Au Maroc, le leadership des partis politiques en voie de reconfiguration?

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POLITIQUE - La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Tard dans la nuit dernière, le secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM), Ilyas El Omari, à la tête de la première force d’opposition au parlement marocain avec plus de cent députés, annonçait sa démission, qui sera entérinée dans la journée.

Le départ de l’homme fort du parti fondé par Fouad Ali El Himma, actuel conseiller du roi Mohammed VI, est considéré par les observateurs comme un acte emblématique dans le sillage d’une vague de reconfiguration du leadership des partis politiques marocains, suite au discours royal extrêmement sévère prononcé lors de la fête du trône le 29 juillet. Revue de détail.

Finalement, la pression aura probablement été trop forte. Figure clivante de la vie politique marocaine, tête de turc de Abdelilah Benkirane pendant de nombreuses années, et objet de nombreux fantasmes voire de théories du complot, Ilyas El Omari a jeté l’éponge et surpris bon nombre de ses partisans en annonçant sa démission, qui fut, comme de rigueur, refusée par le bureau politique du PAM, avant que ce dernier ne se plie à la décision "irrévocable" de son chef, qui devrait être entérinée dans la journée.

De nombreuses spéculations sur la raison de cette démission-surprise se sont fait jour depuis hier soir dans les médias et sur les réseaux sociaux, imputée tour à tour aux évènements de Al Hoceima – El Omari est par ailleurs président de la région Tanger-Tétouan Al Hoceima - puis au discours royal fustigeant les partis politiques, où encore à la récente polémique entourant l’investissement du chinois Haite, dont il était le promoteur actif.

Toutefois, au-delà de ces éléments conjoncturels qui ont pu participer à la prise de décision d’El Omari de démissionner de la direction du PAM, l’on constate un mouvement plus global de reconfiguration du leadership des partis politiques marocains, sur fond de crise profonde de leurs différentes directions.

La décennie du "grand remplacement"

Ainsi, la décennie qui vient de s’écouler aura été marquée par la fin d’une génération de leaders politiques issus de la plateforme "historique" des différents mouvements politiques nationaux et l’avènement de dirigeants déconnectés du combat pour l’indépendance ou dépourvus de la légitimité historique des fondateurs.

A gauche tout d’abord, la transition aura été marquée par l’arrivée de Driss Lachgar à la tête de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) en 2012, succédant à Abdelwahed Radi, doyen du parlement, qui lui même avait pris la place de Mohamed El Yazghi. Le Parti du progrès et du socialisme (PPS), ex-parti communiste, avait quant à lui renouvelé son leadership dès 2010, Nabil Benabdallah prenant la place de Ismail Alaoui.

Au sein de l’Istiqlal, l’arrivée du trublion populiste Hamid Chabat en 2012 avait mis fin à un leadership issu de la matrice Allal El Fassi incarné par Abbas El Fassi, et avant lui, par la figure historique qu’était M’hamed Boucetta, décédé cette année.

Quant aux partis politiques de création plus récente, à l’instar du Rassemblement national des indépendants (RNI), celui-ci a connu une double révolution de palais, avec tout d’abord le renversement de Mustapha Mansouri en 2010 par le technocrate Salaheddine Mezouar, qui lui même sera poussé vers la sortie par le milliardaire Aziz Akhannouch après l’échec des législatives de 2016.

L’Union constitutionnelle (UC) renouvelait également sa direction en 2015 avec l’arrivée de l’ancien maire de Casablanca, Mohamed Sajid, désormais en charge du maroquin du tourisme au sein de l’exécutif conduit par Saad Eddine El Othmani.

Accélération en 2017

Et le mouvement de "grand remplacement" ne devrait pas s’arrêter là. En effet, 2017 devrait voir plusieurs grands changements à la tête de partis marocains. Depuis le printemps, il se murmure que Mohand Laenser, secrétaire général du parti depuis 1994, pourrait être remplacé par Mohamed Hassad, actuel ministre de l’Éducation nationale, à la faveur du prochain congrès du parti.

A l’Istiqlal, l’arrivée de Nizar Baraka, actuel président du Conseil économique, social et environnemental (CESE) lors du prochain congrès fin septembre semble désormais une option tout à fait envisageable, malgré une guerre des tranchées enclenchée par un Hamid Chabat fragilisé qui souhaite malgré tout conserver son poste.

Mais c’est surtout le Parti de la justice et du développement (PJD), à la tête de l’exécutif, vers lequel se braquent tous les regards. En effet, une lutte fratricide mais feutrée se déroule en ce moment au sein du parti islamiste entre partisans d’un troisième mandat – interdit en théorie par les statuts du parti - pour Abdelilah Benkirane, et promoteurs de la ligne El Othmani, qui souhaitent voir le chef du gouvernement prendre la tête du parti afin de le conforter dans sa position de patron de l’Exécutif. La réponse à cette équation à deux inconnues devrait être tranchée en décembre prochain.

Un fauteuil pour deux au PAM?

Pour le PAM, la question du successeur de El Omari sera posée très rapidement. En effet, la direction du premier parti d’opposition n’est pas sans soulever de nombreuses convoitises au sein du parti libéral. Selon les premières indiscrétions, deux prétendants pourraient se déclarer assez rapidement.

D’un côté, le nom de l’avocat Abdellatif El Ouahbi revient de manière récurrente, le principal intéressé n’ayant pas fait mystère de sa volonté de briguer la tête du parti. Connu pour sa verve et son ton direct, l’avocat pourrait faire valoir un certain nombre d’atouts auprès des militants.

D’un autre côté, l’on retrouve en embuscade Ali Belhaj, ancien président de la région de l’Oriental, qui déroule depuis plusieurs mois sa petite musique dissonante vis-à-vis de la stratégie poursuivie par El Omari, et qui rongerait son frein avant d’annoncer sa candidature.

Toutefois, selon des sources bien informées au sein du parti, une autre candidature, féminine celle-ci et jouissant de soutiens importants au sein du mouvement, pourrait venir bousculer ce duel annoncé. Réponse lors du prochain congrès du PAM.

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