La mort de Imad El Attabi attise le Hirak du Rif

Publication: Mis à jour:
FUNRAILLE IMAD EL ATTABI
DR
Imprimer

HIRAK - "Qui a tué El Attabi?". Les militants des droits de l’Homme se sont retrouvés, mercredi soir à 19h30, devant le siège du parlement, au centre de Rabat, pour poser cette question. Ils n’en cherchaient pas la réponse car, sur leurs pancartes, ils accusent "le Makhzen d’être responsable de la mort de El Attabi". Rassemblés au nom du comité de soutien du Hirak à Rabat, munis de bougies, ils ont observé "un sit-in de colère" criant qu’ils sont "tous El Attabi".

Selon l’Association marocaine des droits humains (AMDH), près de 300 militants ont marqué leur présence à ce sit-in au cours duquel les prises de parole ont reproché à l’Etat "son mutisme" quant à l’état clinique du manifestant après son transfert à l’hôpital militaire. Grièvement blessé à la tête, lors de la marche du 20 juillet à Al Hoceima, interdite par les autorités locales, Imad El Attabi était plongé dans un coma dont il ne s’est finalement pas réveillé.

Le parquet a annoncé officiellement son décès, mardi. La nouvelle n’a pas tardé à susciter une vague de tristesse et de colère que les militants du Hirak ont exprimée par des protestations. Avant celui de Rabat, le comité de soutien du Hirak à Casablanca a organisé, le jour même de la nouvelle, un sit-in à la mémoire de Imad El Attabi.

Munis de bougies, les militants se sont retrouvés à la place des Nations unies, pour dénoncer une mort causée "par les violentes répressions" à l’encontre de la marche.

La tension monte à Al Hoceima

A Al Hoceima, la tension monte, indique, au HuffPost Maroc, un responsable local de l’AMDH, Faissal Aoussar. Décrivant les funérailles de Imad El Attabi, mercredi soir, au cimetière Igar Azouga à Al Hoceima, à quelques mètres de la demeure familiale El Attabi, il raconte qu’une marée humaine était rassemblée, face à une présence imposante des forces de l’ordre.

"Des familles entières, dont certaines résidant à l’étranger, étaient là, ainsi que des militants et des jeunes et moins jeunes… La présence a été massive au cours des funérailles de Imad", relate-t-il. Et de préciser que l’attente du corps du défunt s’est prolongée de longues heures tout l’après-midi. "Nous l’avions attendu pour la prière d’Al Asr, mais finalement, son corps transporté par hélicoptère est resté à l’aéroport. Nous n’avons pas eu d’explication. Ce n’est que vers 19h que les funérailles ont commencé".

Un cortège impressionnant est venu témoigner sa compassion à la famille du défunt. "Au cortège, une grande douleur s’est emparée de la foule et des slogans de colère ont jailli, faisant porter la responsabilité de la mort de Imad El Attabi aux forces de l’ordre. Il est le premier martyre du Hirak", explique Faissal Aoussar, estimant que ce décès sera gravé dans "la mémoire collective du Rif".

Pour ce militant des droits de l’Homme, "l’approche sécuritaire exagérée va jeter l’huile sur le feu". Et d’estimer que "seule la libération des détenus politiques du Hirak et pro-Hirak peut apaiser le climat. Sinon, le Hirak, toujours pacifique, poursuivra son chemin".

Sit-in devant l'ambassade du Maroc à Paris

Au-delà des frontières, en France, l’AMDH Paris/IDF appelle, à son tour, à un rassemblement pour dénoncer "les crimes commis par le Makhzen contre le peuple marocain", indique l'association dans un communiqué. Le sit-in est prévu demain, vendredi 11 août à 19h devant l’ambassade du Maroc à Paris.

L'association réitère "l’amertume" des militants des droits de l’Homme quant à ce nouveau drame qui a frappé un jeune du Hirak devenu désormais le "martyre de la marche du 20 juillet".

L’AMDH Paris veut également crier sa colère contre la mort de El Ghazi Khelada. Ce dernier, détenu à la prison de Beni Mellal, sans lien direct avec le Hirak d’Al Hoceima, avait entamé, en avril dernier, une grève de la faim pour défendre ses droits et se faire entendre. 90 jours plus tard, il a perdu la vie.

L'AMDH veut, à travers ses sections, dénoncer les condamnations des jeunes du Hirak, la "hogra" (mépris), et appeler à la libération de tous les détenus des événements d’Al Hoceima, déclenchés il y a neuf mois suite au décès de Mohcine Fikri.

LIRE AUSSI: