Un Marocain veut proposer une application pour lutter contre la corruption

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CORRUPTION
Ali Safraoui cherche quelqu'un pour développer son application | maselkoo99 via Getty Images
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TECHNOLOGIE - Ali Safraoui, jeune Casablancais de 21 ans, cherche un organisme pour développer l'application qu'il a inventée: "Track corruption". Proposée aux citoyens marocains, elle permettra de lutter contre la corruption qui gangrène le pays.

Ali Safraoui est installé en France pour ses études, où il vient d'intégrer la formation entreprenariat de l’EM Lyon Business School. "Un jour, j’étais dans un train pour aller passer un oral d’école de commerce et je me posais des questions du style: 'qu’est-ce que je peux lancer de simple et qui peut aider mon pays?'. Je me suis alors demandé quelles étaient les choses importantes dans le développement d’un pays: santé, logement, éducation… Puis j'ai pensé au problème de la corruption", raconte le jeune inventeur au HuffPost Maroc.

Pour concrétiser son idée, Ali repense aux groupes Facebook qui existent déjà pour dénoncer diverses incivilités: les citoyens qui dénoncent les mauvais stationnements, qui prennent des photos de voleurs et qui les publient. "J’ai compris que la délation entraînait la notion de 'chouha' et permettait de faire peur à ceux qui pensaient faire la même chose." De là, il comprend que la dénonciation peut jouer dans la lutte contre la corruption et se penche alors sur les fonctionnalités d'une possible application.

"J’ai pris contact avec l’IPCP, une instance de prévention de la corruption à Rabat qui ne m'a jamais rappelé. De même pour l’association Transparency Maroc. Je n’ai, à ce stade, pas encore programmé l’application car j’estime que ce n’est pas à moi de le faire, je suis un simple étudiant sans capital. Je le fais bénévolement et je ne veux en aucun cas monnayer cela", avance Ali.

Fonctionnement déjà préparé

S'il n'a pas encore trouvé de développeur, Ali a déjà tracé les grandes lignes du fonctionnement de son application. "Track corruption" est découpée en quatre étapes. Géolocalisation, confirmation de l'acte de corruption, explication ou photo, note de satisfaction.

ali safraoui

Si l’application enregistre plus d’un certain nombre de plaintes dans une administration ou un lieu donnés, une alerte est directement envoyée à l’autorité en charge des cas de corruption qui peut directement dépêcher une équipe sur place. Aussi, lorsqu’un lieu a connu un certain nombre de cas de corruption, ce dernier est inscrit dans la rubrique "liste noire".

"L’anonymat et la facilité d’utilisation sont les deux grandes forces de cette application. Le citoyen peut faire entendre sa voix, dénoncer sous couvert d’anonymat, ce qui signifie qu’il n’aura aucun risque de représailles. Le corrompu, quant à lui, sera protégé de l’humiliation mais directement puni par la loi."

Encore beaucoup de corruption au Maroc

"Au Maroc, la corruption est partout, elle touche tous les secteurs et au moins 3 Marocains sur 4 en ont déjà été victimes (ou coupables). Les chiffres confirment ces faits: le Maroc est à la 90ème place du classement de Transparency International sur la perception de la corruption", affirme Ali.

Le jeune étudiant estime aussi qu'"aucun gouvernement dans l’histoire du Maroc n’a fait preuve de volontarisme politique pour s’attaquer à ce fléau et les instances et associations qui prétendent s’y attaquer n’ont, en réalité, pas beaucoup de pouvoir".

Il met aussi en avant les principaux acteurs dans cette corruption: "il y a des lieux particulièrement concernés comme les administrations publiques (service rendu aux citoyens, par exemple), les routes/autoroutes (police, gendarmerie…) et je pense qu’il est indispensable de lutter d’abord contre cette 'petite' corruption presque banalisée dans le quotidien des citoyens".

Pour mettre en place ce projet, Ali fait appel aux associations et ONGs engagées contre la corruption. Mais aussi aux opérateurs, comme Maroc Télécom, "qui pourrait installer directement sur les téléphones et puces téléphoniques qu’il propose cette
application", conclut Ali.

En juin 2015, le ministère de la Justice avait lancé un numéro vert pour dénoncer un acte de corruption. Ce numéro vert faisait partie du projet de modernisation de l’administration publique. Une application et un nouveau site web de lutte anti-corruption avaient également été lancés en version arabophone et francophone.

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