Start-up: "Ways to Cap", une success story marocaine

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WAYS TO CAP
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ENTREPRENEURIAT - Réussir sa start-up au Maroc peut paraître impossible, mais en lançant “Ways to Cap”, Niama El Bassunie a prouvé qu’avec de la persévérance (et quelques échecs), le rêve de tout entrepreneur n’est pas hors d’atteinte.

Conçu vers la fin de 2014 mais véritablement lancé en mai 2015, “Ways to Cap” se décrit comme le Alibaba original du Maroc qui vient répondre à un besoin crucial dans le marché: faciliter le trading entre les exportateurs marocains et les importateurs en Afrique. Niama et son équipe travaillent essentiellement avec des acheteurs et des fournisseurs d’Afrique de l’Ouest, mais comptent bientôt s’étendre sur tout le continent.

“L’importateur vient vers nous pour qu’on lui trouve les meilleurs prix chez les meilleurs fournisseurs tout en sécurisant sa transaction avec l’aide de nos partenaires”, explique Niama au HuffPost Maroc. “On travaille plus avec les PME et on suit chaque deal de très près”.

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La start-up à commencé avec un seul client dans le marché de l’alimentaire pour finir aujourd’hui avec des centaines d'acheteurs et de fournisseurs. Grâce au lancement de leur site web, l’équipe de "Ways to Cap" a pu développer une base de données qui leur a permis d’agrandir leur offre et s’attaquer à d’autres marchés s’étalant des produits d’hygiène aux machines industrielles en passant par les vêtements et les fournitures de bureaux.

“On veut chambouler positivement le trading en Afrique tout en aidant les PME à se développer” continue Niama. “On les aide à se concentrer sur leur coeur de métier en les accompagnant dans les démarches import-export”.

L'entrepreneuriat dans l'âme

Née à Casablanca d’une mère marocaine et d’un père égyptien, Niama, 33 ans, a fait ses études à l’école américaine de Casablanca pour poursuivre un Bachelor en économie et politique à l’université de Sheffield. Elle a ensuite rejoint la London School of Economics pour obtenir un premier master en relations internationales et un deuxième en science des décisions. Ses diplômes en poche, elle décroche un poste à chez PricewaterhouseCoopers (PWC) dans leur département de conseils en travaillant sur la valorisation et les marchés d’énergie et passe ainsi quatre ans dans la capitale du Royaume-Uni.

Pendant cette période, elle a eu l’occasion de voyager plusieurs fois en Afrique du Sud, et la faisabilité de son propre projet lui paraissait de plus en plus accessible. Entrepreneur dans l’âme, elle commence alors à essayer de trouver des opportunités d’arbitrage et lier les acheteurs aux fournisseurs. Et c’est en allant rencontrer un client pour une opportunité de ciment que Niama s’est retrouvée à Conakry en Guinée. Au lieu d’y rester quatre jours comme prévu, Niama a fini par s’installer là-bas pour huit mois après s’être lancée dans un projet de recyclage d’épaves maritimes en acier. Ce dernier n’a pas abouti, ainsi que d’autre projets sur lesquels elle avait travaillé de retour au Maroc.

“Il ne faut pas avoir peur d’échouer”, insiste-t-elle. “Les gens pensent qu’une start-up se construit du jour au lendemain, ils ne connaissaient que celles qui ont réussi et ne voient pas tout le boulot qu’il y a derrière et les échecs par lesquels elles sont passées”, explique-t-elle.

Elle obtient sa certification CFA (Chartered Financial Analyst) alors qu’elle travaillait en freelance dans son pays natal, en gardant toujours en tête l’idée de créer sa propre entreprise. En 2014, elle commence, en compagnie de deux associés marocains, avec un modèle de trading plus traditionnel en aidant les exportateurs marocains à vendre leurs produits, essentiellement alimentaires, en Afrique de l’Ouest.

L'évolution du projet

“On ne voulait pas devenir un autre acteur import-export de plus dans le marché", souligne Naima. “Après une année, on a vite réalisé que pour avoir une vraie valeur, il nous fallait créer un moyen qui facilitera l’échange de produits en Afrique tout en aidant les fournisseurs à le faire d’une façon sécurisée”.

En juin 2016, Niama a donc voulu accélérer le rythme et passer à la phase d'expansion et de croissance de sa start-up en organisant une levée de fonds pour chercher des investisseurs. “L’écosystème marocain en terme de levée de fonds des start-ups est encore à ses débuts", se désole Niama. “On a trouvé beaucoup de difficultés au Maroc. Les investisseurs s’attendent à une caution ou une garantie, ce qui ne s’aligne pas avec une start-up”.

Niama a décidé de viser haut en s’adressant à un des meilleurs accélérateurs dans le monde, Y Combinator, qui a aidé au financement des start-ups comme Airbnb, Reddit, ou encore Drop Box. Après les différentes étapes de sélection, Niama reçoit l’appel qu’elle attendait avec impatience lui permettant d’acquérir 120.000 dollars ainsi qu’une formation de quatre mois à San Francisco où l’équipe marocaine avait accès à un large réseau de conseillers et d’entrepreneurs.

À la fin de la formation, les start-ups sélectionnées par l’accélérateur devaient présenter leur projet en deux minutes et 30 secondes devant une salle remplie de plus de 600 investisseurs. Jackpot pour Niama qui rentre au Maroc en avril 2017 avec près de 3 millions de dollars en mains.

“Ils nous ont permis de voir les choses différemment. Pour eux, il faut lancer le projet pour avoir des données sur lesquelles se baser et pour ensuite l'améliorer”, explique Niama. “Chaque échec permet d’avancer plus rapidement", insiste-t-elle.

Ce n'est que le début

Niama El Bassunie emploie aujourd'hui 22 personnes qui travaillent de Casablanca avec des clients provenant du Maroc, d’Afrique subsaharienne, d’Égypte ou encore de Turquie. Depuis qu’ils ont démarré leur modèle de marché, des transactions valant plusieurs millions de dollars de marchandises ont été effectuées grâce à leurs services. En juin, la jeune femme a ouvert un deuxième bureau à Cotonou au Bénin.

“Il y a encore beaucoup à faire, mais je reste très optimiste” lance Niama. “Ce sont bien le travail, la persévérance, et l’innovation qui vont nous emmener vers l’avant” conclut-elle avec détermination.

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