Fonction publique: Depuis 2014, la Tunisie a quasiment suspendu les embauches selon l'Observatoire Tunisien de l'Économie

Publication: Mis à jour:
ADMINISTRATION PUBLIQUE
DR
Imprimer

Comment l'évolution de l’embauche dans la fonction publique en Tunisie a-t-elle évolué durant ces dernières années? La réponse a été dévoilée dans une analyse élaborée par l’Observatoire tunisien de l’économie (OTE). Ce dernier est revenu sur l’évolution de l’emploi dans l’administration publique en Tunisie durant la période qui s’étale de 2008 à 2016 en se basant sur les données et les statistiques de la Banque centrale.

D'après l'OTE, l'évolution de l'embauche en Tunisie a été marquée par trois phases distinctes: la première date d'avant 2011, et les deux autres marquent l'ère post-révolution.

Pour la première phase, l’administration tunisienne embauchait en moyenne 7500 personnes par an.

Quant à la deuxième phase, qui s'étale de 2011 à 2013, le taux d’embauche dans la fonction publique a explosé avec une moyenne de 22.200 personnes par an. C'était, en effet, sous le gouvernement de la "Troïka" où le nombre d'agents publics est passé de 444.905 à 533.069 en un an. Et c'est le ministère de l'Éducation qui a connu le plus de recrutements, suivi des ministères de la Santé et de l'Agriculture.

Cette explosion d’embauche s’explique, selon l'OTE, par le choix des autorités de l’époque d’absorber la tension sociale et de relancer la croissance par l’embauche dans la fonction publique, à travers la politique de "Go & Stop", promue par l’économiste Taoufik Rajhi.

Cette vague de recrutement a suscité en 2013 la réaction de nombreux syndicalistes et partis politiques, notamment après l'adoption d'une loi "exceptionnelle” qui favorise l'accès à des postes dans l’administration publique et ouvre la voie à un recrutement sans concours pour les martyrs et blessés de la révolution, ainsi qu'à ceux qui ont bénéficié de l’amnistie générale en 2011.

Rappelons qu'en 2013, l’Union tunisienne du service public et de la neutralité de l’Administration (UTSPNA) a tiré la sonnette d'alarme affirmant que "93% des nominations pour les membres de la Troïka dans le secteur public ont été en faveur des partisans d’Ennahdha". Ennahdha avait alors nié à de nombreuses reprises.

D'après une étude menée en 2013 par l'organisation I Watch, 93% des jeunes Tunisiens affirment que le recrutement dans la fonction publique est sujet à la corruption. Une révélation qui met en doute les critères de transparence et les processus de recrutement dans la fonction publique. I Watch a noté, d'ailleurs, dans une conférence de presse tenue ce jeudi 17 août 2017, que 25% des réclamations qui parviennent à l'organisation sont relatives au recrutement dans la fonction publique. Des soupçons de corruption ont été, également, évoqués par la conseillère rapporteuses à l'Instance Nationale de Lutte Contre la Corruption, Najet Becha, où elle a révélé à Mosaïque Fm que de nombreuses réclamations recueillies par l'instance dénotent de l'absence de transparence des procédures de recrutement et de promotion de certains fonctionnaires.

Après la phase "Go", la phase "Stop" a été enclenchée dès 2014, comme le montre la figure ci-dessous.

fonction publique

Ainsi, à partir de 2014, l’État a quasiment suspendu les embauches, indique l'OTE. Le gouvernement a même réduit le nombre d’emploi en 2015.

Il est à noter que cette phase de "Stop" coïncide avec l’Accord de confirmation signé en 2013 avec le FMI.

Selon le FMI, la masse salariale de la fonction publique en pourcentage du PIB en Tunisie est parmi les plus élevées au monde. Il a recommandé, d'ailleurs, la rationalisation de la masse salariale du secteur public afin de dégager une plus grande marge de manœuvre en faveur des investissements publics, surtout qu'environ 70% des dépenses de l'État sont absorbés par les salaires.

Pour faire face à ce problème et rétablir l'équilibre, la Tunisie s'est engagée à encourager les jeunes diplômés du supérieur à lancer leurs propres projets. Une solution qui pourrait limiter les dégâts et représenter une nouvelle alternatives aux jeunes chercheurs d'emploi.

"Le recrutement dans l'administration publique a atteint ses limites et la fonction publique est saturée," a indiqué l'ancien chef du gouvernement Habib Essid à l'ouverture des ateliers du dialogue national sur l'emploi en mars 2016. "Cette dernière compte 800 mille employés, alors qu'elle n'a besoin que de 300 mille", a-t-il soutenu, ajoutant que le secteur public n'est pas la seule solution au problème du chômage structurel.

D'autres mesures ont été prises dont notamment l'encouragement au départ à la retraite anticipée dans la fonction publique. Une proposition stipulant que le postulant à la retraite avant 55 ans peut bénéficier de deux ans de salaire avec la possibilité d’obtenir un crédit bancaire pour la création d’un projet.

LIRE AUSSI: Recrutement, mobilité, retraite: Les premières pistes de la réforme de la Fonction publique

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.