Des Oulémas rejettent la proposition de l'égalité dans l'héritage proposée par Béji Caid Essebsi

Publication: Mis à jour:
Imprimer

"La question autour de l'égalité des sexes en matière d'héritage ne devrait pas se poser aujourd'hui" a martelé l'ancien mufti de la République Hamda Saïd, dans une déclaration accordée à Mosaïque Fm. Il a noté qu'aucun savant islamique n'a évoqué la question de l'héritage depuis le temps du prophète en soulignant le fait que le Coran est bien claire sur cette question, et ce en expliquant toutes les possibilité sans laisser de place au doute. "Celui qui adhère à cette proposition est plus proche de la sortie que de l'entrée en Islam" a-t-il lancé.

En effet, Saïd n'est pas le seul à avoir rejeté la proposition du président Béji Caïd Essebsi d'instaurer l'égalité entre hommes
et femmes en matière d'héritage. D'autres oulémas ont également manifesté leur refus en jugeant cette question, hautement délicate, contraire aux préceptes de l'islam et "dangereuse" pour la société tunisienne. Il s'agit d' "une violation flagrante des préceptes" de l'islam, ont dénoncé dans un communiqué des imams et spécialistes de la charia (loi islamique).

"L'héritage en islam est clairement expliqué dans le Coran". Il "ne peut être ni modifié ni interprété", a déclaré lors d'une conférence de presse l'ex-ministre des Affaires religieuses Noureddine Khadmi.

Khadmi a considéré, par ailleurs, que le soutien de l'office de l'Ifta à cette initiative est contraire aux déclarations formulées par le mufti de la République en 2016. Il a appelé le mufti à clarifier et à changer sa position qui s'avère contraire à la Charia.

Vouloir changer les textes régissant l'héritage, "c'est comme dire que Dieu a été injuste avec la femme, ce qui est complètement faux puisqu'il y a plusieurs cas où la femme hérite plus que l'homme", a affirmé pour sa part Fatma Chakout, enseignante à l'université islamique de la Zitouna.

Le cheikh Abdallah el-Oussif, docteur en sciences islamiques, a enfin assuré que la proposition du président Essebsi "exprim(ait) une grande ignorance des préceptes islamiques", en la jugeant "dangereuse" parce qu'elle risque de diviser la société.

Elle "intervient à une période où le peuple a besoin de davantage de solidarité et d'unité" au vu des problèmes socio-économiques du pays, a-t-il lancé.

La question de l'égalité entre hommes et femmes en matière d'héritage reste une question très sensible dans le pays.

La Tunisie a adopté en 1956 un Code du statut personnel (CSP) qui a accordé plusieurs droits aux femmes et aboli la polygamie et la répudiation.

La Tunisie est depuis considérée comme pionnière dans le monde arabe en matière de droits des femmes, mais les tiraillements entre progressistes et conservateurs refont régulièrement surface.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.