Entre juifs, chrétiens, athées et salafistes, la liberté religieuse en Tunisie est-elle respectée? Réponse du Département d'État américain

Publication: Mis à jour:
RELIGIONS
ipopba via Getty Images
Imprimer

Le Rapport International sur les Libertés Religieuses de 2016 (International Religious Freedom Report for 2016) a été publié (août 2017) sur le site du département d'État des États-Unis.

Un rapport annuel qui documente détails et faits liés à la liberté des croyances religieuses dans près de 200 pays. Il liste ainsi les violations et abus, dans ce cadre, de la part du gouvernement, de groupes terroristes ou d'individus.

Le rapport débute par un discours du Président américain Donald J. Trump: "L'Amérique a, depuis le début, été un lieu attaché à la liberté de confession. Malheureusement, beaucoup de personnes autour du globe ne jouissent pas de cette liberté. Nous prions pour trouver la force et la sagesse pour créer un meilleur avenir, où le bon peuple de toutes confessions, chrétiens, musulmans, juifs ou hindous, puissent suivre leurs coeurs, selon ce que leur dicte leurs consciences."

Le terrorisme, provenant de l'État Islamique, semble être la préoccupation majeure. La dénomination ISIS (État Islamique), ou encore le mot "terrorisme" reviennent constamment, dénonçant tout au long du rapport, les brutalités causées par ces groupes.

"La promotion des libertés religieuses à l'échelle internationale exige qu'on se lève pour les droits des populations les plus vulnérables au monde. Le traitement brutal de l'État Islamique infligé aux minorités ethniques du Moyen-Orient a grandement attiré l'attention ces dernières années. Le rapport annuel de 2016 revient sur les détails de ces atrocités." lit-on dans un mot de Rex. W. Tillerson, secrétaire d'État, dans la préface du rapport.

Ceci étant, la dénomination "État Islamique" (ISIS) ne revient à aucun moment dans la partie du rapport dédiée à la Tunisie, ou à ses voisins du Maghreb, l'Algérie et le Maroc. "ISIS" est mentionnée 7 fois dans celui de l'Égypte, plus d'une vingtaine de fois dans celui de la Libye et plus d'une soixantaine de fois pour la Syrie.

Coup d'oeil sur la Tunisie

"Le gouvernement américain estime la population totale à 11.1 millions (Juillet 2016), dont 99% sont des musulmans sunnites" estime le rapport.

99%, même pourcentage pour l'Algérie et le Maroc selon le même rapport. Mais dans quelles mesures ces chiffres sont-ils exacts?

Des pourcentages qui supposent une unanimité des croyances parmi le peuple, sans jamais connaitre la méthodologie utilisée pour les statistiques, qui laissent deviner que ces dernières peuvent être des suppositions basées sur les textes de la constitution, qui revendiquent la religion musulmane comme religion d'État, comme c'est le cas pour la Tunisie.

Un écart visible entre ces données et le résultat d'autres enquêtes. Une étude menée par l’Institut arabe des droits de l’Homme en 2015 indique que 73% des Tunisiens se considèrent comme très pieux (dont seulement 58.8% de pratiquants), 19.6% se considèrent comme peu religieux et 7% comme irreligieux.

"Dans les textes de la constitution tunisienne, l'Islam est considéré comme la religion du pays, en même temps, le pays est désigné comme un État civil" stipule le rapport.

Cependant "Le code pénal criminalise tout discours 'portant atteinte à l'ordre public ou à la morale' et tout acte qui puisse troubler les morales éthiques de la société dans l'intention 'd'enfreindre délibérément la pudeur' " spécifie-t-il.

Une contradiction subtile qui pourrait passer inaperçue.

Mais tout au long du rapport plusieurs contradictions touchant la liberté de conscience apparaissent. Tandis que quelques lois peuvent laisser entendre une étendue de libertés, d'autres viennent poser des limites. Mais ce qui touche le plus aux libertés, ce sont surtout les comportements de certains partis au pouvoir ou d'autres individus.

Le rapport énonce par exemple le fait que:

  • La loi n'interdit pas aux partis politiques de se baser sur la religion, mais interdit aux partis politiques d'utiliser la religion pour appeler à la violence ou à la discrimination.
  • Il est obligatoire pour les étudiants dans les écoles publiques de suivre les cours d'éducation islamique. Le programme dans les écoles secondaires comprend des cours d'histoire du christianisme et du judaïsme.

Minorité chrétiennes

  • Le gouvernement permet aux églises chrétiennes de fonctionner librement, gérées par des membres de la communauté chrétienne.
  • Certains chrétiens ont cependant révélé que les procédures civiles pour le mariage, le divorce ou encore l'héritage sont basées sur des pratiques islamiques et donc non conformes avec la foi chrétienne.
  • D'ex-musulmans qui se sont convertis au christianisme ont exprimé leur inquiétude face aux menaces de violence de la part des membres de leurs familles ou d'autres personnes. Ils pointent en fait la pression sociale qui s'exerce sur ceux qui quittent la religion musulmane.

Minorité juive

  • Des groupes de juifs ont déclaré que le gouvernement permet à la communauté juive de pratiquer librement ses croyances. C'est d'ailleurs le gouvernement qui paye le salaire du grand rabbin et sécurise les synagogues.
  • Mohamed Aziz Siala a été suspendu de ses fonctions de Coach sportif pour avoir promulgué des propos discriminatoires à l'encontre des juifs.

S'agissant des salafistes, qui sont réapparu après la fuite de Ben Ali, les choses se sont vite mouvementées et ils n'ont peut-être pas reçu l'accueil qu'ils avaient espéré.

En effet, dans une enquête publiée en 2012 par la société Tunisie Sondage, en collaboration avec TBC Partners, il est révélé que 84 % des Tunisiens ressentaient une montée de l’extrémisme religieux en Tunisie, 78% considéraient que cette montée constitue une menace pour les libertés individuelles et la liberté d’expression.

Depuis les attaques de Bardo et de Sousse, les salafistes sont de plus en plus rejetés. Voici quelques bribes du rapport concernant leur situation:

  • "Qamis" et longue barbe sont associés aux actes de violence, les salafistes déclarent les porter pour ressembler au prophète Mohamed. En 2016, l'observatoire tunisien des droits et libertés a dénombré plusieurs cas où les forces de sécurité ont pris d'assaut des voyageurs à cause de leur apparence, comme les cas de Abderahman Mejri, passager d'un taxi collectif, qui a été arrêté par la police et interrogé pendant 4h avant d'être relâché. Ce dernier considérant cet incident comme basé sur son apparence.
  • Les salafistes disent être soupçonnés de terrorisme par la police depuis l'instauration de l'état d'urgence continu en 2015, suivant l'attaque de Bardo.
  • Les médias ont rapporté plusieurs cas d'agression de femmes par la police, car elles portent le niqab.
  • Amnesty International rapporte que la police cible ces individus (salafistes), les détiennent et parfois même, procèdent à leur torture.

Bien que la Tunisie a su garder une certaine stabilité politique, que sa situation est nettement meilleure que celle d'autres pays arabes, qui souffrent encore des séquelles de leur "révolution", les libertés religieuses ne sont pas plus respectées. Les incidents se répètent et les différents groupes religieux en souffrent, salafistes, chrétiens, juifs et autres.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.