Égalité dans l'héritage: Un pas de plus pour le droit des femmes ou un moyen utilisé à des fins électorales? (VIDÉO)

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Depuis l'appel du président de la République Béji Caid Essebsi à revoir la question de l'égalité devant l'héritage, les réactions s'enchainent et le débat prend de l'ampleur.

Dans l'émission "Jadal" diffusée sur la chaine Al Araby, plusieurs experts tunisiens étaient invités afin de livrer leur analyse sur cette question. Si pendant près d'une heure, la problématique a été abordée sous tous les angles, la question du timing de cette proposition a été sujette à plus de divergences.

"Je suis pour l'égalité entre homme et femme cependant j'ai des réserves à propos de cette proposition", a martelé l'avocat Nizar Ayed. Selon lui, cette question est étroitement liée aux préceptes religieux du peuple tunisien qui a manifesté à deux reprises (en 1959 et 2014) son attachement à la Charia comme étant source de législation. "La constitution tunisienne de 1959 ainsi que celle de 2014 prouvent que la majorité des Tunisiens voient que les principes de l'Islam sont la source principale de législation" a-t-il affirmé.

Me Ayed a estimé qu'ouvrir maintenant un débat aussi sensible n'est autre qu'une tentative pour attirer la sympathie d'un large éventail d'électeurs. "C'est pour remporter des victoires trompeuses sur le dos de la femme" a-t-il lancé. L'avocat a souligné la nécessite d'arrêter de faire de la cause des femmes un appât pour des fins purement politiques. Il a estimé qu'il vaut mieux écarter "la femme" des tiraillements politiques, notamment à l' approche des élections.

Interrogé sur son avis à propos de l'attitude du diwan al Ifta sur ce point, Me Ayed a noté que les opinions du mufti de la République n'engagent que lui en ajoutant, d'autre part que le silence du mouvement Ennahdha prouve le fait qu'elle est bénéficiaire de cette situation.

Pourtant pour l'avocat Abdessatar Messaoudi, le choix du timing ne représente pas un problème, au contraire. "Ce n'est qu'une excuse bidon" a-t-il répliqué. Il a jugé que le fait de s'attacher littéralement au texte coranique ne pourrait pas faire avancer le pays. Il a expliqué que les interprétations des textes religieux évoluent avec le temps. "Et le peuple tunisien est totalement prêt pour ce débat" a-t-il souligné.

Me Messaoudi a indiqué que cette situation lui rappelle fortement celle liée à l'époque où l'ancien président de la Tunisie Habib Bourguiba avait appelé à l'abolition de la polygamie. Une position qui a été sévèrement critiquée à l'époque. "Ils l'ont même traité d'apostat" a-t-il rappelé en ajoutant qu'après, la majorité des pays arabes et musulmans l'ont suivi et ont interdit la polygamie.

Pour Sami Brahem, Chercheur au sein du Centre d'études et de recherches économiques et sociales (Ceres), il a estimé que ce débat sera ouvert tôt ou tard. D'après lui, il est plus judicieux de débattre cette question épineuse que de la fuir. Il a ajouté que ceux qui appellent à l'égalité dans l'héritage ont déjà adopté cette réflexion depuis des années.

Brahem a indiqué que la question est plutôt relative aux failles au niveau de la rédaction de la Constitution 2014. Il a indiqué que plusieurs de ses articles convergent vers l'égalité or ce n'est pas le cas pour le sujet d'héritage. "Les Tunisiens sont prêts au dialogue, à condition que ce dernier soit civil" a-t-il souligné.

Lancée le 13 août 2017 par le président de la République, Béji Caid Essebsi, le débat portant sur égalité des droits successoraux entre les deux sexes a fait couler beaucoup d'encre.

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