Condamnation d'El Mahdaoui: Human Rights Watch appelle le Maroc à "respecter sa propre constitution"

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HIRAK - Après Reporters Sans Frontières (RSF), Human Right Watch (HRW) monte aussi au créneau. Pour l'organisation internationale de défense des droits de l'Homme, Hamid El Mahdaoui ne doit pas rester en prison.

Le journaliste et directeur de publication de Badil.info avait été arrêté le 20 juillet dernier, lors d'une manifestation interdite par les autorités à Al Hoceima. Il a été condamné cinq jours plus tard à trois mois de prison "en vertu d’un chef d’inculpation qui viole son droit à la liberté d’expression pacifique", a estimé Human Rights Watch, dans un communiqué publié mardi 8 août.

Outre cette peine de prison, El Mahdaoui a aussi été condamné à une amende de 20.000 dirhams pour avoir contribué à organiser et incité le public à participer à une manifestation non autorisée, rappelle HRW. Cette décision se base sur des propos que le journaliste avait tenus le 19 juillet dernier, dans cette même ville, soutenant le mouvement du Hirak et condamnant l'interdiction par les autorités de la manifestation prévue alors le lendemain.

Respecter la constitution

"Exprimer son désaccord avec une décision de l’Etat et apporter son soutien à un mouvement protestataire ne devraient conduire personne en prison", a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice exécutive de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. "Au lieu d’interdire des manifestations et d’emprisonner des journalistes, le Maroc devrait faire respecter sa propre constitution, qui garantit les libertés d’expression et de réunion".

Selon Lahbib Hajji, l'avocat d'El Mahdaoui cité par HRW, le journaliste "traversait l’une des principales places d'Al Hoceima" quand "des admirateurs l’ont interpellé, lui demandant de prendre des selfies avec eux et l’exhortant à s’exprimer sur le mouvement Hirak". La scène, montrant "ce rassemblement spontané", avait alors été filmée par un policier. Celle-ci a été utilisée comme élément de preuve dans son procès.

L'ONG, "qui a visionné la vidéo et a pris connaissance de la transcription, n’a rien trouvé dans l’une ou l’autre qui relève d’une incitation directe de Mahdaoui à participer à la manifestation interdite du 20 juillet. Hajji, son avocat, a déclaré que le tribunal n’avait fourni aucune autre preuve en dehors de la vidéo et de la transcription".

Après trois jours passés en détention préventive, le journaliste a été accusé par un procureur "d'incitation à commettre une infraction grave ou mineure au moyen de discours et de cris […] dans un lieu public" et "de participation à l’organisation d’une manifestation non autorisée" (en vertu de l’article 299-1 du code pénal marocain et de l’article 14 de la loi sur les rassemblements publics, respectivement), rappelle HRW.

Sous écoute téléphonique

Mais ce n'est pas tout. Hamid El Mahdaoui est accusé dans une autre affaire encore plus grave. Celle-ci s'appuie sur des éléments recueillis par la police au cours d'une écoute téléphonique. Le 1er décembre 2016, le président de la Cour d’appel de Rabat a donné à la police judiciaire l’autorisation de placer sur écoute 30 lignes téléphoniques, y compris celle d'El Mahdaoui. Il aurait alors reçu un appel téléphonique d'un certain "Noureddine", un opposant marocain à la monarchie résidant aux Pays-Bas.

Ce dernier aurait même menacé "d’introduire des armes à Al Hoceima" pour "commettre un attentat au Maroc si les détenus du Hirak ne sont pas relâchés". Ce même individu aurait révélé, au cours de ces conversations téléphoniques, avoir fait don de "160.000 euros au Hirak".

"La transcription révèle que Mahdaoui insiste à plusieurs reprises auprès de Noureddine pour que celui-ci renonce à ce projet, soulignant que les manifestations de Hirak sont pacifiques et doivent le rester", relève l'organisation dans son communiqué.

"Un journaliste jouit du même droit que n’importe quel autre citoyen marocain de critiquer l’interdiction d’une manifestation sans avoir à être jeté en prison pour incitation", souligne de son côté Sarah Leah Whitson.

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