Panneaux solaires flottants, la solution innovante de Fellah Pro

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PANNEAU SOLAIRE FLOTTANT FELLAH PRO
Panneaux solaires flottants installés par Fellah Pro | DR Fellah Pro
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AGRICULTURE - Vous connaissiez déjà l’utilisation de panneaux solaires pour réduire les coûts de l’irrigation? Fellah Pro fait mieux et propose des panneaux solaires flottants. Développée par Ismail Bouhamidi, cette idée originale présente le double avantage d’offrir une alternative écologique à l’utilisation des combustibles fossiles pour l’irrigation, tout en conservant les terrains qui peuvent être alloués à d’autres fonctions.

L'évaporation coûte jusqu'à 10.000 dirhams par an

Lancée en 2016, la startup connait des débuts difficiles, mais arrive à se faire une place, obtenant même une reconnaissance internationale en se classant dans les 100 startups les plus inspirantes socialement au monde, selon le palmarès SE100 2017 de Social Enablers.

Concrètement, il s’agit de l’installation de panneaux solaires directement sur l’eau des bassins d’accumulation. Idéal pour les petits agriculteurs qui veulent franchir le pas du solaire, mais qui ne disposent pas du foncier nécessaire pour l’installation des panneaux. "Au départ, je voulais seulement aider les agriculteurs à rationaliser les dépenses liées à l’alimentation des pompes d’irrigation", raconte Ismail Bouhamidi.

En effet, avec du butane ou du gasoil, le paysan peut débourser jusqu’à 30.000 dirhams par an et par hectare pour faire tourner ses pompes, ce qui représente dans certains cas jusqu’à la moitié de ses coûts de production. C’est en cherchant une solution écologique qu’Ismail pense à installer ses panneaux sur l’eau. "Cela permettait d’un côté de pallier le problème du foncier, mais également de lutter contre le phénomène d’évaporation", explique le jeune ingénieur agronome. Car entre le moment où l’eau est tirée du puits et celui où elle est pompée pour irriguer la parcelle de terre, elle s’évapore rapidement, faisant perdre à l’agriculteur jusqu’à 10.000 dirhams par an.

Le Crédit agricole prêt à financer l'installation

Autre avantage fourni par le contact permanent avec l’eau: l’amélioration du rendement. "Ce qu’il faut savoir avec la technologie solaire, c’est que plus les plaques chauffent, plus leur rendement baisse", précise Ismail Bouhamidi. Les installer sur de l’eau permet donc un refroidissement naturel qui améliore leur rendement pour atteindre 9 heures par jour.

Et pour remédier au coût d’installation qui peut être difficile à supporter en un seul paiement, Fellah Pro travaille en partenariat avec le Crédit Agricole qui peut financer le projet. "Nous accompagnons l’agriculteur dans toutes ses démarches avec la banque", rassure Ismail. Il suffit pour cela de disposer d’un compte courant et de n’avoir aucun impayé. L’investissement est d’ailleurs amorti en deux ou trois ans par l’agriculteur, qui ne supporte que le coût de la maintenance estimé à 2.000-3.000 dirhams par an. L’entreprise offre également une garantie de 25 ans sur les plaques solaires et de 3 ans sur les pompes.

Développement difficile faute de moyens

En parallèle, Fellah Pro a développé une application mobile qui permet de contrôler à distance les pompes solaires et met à disposition de l’agriculteur des conseils d’encadrement fournis par des ingénieurs agronomes, des techniciens, des vétérinaires, etc.

Basée à Errachidia, l’entreprise a déjà réalisé trois installations, dont la plus grande sur 20 hectares, mais a du mal à prendre plus de commandes, fautes de moyens. "Nous ne pouvons pas aller plus vite que la musique. On est obligé d’attendre le règlement du client avant de pouvoir prendre une autre commande, car nous n’avons pas de quoi payer le fournisseur". Une situation handicapante pour l’entrepreneur qui souhaite l’ouverture de plusieurs points de vente au Maroc et lorgne du côté de l’Afrique.

Des débuts difficiles

Si Fellah Pro a reçu aujourd’hui la reconnaissance de la communauté internationale, les débuts n’ont pas été aussi roses. "L’idée m’était venue en 2014, mais j’ai dû attendre deux ans avant de pouvoir lancer mon entreprise", se rappelle Ismail Bouhamidi.

Fort de son expérience cumulée de 8 ans en tant que responsable commercial agricole, le jeune diplômé de l’Institut agronomique et vétérinaire de Rabat veut se lancer dans l’entrepreneuriat. Il débute alors en tant que conseiller agricole privé grâce à un agrément délivré par le ministère de l’Agriculture. "J’ai commencé avec un statut d’auto-entrepreneur mais je ne pouvais pas faire autre chose que du conseil en l’absence de financement", déplore Bouhamidi.

Ce dernier tombe alors sur un appel d’offres pour le financement de projets agricoles porté par la Banque africaine de développement, en partenariat avec le ministère de l’Agriculture marocain et l’Agence de développement agricole (ADA) et le Crédit Agricole. Après avoir postulé et fourni toutes les pièces nécessaires, le financement (de l’ordre de 800.000 dirhams) ne vient toujours pas. "Nous étions une centaine de personnes à avoir postulé. Deux ans après, personne n’a encore rien reçu".

Ismail ne baisse pas pour autant les bras. Si le financement ne vient pas du côté public, il ira le trouver du côté privé. C’est ainsi que le jeune entrepreneur se lance dans le monde des startups. Entre compétitions de pitching, incubateurs et espaces de coworking, il frappe à toutes les portes.

Après avoir peaufiné son argumentaire au fil des compétitions, il arrive à se classer parmi les 8 finalistes de Cleantech innovation avec, à la clé, 10.000 dollars pour son projet et remporte 20.000 autres dirhams dans le cadre de l’Innovation Camp organisé lors de la COP22. Cette somme, à laquelle s'ajoutent 100.000 dirhams en fonds propres, lui permet de lancer son affaire à petite échelle en attendant le déblocage des 800.000 dirhams promis par le Crédit Agricole.

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