Ils se sont convertis à l'islam pour pouvoir se marier avec une Marocaine (TÉMOIGNAGES)

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L'amour est parfois plus fort que tout | DR
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ISLAM - Les différences culturelles font, bien souvent, la force et la richesse d'un couple. Mais quand il s'agit de religion et de conviction, les choses peuvent se compliquer. En Tunisie, le président Béji Caid Essebsi a appelé, lors de la fête de la femme, célébrée le 13 août, à mettre en place une loi annulant une circulaire datant de 1973 qui interdit à une femme tunisienne de se marier avec un non-musulman. Une interdiction qui prévaut également au Maroc.

La règle du mariage avec une personne, qui n'est pas de confession musulmane, est inscrite dans le Coran. D'après la Sourate Al-baqarah, verset 221, "n'épousez point les Associatrices (polythéistes, ndlr) avant qu'elles ne croient! Certes, une esclave croyante est meilleure qu'une Associatrice, même si celle-ci vous plaît. Ne donnez point [vos filles] en mariage aux Associateurs avant qu'ils ne croient! Certes, un esclave croyant est meilleur qu'un Associateur, même si celui-ci vous plaît. Ces gens-là appellent à l'Enfer, tandis qu'Allah appelle au Paradis et au Pardon". Un croyant, quelle que soit sa religion, peut donc se marier avec un musulman.

L'interprétation juridique de la Chariâ est, elle, plus regardante à l'égard des femmes qui veulent se marier avec un non-musulman qu'envers les hommes, qui peuvent se marier avec des non-musulmanes. "La Chariâ ne permet pas à la femme musulmane d’épouser un non-musulman", assure au HuffPost Maroc Abdellah Raoui, adoul à Rabat depuis 1991. L'homme non-musulman (même s'il est juif ou chrétien) est donc obligé de se convertir à l'islam pour avoir le droit d'épouser sa conjointe musulmane.

Le HuffPost Maroc est allé à la rencontre de ces hommes qui se sont convertis à l'islam, pour pouvoir se marier avec une Marocaine. Quand l'amour est plus fort que les convictions...

Si tu veux te marier, convertis-toi

Stéphane, originaire du sud de la France vit, aujourd'hui, à Casablanca. Marié depuis 17 ans à la femme qu'il a rencontrée, par hasard, un jour de 1998, il s'est converti à l'islam pour pouvoir se marier. "Vivre en concubinage, pas évident au Maroc pour un Français et une Marocaine. La pression sociale est énorme. Il a fallu se marier, pour continuer à vivre ensemble et en toute tranquillité", explique-t-il.

Il n'y avait pas vraiment d'alternatives, je vivais au Maroc et je voulais vivre avec elle.

Même son de cloche du côté de Jean. "Il n'y avait pas vraiment d'alternatives, je vivais au Maroc et je voulais vivre avec elle. Ça facilitait aussi beaucoup de choses pour les voyages et la vie, en général, au-delà de l'aspect mariage classique".

Pour Baptiste, en revanche, la conversion et le mariage, en plus de concrétiser son amour, étaient un moyen de trouver un travail. "Il faut savoir que trouver un emploi au Maroc, quand on est étranger, peut être très compliqué. La préférence nationale est appliquée relativement rigoureusement et les employeurs sont soumis à des démarches longues et fastidieuses, pour justifier l’emploi d’un ressortissant étranger. Un des moyens de court-circuiter la préférence nationale est d’être marié à un/une citoyen(ne) marocain(e)", raconte-t-il.

La pression familiale

La pression familiale joue aussi un rôle dans ce choix, souligne Baptiste. "Mes beaux-parents sont des gens très ouverts et relativement peu pratiquants, mais je pense que ma conversion était une chose importante, pour eux. Je ne suis pas certain qu’ils auraient apprécié me marier à leur fille, au Maroc, si je ne m’étais pas converti", affirme-t-il, soulignant que, pour eux, c'était aussi une preuve d'amour envers leur fille.

Les parents de Loubna, installée à Londres, ont accepté que leur fille se marie avec un étranger, à condition que son conjoint devienne musulman. "Il a accepté, mais il s'est converti pour faire plaisir à mes parents et épouser la femme qu'il aime", confie-t-elle. "J'ai trouvé cela totalement stupide. Mes parents voulaient un musulman pour faire bonne figure devant les voisins et la famille quand on leur demandera si leur gendre est musulman. Mais, dans les faits, et Dieu le sait, il n'est pas pratiquant. C'est à se demander de qui nous avons le plus peur...", déplore-t-elle.

Mais, parfois, les familles réagissent autrement. "La famille de mon épouse a été très discrète et je les en remercie encore", confie Stéphane.

Le jour où ils sont devenus musulmans

"Ça s'est déroulé comme une formalité administrative. Nous avions rendez-vous en fin de journée avec l'adoul. Ce dernier m’a fait réciter phonétiquement la fameuse phrase (la chahada ndlr) que j’ai oubliée, puis m’a demandé 400 dirhams avant de me dire: 'Bienvenue!' et de noter mon nouveau statut sur un immense registre", sourit Stéphane.

J'ai juste dû dire la phrase en arabe en répétant chaque mot que me dictait l'adoul.

La simplicité de la démarche a quelque peu surpris Jean: "La conversion s'est déroulée beaucoup trop facilement. J'avais un peu préparé le rendez-vous, je pensais que c'était un test. J'avais appris la phrase disant qu'il n'y a qu'un seul Dieu et que Mohammed est son prophète, en arabe. J'avais appris les 5 piliers de l'islam, je pensais vraiment qu'ils allaient me poser quelques questions, mais, en fait, pas du tout. J'ai juste dû dire la phrase en arabe en répétant chaque mot que me dictait l'adoul".

Depuis, cette conversion n'a pas bousculé grand chose dans leur vie. Surtout parce qu'ils n'étaient pas forcément religieux avant de devenir musulman. "Je continue à regarder la religion et ceux qui la pratiquent de loin, sans m’immiscer dans leur croyance et en restant humble quand la conversation vient à glisser dans ce sens", souligne Stéphane.

Baptiste, lui, s'est rapproché de l'islam, mais pour d'autres raisons. "Ma conversion n’y est pour rien. C’est surtout le fait de vivre dans un pays musulman, de travailler et de côtoyer des musulmans pratiquants ou non, qui m’a poussé à m’y intéresser".

Asma Lamrabet, médecin et chercheuse: "La foi est une question privée"

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Dans son dernier livre, Islam et femmes: les questions qui fâchent (éditions En toutes lettres, février 2017) la médecin et chercheuse marocaine Asma Lamrabet a soulevé la question du mariage et des différences entre les hommes et les femmes.

"Tout part d'une interdiction religieuse. Les hommes musulmans ont le droit de se marier avec une chrétienne ou une juive et les femmes musulmanes n'ont pas le droit. C'est un consensus religieux qui s'est établi depuis des siècles, basé sur une interprétation humaine culturelle et non sur le texte coranique", souligne-t-elle au HuffPost Maroc.

Pour qu'une musulmane puisse se marier avec un non-musulman, il faut donc que ce dernier se convertisse à l'islam. "Durant le travail que j'ai fait, ces dernières années, j'ai été amenée à chercher si un verset parlait de cette différence. Effectivement, il y a un verset sur le mariage. Mais, surprise, ce verset est totalement égalitaire. Ce qui vaut pour les hommes, vaut pour les femmes", indique Asma Lamrabet. Et ce qui vaut, c'est le mariage avec un croyant. "Ce qui est interdit, pour les deux, c'est le ou la polythéiste (mouchrik), mais encore faut-il, aujourd'hui, redéfinir ce qu'est un ou une polythéiste dans notre contexte", précise-t-elle.

"L'islam n'accepte pas qu'on soit hypocrite"

"Quand on dit à un jeune non-musulman que la condition, pour que le mariage ait lieu, c'est qu'il se convertisse, c'est aller à l'encontre du religieux, de la liberté de conviction religieuse qui existe dans toutes les religions, mais aussi à l'encontre de l'islam. L'islam n'accepte pas qu'on soit hypocrite. C'est quelque chose de fondamental dans la foi islamique. Parce qu'on sait très bien qu'il se convertit seulement sur le papier", affirme la chercheuse.

Abdellah Raoui nuance ces propos. "Durant mon exercice du métier d'adoul, j’ai remarqué que ceux qui se présentent pour se convertir à l’islam se sont déjà fait une idée de cette religion à travers des recherches sur Internet et, pour les plus érudits d’entre eux, ils ont lu le Coran et des livres de théologie spécialisés dans l’islam traduits. Tous, en tout cas, ont une idée d’avance sur l’islam et certains viennent chez nous déjà convertis à l’islam, juste pour conclure l’acte de mariage", raconte l'adoul.

A présent, nous remarquons que ceux qui viennent se convertir le font plus par conscience et volonté.

"Avant, nous recevions des hommes non-musulmans qui souhaitaient se marier, mais n’avaient pas vraiment conscience de l’importance de la conversion à l’islam. Il nous arrivait de refuser si nous sentions que la conversion n’émanait pas d’une conviction. A présent, nous remarquons que ceux qui viennent se convertir le font plus par conscience et volonté", ajoute-t-il.

Asma Lamrabet souligne aussi l'ambivalence du mariage de certains musulmans "de culture", qui s'appellent "Mohammed" ou "Saïd" mais qui, dans les faits, sont athées ou agnostiques et qui peuvent se marier sans se convertir, puisqu'ils sont considérés comme musulmans de naissance.

"J'estime que le mariage est basé sur le respect et l'amour réciproque. C'est au couple seul de gérer ses problèmes de foi, de transmission de la culture et de la religion, pas à la société", conclut-elle.

Les étapes pour se convertir à l'islam

"Le Maroc a pris ses précautions dès 1995, après l’attentat terroriste à l'hôtel Atlas-Asni à Marrakech en août 1994. A partir de là, tout mariage mixte doit faire l’objet d’une enquête auprès du parquet. Ainsi, un étranger voulant épouser une Marocaine doit faire sa demande auprès du parquet et apporter toutes les pièces demandées (attestation de célibat, casier judiciaire, attestation de résidence, copie du passeport, copie de la carte nationale, photos, certificat médical sur les maladies contagieuses...). Le ministère de la Justice, de son côté, mène aussi une enquête sur sa 'bonne conduite'", explique Abdellah Raoui.

"Après les attentats du 11 septembre, il y a eu renforcement des mesures préventives. A la demande d’autorisation de mariage, s’est ajoutée 'la capacité de mariage'. Cela implique les autorités du pays auquel appartient l’époux étranger. Elles doivent également mener une enquête sur lui", ajoute l'adoul.

Une fois le côté administratif terminé et s’il n’y a pas d’objection, le juge de la famille donne une autorisation de mariage: l’acte de mariage peut être signé auprès des adouls (la signature a lieu devant deux adouls). Le converti répète mot à mot la chahada. Il doit aussi choisir un prénom, sinon, on lui propose un prénom arabe à partir du sien: Joseph, par exemple, deviendra Youssef, David sera Daoud, et Jacob sera Yaacoub. "Embrasser l’islam est un acte gratuit. Il n’y a pas d’impôt à payer", assure Abdellah Raoui.

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