personnes sont arrivées dans la ville tunisienne depuis la Libye à bord d'un bateau pneumatique. Manquant de carburant pendant plus de deux jours et après plusieurs heures de navigation, l'embarcation dérive en haute mer, laissant ses passagers sans eau ni nourriture. Ces derniers seront finalement secourus par les garde-côtes tunisiens, plus tôt alertés par la bienveillance d'un pêcheur, avant d'être transférés au foyer du croissant rouge tunisien de Médenine, soutenu par MSF.

Parmi ces instants capturés dans différentes institutions sociales et sanitaires locales on retrouvera le portrait poignant de Joy, gracieuse nigériane de 21 ans, arrachée de l'insouciance de la jeunesse par la torture et la violence de la prison. Ironie du sort, elle croisera le chemin de la jeune Fortune, plus jeune d'un an, dans l'embarcation libyenne.

D'autres ont fui la guerre en risquant à nouveau leur vie – comme Ibrahim, ce soudanais de 48 ans qui quitte le Darfour et sa famille avant de regagner la Libye qui sera également marquée par la guerre civile.

Maurice a 27 ans, lui aussi torturé en Libye, il vit rongé par la honte et le désir de retrouver sa femme au Cameroun. Pris en photo auprès de la psychologue, Monia Ben Taleb, celle-ci explique que "beaucoup d'entre eux, essaient de retourner en Libye pour reprendre la route de la mort vers l'Europe. Pour certains, après avoir quitté leur pays en investissant toutes leurs ressources financières et émotionnelles… le retour devient un choix difficile…"

En parcourant ces nombreux portraits empreints de détresse, les visages attendris de Marie Agama – une autre nigériane de 20 ans – et de sa fille Destiny, retiennent aussi notre attention. La jeune femme, alors enceinte lorsque le bateau de 127 passagers quittant la Libye dérive, donne naissance à son enfant à l'hôpital Fattouma Bourguiba de Monastir où elle est transférée par MSF quelques jours plus tôt.

Au fil de ces images nous traversons ainsi les étapes charnières de la vie. Les clichés du "Cimetière des Inconnus" à Sfax, nous font quant à eux passer par celle de la mort. Ce dernier abrite la dépouille de 44 migrants et réfugiés anonymes retrouvés inertes, après avoir tenté de rejoindre l'Italie depuis la Libye. Ces corps souvent décomposés, retrouvés sur les côtes tunisiennes, reposent dans le cimetière – aujourd'hui presque complet – grâce aux soins de volontaires.

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