Tunisie: La servitude des aides ménagères entre banalisation et résistance dans un reportage de Mediapart (VIDÉO)

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La servitude des aides ménagères est un sujet récurrent en Tunisie. Les scandales qui éclatent à la suite de faits divers médiatisés sont nombreux mais cette recrudescence abrite-t-elle une certaine banalisation de ce fléau? C'est ce suggère la reportage"Tunisie: en finir avec la traite des jeunes aide ménagères" de Mediapart réalisé par le journaliste tunisien Haythem El Mekki dans le cadre de la rubrique "Haut-Parleurs". (vidéo ci-dessous)

"Dans certains villages du nord-ouest de la Tunisie, on peut 'acheter' des gamines pour qu’elles travaillent chez soi. Certaines se soumettent, d’autres fuient, quelques-unes en arrivent à se suicider. Les autorités ne font que dénoncer. Une bonne partie de la population est dans le déni, voire insensible, et va jusqu’à justifier ceci par la pauvreté des parents qui ne leur laisse pas le choix", c'est ainsi qu'on présente l'ampleur du phénomène de la traite des aides ménagères.

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Le reportage dévoile le parcours de l'une d'entre-elles, amenée à travailler depuis l'âge de 9 ans contre un salaire de misère. Comme elle, beaucoup subissent encore le même calvaire. Haythem El Mekki revient, en effet, sur l'une des affaires récentes qui a fait jaser en Tunisie concernant les photos relayées massivement sur les réseaux sociaux montrant une petite fille mineure dans un centre commercial en train de porter de grands paquets achetés par la femme qui l'accompagne.

Autre élément appuyant l'ampleur du fléau, la déclaration de la ministre de la Femme, de la Famille et de l'Enfance, Néziha Laabidi, qui révèle que des fillettes tunisiennes sont vendues aux marchés hebdomadaires dans certaines régions. Ces filles mineures et déscolarisées sont vendues via des intermédiaires pour servir d'aides ménagères.

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Rym Amami, membre de l'ONG "Avocats sans frontières", explique ce mal persistant par sa banalisation: "C'est un phénomène accepté, les gens sont habitués à voir ça depuis très longtemps", a-t-elle affirmé en relevant que certains croient que ces jeunes filles sont mieux chez leur employeur que chez leurs parents.

Rawdha Laabidi, présidente de l'Instance nationale contre la traite des personnes, révèle dans ce reportage, que 595 cas de traites de personnes ont été enregistrés dans les tribunaux tunisiens entre 2015 et 2016, dont la plupart concerne la mendicité des enfants, puis la servitude des jeunes filles et l'exploitation économique.

Le reportage se termine sur une note optimiste en soulignant la fin de l'impunité de la servitude, sévèrement sanctionnée dans la loi sur la traite des personnes et en dévoilant des mouvements de résistance, déterminés à mettre fin à ce fléau, en citant l'exemple des quelques habitants de Fernana (gouvernerat de Jendouba) qui se sont interposés, le 6 juillet, pour empêcher un père d'envoyer ses deux filles travailler comme aides ménagères, l'une d'elles n'avait que 10 ans.

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