Pour la députée d'Ennahdha Monia Ibrahim, la Tunisie a "d'autres problèmes" que l'égalité dans l'héritage

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GENDER EQUALITY
Meriel Jane Waissman
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"Est-ce que la question portant sur l'égalité dans l'héritage est l'une de nos priorités?" s'interroge la députée du mouvement Ennahdha Monia Ibrahim dans une déclaration accordée à Mosaïque Fm. "Est-ce qu'elle est une question primordiale? Vivons-nous dans un vide législatif en matière d'héritage pour lancer une telle initiative?" demande-t-elle encore.

La députée s'est montrée choquée quant au contenu du récent discours du président de la République, prononcé à l'occasion de la fête nationale de la Femme, en arguant que ce dernier déçoit ses attentes. Elle estime qu'il est plus judicieux de traiter les problèmes économiques et sociaux qui rongent le pays plutôt que d'ouvrir le débat sur des sujets qui ne sont pas d'actualité. "Nous attendions des initiatives portant sur de nouvelles mesures capable de nous sortir de la crise" lance-t-elle en rappelant que le pays se trouve dans une impasse et que plusieurs questions importantes comme celles relatives à l'ISIE et aux municipales sont en suspens.

Monia Ibrahim souligne, par ailleurs, que la question de l'héritage est bien claire dans l'Islam. "En religion, il y'a des préceptes constants qui ne demandent pas d'interprétation" note-t-elle.

Toutefois, les avis sur la question d'héritage demeurent partagés. Si certains trouvent l'égalité entre les êtres humains quelque soit leur race, religion, couleurs, sexe ou langue est un droit fondamental, d'autres estiment que la religion a été bien claire à ce sujet, et ce en mentionnant le verset coranique qui dit qu'un homme avait droit au double de l'héritage de la femme.

De son côté, l'office de l'Ifta considère, dans un communiqué rendu public, que l'initiative du Président de la République représente un pas en avant dans la marche pour l'égalité dans les droits et les devoirs. "Ces propositions renforcent la position de la femme et est une garantie au principe d'égalité entre l'homme et la femme en droits et en devoirs conformément à notre religion," précise le communiqué.

Une position qui s'avère en contradiction avec la précédente position du mufti de la République, Othman Batikh, qui auparavant avait annoncé que la question de l'héritage en Islam est claire et nette. Elle est contraire à la loi musulmane (chariaâ) s’agissant d’une question réglée par un texte qui ne souffre aucune interprétation. Il va plus loin en ajoutant qu’aucun "ijtihad" (effort de réflexion) n’est possible à ce sujet puisque le verset coranique à ce sujet est précis.

En marge de la fête du 13 août, le président de la République avait en effet appelé à mettre en place une loi instaurant l'égalité dans l'héritage et l'annulation de la circulaire de 1973 qui interdit à une femme tunisienne de se marier un non-musulman.

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