Al Hoceima, "changement des mentalités", régionalisation, "approche sécuritaire"... Ce qu'il faut retenir du discours du trône de Mohammed VI

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ROI MOHAMMED VI
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DÉCRYPTAGE - Rendez-vous traditionnellement très attendu par les Marocains, le discours du trône, qui coïncide avec la date anniversaire de l’intronisation du souverain, était particulièrement attendu cette année, sur fond de tensions récurrentes dans la province d’Al Hoceima.

Jusqu’à présent, le chef de l’Etat ne s’était jamais exprimé directement sur la situation dans cette région, à l’exception d’un compte rendu de conseil des ministres où il avait exprimé sa "déception" vis-à-vis du gouvernement et de la non-exécution de projets dans la région, pourtant signés devant lui. C’est dire toute l’importance de cette prise de parole du souverain marocain, qui a été en très grande partie consacrée aux questions sociales et à la clarification du modèle de société prôné par Mohammed VI, les questions internationales et le Sahara étant très brièvement évoqués en fin de discours.

Alors que de nombreux médias bruissaient de rumeurs relatives à une probable grâce royale en faveur des détenus du Hirak, Mohammed VI n’a pas évoqué cette question, le discours royal ayant été précédé par une annonce officielle diffusée par la MAP, faisant état des mesures de grâces traditionnellement accordées lors de la fête du trône, au sein desquelles ont été inclus "un ensemble de détenus qui n’ont pas commis de crimes ou d’actes gravissimes lors des événements qu’a connus la région d’Al Hoceima".

D’emblée, Mohammed VI a rappelé dans son discours que les moyens dont dispose le pays sont certes limités, et qu’il existe des régions qui ont besoin d’efforts supplémentaires, mais il a souhaité re-contextualiser la marche de la nation en insistant sur le fait que le Maroc s’est développé de manière globale, comme en témoignent la confiance des grands investisseur industriels étrangers qui se sont implantés dans le pays, à l’instar de Renault, Peugeot, et Boeing, cités nommément par le roi.

Dans ce cadre, le roi a estimé que les plans sectoriels dans l’agriculture, le renouvelable et l’industrie constituent des motifs de satisfaction, mais que les programmes de développement sociaux et territoriaux restent insuffisants, voire en recul dans certains cas. Une situation dont le chef de l’Etat estime qu’elle "ne nous fait pas honneur", appelant à intensifier les efforts en ce domaine, tout en veillant à la préservation des équilibres régionaux et à l’articulation de mesures de rattrapage là où c’est nécessaire.

Deux carences fondamentales: l’exécution et les "mentalités"

Citée à plusieurs reprises par le souverain lors de son discours, la question des "mentalités", qu’il appelle à faire évoluer afin de pouvoir relever les défis du pays, constituent, selon le chef de l’Etat, un frein fondamental. De même, le roi a estimé que le pays articule son développement sur une vision clairement définie et des stratégies ambitieuses, mais que trop souvent, le Maroc pèche dans l’exécution, qui reste le talon d’Achille de la technostructure.

A cet égard, le roi a renvoyé dos à dos l’administration et la classe politique, pointant notamment le comportement moutonnier de cette dernière, voire opportuniste, en affirmant que les politiques sont prompts à s’approprier les réussites enregistrées, mais que dès que des difficultés conjoncturelles surgissent, ils ont tôt fait de pointer la responsabilité du Palais Royal: "quand le bilan se révèle positif, les partis, la classe politique et les responsables s’empressent d’occuper le devant de la scène pour engranger les bénéfices politiques et médiatiques des acquis réalisés. Mais, quand le bilan est décevant, on se retranche derrière le Palais Royal et on lui en impute la responsabilité".

Une charge appuyée à l’endroit de l’administration

La charge contre l’administration était particulièrement appuyée dans le discours du roi, et notamment l’appel à une application stricte de l’article premier de la constitution établissant le lien entre responsabilité et reddition des comptes. Pour le roi, "cette situation ne peut perdurer car ce qui est en jeu, ce sont les intérêts de la Nation et ceux des citoyens."

En revanche, les forces de l’ordre de manière générale ont eu droit à un hommage singulier de la part du souverain, qui a tenu à rappeler les conditions souvent difficiles dans lesquelles elles exercent leur responsabilité.

Pour le roi, c’est le vide politique qui a contraint les forces de l’ordre à être en première ligne: "La renonciation des partis politiques et de leurs représentants à remplir leur rôle, parfois à dessein et de propos délibéré, et, d’autres fois, par défaut de crédibilité et de patriotisme, a rendu la situation plus précaire encore. Devant ce vide regrettable et dangereux, les forces publiques, qui se sont trouvées face à la population, ont assumé leur responsabilité avec courage, patience, retenue et ont fait preuve d’un grand respect de la loi. Elles ont ainsi préservé la sécurité et la stabilité. Je parle ici d’Al-Hoceima, même si la description de ce qui s’y est passé est valide pour toute autre région."

Pas d’approche sécuritaire

Il a par la suite rejeté toute approche sécuritaire, en affirmant que "Le constat que Je dresse ici contredit les allégations portées par certains concernant le recours à ce qu’ils désignent abusivement sous le nom d’approche sécuritaire. Leur vision donne l’impression que le Maroc est assis sur un volcan, et qu’à chaque foyer, à chaque citoyen correspond un policier qui surveille."

Le roi a clôturé son discours sur une note optimiste, affirmant: "nous avons d’ores et déjà franchi ensemble des étapes avancées dans les domaines les plus divers; et aujourd’hui, nous voilà en train de marcher avec assurance et détermination, en quête d’autres acquis et de nouvelles prouesses."

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