Cap sur le pays des merveilles de Jean-François Fourtou

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Jean-François Fourtou, Tombée du ciel, 2011. © de l’artiste. Courtesy of Galerie Mitterrand, Paris. | Jean-François Fourtou
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ART - Le célèbre personnage d'Alice, de Lewis Carroll, aurait très bien pu se retrouver dans le jardin de Jean-François Fourtou à Marrakech. Elle y aurait croisé non pas le chapelier fou, mais les sculptures et les maisons de différentes tailles créées par l'artiste français. Fort heureusement, pas besoin d'être un personnage de roman pour partager ces découvertes. Le public pourra ainsi avoir la chance de plonger dans le monde renversant de Fourtou le 25 septembre, à l'occasion de la journée découverte organisée au sein de la propriété privée de l'artiste.

Si les visiteurs ne seront pas en mesure d'arpenter en moins de 24 heures les onze hectares que compte la propriété, ils auront cependant l’occasion de découvrir Dar El Sadaka, la villa à louer de l’artiste, et de se balader entre ses parterres de roses, ses champs de vignes et son potager où le personnel de la villa fait pousser des légumes géants. Les visiteurs pourront notamment déguster ces mets cartoonesques lors d’un déjeuner XXL organisé devant “La maison du géant”, une des attractions les plus importantes de la journée avec “Tombée du ciel”.

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Jean-François Fourtou, Tombée du ciel, 2011. © Jean-François Fourtou. Courtesy of Galerie Mitterrand, Paris.

C’est la tête à l’envers qu’il faudra regarder cette dernière construction, dont la façade rappelle celle d'une maison européenne typique, mais qui ne manquera pas de provoquer la curiosité des visiteurs puisque elle a la particularité d'être renversée sur son toit. “C’est la maison dans laquelle est mort mon grand-père, un homme doté d’une sensibilité artistique et auquel j’étais très attaché", raconte Jean-François Fourtou au HuffPost Maroc. “À l’intérieur, je me suis inspiré du mobilier que l’on retrouvait dans sa vraie maison. C’est comme si lui-même me l’avait renvoyé du ciel à travers le temps", explique-t-il.

J’ai besoin du regard des autres pour pouvoir évoluer

Toujours attaché à ses souvenirs d’enfance, Jean-François Fourtou a créé “La maison du géant” en se remémorant ce qu’il ressentait face aux meubles et objets devant lui. Car quand on mesure à peine un mètre, tout nous semble surdimensionné. “C’est un peu le souvenir que j’ai de la chambre que j’occupais dans la maison de campagne de mon arrière-grand-mère,” raconte Fourtou. “Un adulte qui va monter sur une chaise ou sur un lit dans cette maison va se sentir comme un enfant de quatre ans. J’ai vu des adultes ramper, pleurer ou rire, en rentrant dans la maison du géant,” dit-il.

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Jean-François Fourtou, Mes Maisons, 2007. © Jean-François Fourtou.

L’artiste a créé la même maison à deux autres échelles. L'une façon maison de poupée, où l'artiste s’était recroquevillé en position foetale pour jouer d’avantage sur ce rapport d’échelle, l'autre étant une maison de taille “trois quarts” et qui fut un temps la chambre de sa fille, jusqu’à ses 10 ans. “Cette maison 3/4 était contiguë à ma chambre mais pour la rejoindre, ma fille devait traverser une armoire magique comme un passage secret,” décrit-il enthousiaste.

Comme un éléphant

Fourtou, c’est aussi des sculptures d’animaux improbables. Les visiteurs de Dar El Sadaka pourraient tomber nez-à-nez avec un orang-outan en cherchant les toilettes, ou encore apercevoir des fourmis géantes escaladant la façade de la villa. D’autres créatures immobiles se cachent dans le parc de sculptures et des constructions architecturales de Jean-François Fourtou: des chevaux, des trompes d’éléphant, des moutons… Mais gare aux tortues, il y en a aussi des vivantes.

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"Créer des animaux à l’aspect inoffensif et les mettre dans un milieu urbain, comme une girafe dans une salle à manger, c’est un peu peu la façon dont je me sentais au milieu des gens, dans la ville, décalé, incongru", se souvient l’artiste, qui a décidé il y a 17 ans de s’installer à Marrakech et d’y fonder une famille, après avoir vécu à Paris, Madrid et New York.

“Le fait de ne plus habiter son pays, d’être tout le temps en transit, un peu comme un nomade, fait qu'on n'est déjà plus dans un moule et on sort du contexte dans lequel on a été prédestiné", explique Jean-François Fourtou qui vit depuis 25 ans loin de chez lui. “Aujourd’hui, je peux donc dire que je me sens dans mon élément", déclare l’artiste. “J’ai fédéré ma famille ici et mon souhait est que notre base familiale reste au Maroc, même si je garde un esprit nomade", dit-il.

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Jean-François Fourtou, Sans titre, 2008. © Jean-François Fourtou. Courtesy of Galerie Mitterrand, Paris.

L’artiste français s’est également attaché aux artisans du Maroc. Beaucoup de maâlems ont contribué à la création des sculptures et maisons imaginées par Fourtou, aussi farfelues soient-elles. En travaillant avec plusieurs personnes pour chaque création, Fourtou a composé une équipe marocaine qu’il décrit comme à l’écoute et ouverte à l’improvisation.

Cette journée découverte est la première d’une série de visites guidées des lieux pour donner la chance aux curieux, collectionneurs et amoureux d’art de découvrir les oeuvres extravagantes de Jean-François Fourtou. “Mes oeuvres doivent également vivre à travers l’expérience des autres, et j’ai besoin de leur regard pour pouvoir évoluer", explique l’artiste. D’autres dates sont ainsi prévues pour ceux qui ne feront pas partie des 18 participants de cette première visite, pour laquelle il est prudent de réserver.

Jean-François Fourtou est né le 30 avril 1964 à Paris. Il est diplômé en 1992 de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris. Depuis 2000, il vit et travaille à Marrakech. Une sélection de ses oeuvres et photographies sont actuellement exposées à la galerie Aeoroplastic à Bruxelles et à la Galerie Mitterand à Paris. Il signe plusieurs réalisations notamment pour les vitrines de la boutique Hermès à Tokyo. Il a aussi participé plusieurs fois à la Biennale de Marrakech.

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