Égalité dans l'héritage: Les dirigeants d'Ennahdha entre l'esquive et le "contre"

Publication: Mis à jour:
ENNAHDHA
Nicolas Fauqué via Getty Images
Imprimer

La proposition faite par le président de la République dimanche à l'occasion de la fête de la femme de mettre en place l'égalité dans l'héritage continue de faire parler.

Et à Ennahdha, les différents protagonistes du parti n'ont pas tous la même vision.

Abdellatif Mekki: "La question de l'héritage n'a rien à voir avec celle de la parité"

Dans une publication sur sa page Facebook, le dirigeant d'Ennahdha a affirmé ne pas comprendre le lien entre l'égalité dans l'héritage et la parité s'interrogeant sur le bien fondé d'une telle chose: "Pas d'interprétation possible avec un texte religieux clair que même Bourguiba n'a pas pensé à réformer" a-t-il lancé.

"Surtout que la question de l'héritage ne représente pas une urgence pour le pays, qu'il n'engendre pas de lassitude au niveau de la société et qu'il n'a aucun lien avec la question du développement, une question très importante pour les Tunisiens" a-t-il ajouté.

Pour lui, "la question de l'héritage n'a rien à voir avec celle de la parité que nous défendons. Celle-ci s'inscrit dans des agendas idéologiques et politiques intérieures et extérieures, et cela nous désole que le président ne l'ai pas remarqué".

"Il n'est pas acceptable de changer un texte religieux clair" a-t-il repris.

Noureddine Arbaoui, président du bureau politique: Dans l'attente des résultats de la commission

Interrogé par la TAP sur la question de l'égalité dans l'héritage, le président du bureau politique d'Ennahdha, Noureddine Arbaoui a a affirmé que son parti n'a pas d'objections contre l'égalité successorale tant qu'elle ne s'oppose pas à la Constitution et aux principes de l'Islam expliquant attendre les résultats des travaux de la commission créée à cet effet par le président de la République Béji Caid Essebsi.

Cependant, "Ennahdha n'a pas été appelée à participer aux travaux de la commission" a-t-il noté ajoutant que "l'égalité dans l'héritage se pose d'un point de vue religieux et sociétal et toutes les parties politiques et civiles ont le droit de prendre part aux discussions autour de cette question".

Abdelfattah Mourou: "Une question loin d'être seulement politique"

Invité de l'émission Midi Show de la radio Mosaïque Fm, le premier vice-président de l'Assemblée des représentants du peuple et vice-président d'Ennahdha Abdelfattah Mourou a esquivé la polémique. En effet, il a affirmé que Béji Caid Essebsi aurait dû en parler avec les autres partis politiques mais aussi avec les autorités religieuses parce que "la question est loin d'être seulement politique".

Pour lui, la question se pose "aux institutions de l'État, et au Mufti qui doit avoir un avis neutre à mon avis, d'autant plus qu'Essebsi n'a pas posé un projet clair mais a simplement exprimé une volonté de voir l'égalité entre les hommes et les femmes".

Monia Brahim, députée d'Ennahdha: "Est-ce que la question portant sur l'égalité dans l'héritage est l'une de nos priorités?"

La députée s'est montrée choquée quant au contenu du récent discours du président de la République, prononcé à l'occasion de la fête nationale de la Femme, en arguant que ce dernier déçoit ses attentes.

Monia Ibrahim souligne, par ailleurs, que la question de l'héritage est bien claire dans l'Islam. "En religion, il y'a des préceptes constants qui ne demandent pas d'interprétation" note-t-elle.

"Est-ce qu'elle est une question primordiale? Vivons-nous dans un vide législatif en matière d'héritage pour lancer une telle initiative?" s'est elle encore interrogée.

Rafik Bouchleka Abdesslam: "Ne vous attendez pas à ce que l'on vote pour quelque chose qui va à l'encontre des bases de notre religion"

Le dirigeant d'Ennahdha a publié sur sa page Facebook, le message suivant: "Ne vous attendez pas à ce que l'on vote pour quelque chose qui va à l'encontre des bases de notre religion et de l'esprit de notre constitution, et qui s'est installée dans la société depuis des siècles".

Indiquant "être avec les droits des femmes, complets et non partiels", il affirme être contre l'égalité dans l'héritage: "La question de l'héritage est plus grande qu'Ennahdha et que l'ensemble des politiciens" a-t-il noté.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.