Affaire Hamid El Mahdaoui: le comité de soutien dénonce "un procès contre la liberté d'expression"

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CONFRENCE COMIT DE SOUTIEN
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SOUTIEN - "Mon frère a été victime d’un règlement de comptes. Je le répéterai à chaque fois que j’en aurai l’occasion". Asmae El Mahdaoui ne mâche pas ses mots quand elle prend la parole pour défendre son frère, Hamid El Mahdaoui, directeur et rédacteur en chef du site Badil.info.

Arrêté à Al Hoceima, le 20 juillet, il a été inculpé d’"incitation d’individus à commettre des délits par des discours et des cris dans des lieux publics" et condamné, le 25 juillet, à trois mois de prison ferme assortie d’une amende de 20.000 dirhams. Quelques jours plus tard, il a été transféré à la prison de Casablanca, Oukacha, pour répondre d’une nouvelle accusation: "non révélation d’attentat contre la sûreté de l'Etat". S’il est reconnu coupable, il pourrait être condamné de deux ans jusqu’à cinq ans de prison ferme et à une amende allant de 1.000 à 10.000 dirhams, conformément à l’article 209 du code pénal.

"C’est trop! Mon frère, qui a toujours gardé le sourire, est un grand humanisme. Il ne mérite pas la prison!", témoigne Asmae, les larmes aux yeux, lors d’une conférence de presse organisée ce mardi 8 août à Rabat, par le comité de soutien au journaliste Hamid El Mahdaoui et aux journalistes détenus. Une semaine après sa constitution, le comité a réuni la presse pour dénoncer "le procès inéquitable" dont El Mahdaoui a fait l’objet. "La rapidité avec laquelle il a été arrêté, inculpé et condamné mérite d’être qualifiée de record mondial. C’est une première dans les annales", lance le coordinateur du comité, Khalid Jamai.

Pour le comité de soutien, c’est "la liberté d’expression" qui est visée, en premier, à travers le procès de Hamid El Mahdaoui et des 6 autres journalistes derrière les barreaux, suite à leur arrestation dans le cadre des événements d’Al Hoceima. "C’est la première fois dans l’histoire d’un gouvernement de 100 jours à peine que l'on jette en prison 7 journalistes d’un coup. C’est le droit du citoyen à l’information qui est la véritable cible de cet acharnement", fustige Khalid Jamai.

Code de la presse vs code pénal

"Détenus politiques", ces journalistes le sont, aux yeux du comité. "Ils ont été poursuivis dans le cadre du code pénal et non le code de la presse, qui ne prévoit pas de peines privatives de liberté. C’est, pour nous, arbitraire, une tentative de punir ceux qui couvrent le Hirak du Rif et d’interdire les caméras qui dénoncent la censure", souligne la coordinatrice adjointe du comité, Khadija Ryadi. Et d’ajouter que le comité a préparé, avec le comité de défense des détenus, un rapport sur toutes les infractions commises à l’encontre de 8 journalistes (dont un en état de liberté provisoire) et que la mobilisation est en cours.

"Nous avons établi un programme dans lequel nous comptons, entre autres, nous adresser à toutes les forces démocratiques, les organismes internationaux, tenir une conférence publique sur les détenus du Rif et faire un plaidoyer auprès des groupes parlementaires. Nous ne baisserons pas les bras!", prévient-elle.

Convaincu, le comité ira jusqu’au bout. Dans son programme, il compte également déposer une plainte auprès de la commission onusienne des droits de l’Homme et mobiliser des observateurs internationaux pour assister aux procès. Des sit-in de solidarité seront automatiquement observés à l’occasion des procès et audiences d’instruction, ou en cas de nouvelles poursuites.

Arguments de la défense

De son côté, le comité de défense, dont certains membres ont participé à la conférence, donne ses arguments concernant les infractions commises à l’encontre des détenus. "La première, c’est la présomption d’innocence qui n’a pas été respectée. Hamid El Mahdaoui a fait l’objet d’une accusation et inculpé avant même que les preuves ne soient présentées au parquet", plaide l’avocat Mohamed Massoudi.

Ce dernier affirme que les enregistrements ayant servi de preuves pour l’inculpation du directeur de Badil.info "n’avaient pas été retranscrites avant d’engager les poursuites contre lui". "El Mahdaoui n’a incité personne. Il était venu à Al Hoceima avec sa famille, sa femme et ses deux enfants, pour faire du tourisme, mais également, pour couvrir la marche du 20 juillet, puisqu’il est journaliste", précise l’avocat.

Relayant le récit de son arrestation, Me Massoudi souligne que El Mahdaoui a tout simplement participé à un débat avec un ensemble de citoyens et "ne prenait que rarement la parole pour répondre à des questions qu’on lui adressait". "Un inspecteur de police, qui ne s’est pas présenté, l’a filmé et lui a posé des questions. Il a été ainsi espionné, on lui a tendu un piège", estime-t-il. Et d’ajouter qu’après son arrestation, "une vidéo réunissant uniquement ses propos dans ce débat a été présentée au parquet. Ce qui les a sortis de leur contexte".

C’est ce qu'affirme aussi la femme de Hamid El Mahdaoui, Bouchra El Khounchafi. Présente à la conférence, elle a pris la parole pour défendre son mari et dénoncer "un complot contre lui". "Il a toujours été pacifique, contre toute forme de violence que ce soit dans sa vie publique ou privée", témoigne-t-elle, réitérant que sa présence à Al Hoceima a été dans le cadre de "leurs vacances". "Hamid est un père de famille responsable et un citoyen fidèle à sa patrie. Les poursuites dont il a fait l’objet sont une atteinte à l’encontre de toute sa famille", confie-t-elle. Bouchra estime que "l’acharnement contre lui vise à lui arracher son statut de journaliste".

Le comité de défense dispose aussi d'un témoin oculaire (dont le HuffPost Maroc préfère garder l'anonymat). Présent à la conférence, il a étayé les propos de l'avocat, en assurant que "El Mahdaoui n'a incité personne" à manifester ou autre.

L'avocat met en garde contre une éventuelle deuxième inculpation de Hamid El Mahdaoui. "Les appels téléphoniques qu’il a reçus et n’a jamais émis provenaient d’un individu qui, dans un état de colère, a dit des choses sans réfléchir", souligne l’avocat.

Le 1er décembre 2016, le président de la Cour d’appel de Rabat avait donné à la police judiciaire l’autorisation de placer sur écoute 30 lignes téléphoniques, y compris celle d'El Mahdaoui. Il aurait alors reçu un appel téléphonique d'un certain "Noureddine", un opposant marocain à la monarchie résidant aux Pays-Bas, qui aurait même menacé "d’introduire des armes à Al Hoceima" pour "commettre un attentat au Maroc si les détenus du Hirak ne sont pas relâchés". Ce même individu aurait révélé, au cours de ces conversations téléphoniques, avoir fait don de "160.000 euros au Hirak".

Pour l'avocat, Hamid El Mahdaoui ne peut être reconnu coupable de "non révélation d’attentat contre la sûreté de l'Etat" parce qu’il "n’y a pas de planification d’actes ni d’actes comme le prévoit l’article 209 du code pénal, donc rien à dénoncer", déduit-il. Le comité de défense se montre convaincu des arguments dont il dispose. Il faudra en convaincre, à présent, la justice.

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