En dépit de la reprise du tourisme, les sites archéologiques tunisiens restent vides

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Depuis le début de l'année 2017, le tourisme semble reprendre un rythme normal en Tunisie laissant croire en une saison touristique.

On pourrait croire que la reprise du tourisme impliquerait une reprise de l'activité touristique des sites patrimoniaux du pays, mais il n'en est vraisemblablement rien, selon un article publié par The National Abu Dhabi.

L'article s'est d'abord intéressé au site archéologique de Bulla Regia, situé dans le nord-ouest de la Tunisie, plus précisément dans le gouvernorat de Jendouba. Célèbre pour ses maisons romaines souterraines, conçues pour protéger les habitants de la chaleur, le site abrite également des mosaïques romaines remarquablement bien préservées.

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L’amphithéâtre du site archéologique de Bulla Regia dans le Sud-Ouest de la Tunisie

Salah Massai, un tunisien de 29 ans vivant dans la ville de Jendouba et sa femme Jessica, une américaine de 22 ans visitaient le site quand ils découvrent qu'ils sont les seuls à y être.

"Si ce site était en Grèce, ils seraient des millions de touristes à le visiter", a déclaré Salah.

De son coté, Jessica estime que le gouvernement tunisien s'investit dans la promotion de ses plages au détriment des sites archéologiques qui se retrouvent légués au second plan. "Il n'y a pas de publicité appropriée", dit-elle. "Les plages et les hôtels sont d'avantage mis en avant. Bulla Regia n'a pas l'attention qu'elle mérite". a-t-elle déclaré avant d'ajouter "C'est vrai que les États-Unis ont une histoire, mais rien d'aussi ancien", dit-elle en ajoutant que "Bulla Regia, c'est fascinant."

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Les galeries souterraines de l’amphithéâtre du site archéologique de Bulla Regia

Toujours selon le journal émirati, le ministre tunisien des Affaires culturelles, Mohamed Zine El Abidine, avait déclaré le mois dernier que sur les 30.000 sites patrimoniaux du pays, seulement 60, soit 0,2%, étaient ouverts aux visiteurs.

"Aucun touriste n'est venu de toute la semaine", a déclaré Mahmoud, un garde qui travaille à Bulla Regia et qui affirme que l'expérience de Salah et Jessica n'a rien d'inhabituelle.

Lors de la dernière édition de Tunis Forum, organisé sous le thème "Tunisie – Chine : un partenariat d’avenir", la ministre du Tourisme, Salma Elloumi Rekik, a déclaré qu'il y avait un vaste marché chinois pour le tourisme patrimonial auquel la Tunisie devrait s’intéresser.

"Les touristes chinois ne sont pas vraiment attirés par les plages. Ils s'intéressent plutôt à la culture et aux sites archéologiques. Nous devons essayer de satisfaire leurs demandes" a-t-elle déclaré.

"Il y a beaucoup plus à voir en Tunisie que 1.300 kilomètres de plages", déclare-t-elle à The National ajoutant que "l'histoire de notre pays est vieille de plusieurs milliers d'années, des sites archéologiques datant des civilisations phénicienne, carthaginoise, romaine ou encore byzantine qui peuvent constituer une attraction pour les touristes tout au long de l'année".

Les Tunisiens quant à eux estiment que l'infrastructure n'est pas adaptée à un tourisme de ce genre.

"Il n'y a pas assez de moyens de transport entre les lieux côtiers touristiques et les sites archéologiques à l'intérieur du pays", a déclaré Mohamed Ali Toumi, président de la Fédération Tunisienne des Agences de Voyages (FTAV)

Mohamed, gardien dans les ruines romaines de Makthar, une ville du nord-ouest de la Tunisie, estime que le manque d'hôtels et de lieux de loisirs pourraient être la cause de l'absence de tourisme dans la région.

Les ruines romaines de Makthar sont parmi les plus grands sites archéologiques du pays, si grandes qu'elles n'ont toujours pas été totalement explorées.

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Les thermes romains de Makthar

Sami, un habitant de Makthar, dit être prêt à héberger des touristes dans son domicile contre de petites sommes d'argent. "C'est la seule solution, et j'en serai ravi", dit-il.

The National revient également sur l'état critique de nombreux autres sites archéologiques tunisiens abandonnés par l'État, comme celui d'Acholla, près de la ville côtière de Sfax. Le journal rapporte que les bergers paissent leurs bétails dans les vestiges de l'amphithéâtre du site, tandis que ses mosaïques jadis les plus impressionnantes d'Afrique, sont couvertes d'ordures et de mauvaises herbes.

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Une mosaïque du site archéologique d'Acholla, actuellement à l'abandon

"Il y a beaucoup à voir dans ce site qui n'a jamais été ouvert au public, mais les ruines sont mal conservées. Peut-être qu'un jour nous pourrons organiser des visites pour les touristes, mais il est d'abord nécessaire de le restaurer", explique Wided Ben Abdallah, responsable à l'inspection régionale de l'Institut National du Patrimoine à Sfax.

Faouzi Mahfoudh, directeur général de l'Institut national du patrimoine tunisien reconnaît que bon nombre de sites archéologiques ne sont pas correctement entretenus, faute de moyens financiers.

"C'est pourquoi nous devons élaborer des priorités et choisir quelques sites pour les maintenir. C'est notre politique". a-t-il ajouté.

Ali Khiri, un fonctionnaire à la retraite qui consacre son temps à la promotion et à la défense du patrimoine tunisien en tant que président de l'Association des Amis du patrimoine, estime que le gouvernement pourrait s’investir d'avantage. "Le tourisme culturel est profitable, tandis que le tourisme de masse est dépassé" a-t-il affirmé.

"En France et en Italie, la plupart des recettes du tourisme proviennent du tourisme patrimonial. Je sais que des investissements seront nécessaires, mais nous pourrions faire comme l'Europe" ajoute Ali Khiri.

Il estime aussi que l'État tunisien a raté une occasion de réformer le tourisme du pays après la révolution et les attaques terroristes de 2015 qui selon lui, ont mis l'industrie tunisienne à genoux.

"C'était une opportunité incroyable", a-t-il ajouté avant de conclure: "Il y a un manque de volonté politique".

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