Campagne d'évangélisation: La coordination des Chrétiens du Maroc assure n'y être pour rien et exprime son inquiétude

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Ivo Saglietti / Zeitenspiegel
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LIBERTÉ DE CULTE - "Les Marocains ayant choisi leur foi avec conviction refusent ces dérives". C’est ainsi que la Coordination des Chrétiens du Maroc réagit, ce mardi, à un article publié, vendredi 21 juillet, par le site d’information Hespress sur "Des réseaux d’évangélisation emploient des 'missionnaires et espions' pour changer la religion des Marocains".

Dans un communiqué, la Coordination dénonce ce genre de campagnes ayant fait l'objet de l'article repris par un autre site d'information, chouftv. "Hespress indique que des individus mènent une campagne d'évangélisation et utilisent des mineurs. Ces individus en question sont des étrangers et n’ont aucune relation avec les Chrétiens du Maroc", insiste la Coordination. Exprimant "sa vive inquiétude", elle souligne que les Marocains chrétiens n’ignorent pas la loi. Cette dernière fait allusion au prosélytisme, sans le citer, contre lequel l’article 220 du code pénal marocain prévoit 3 ans de prison à toute personne qui tente d’ébranler la foi d’un musulman.

"Nous joignons notre voie à celle de l’autorité pour le bien de notre pays, sa stabilité", déclare la Coordination. Et de préciser: "Nous veillons à la sécurité et la stabilité de notre pays. Nous ne menons aucune activité d’évangélisation", réitère la Coordination.

Marocain chrétiens persécutés

Ce n’est pas la première fois que cette Coordination réagit à un article. Le billet du directeur de publication d’Al Ousboue, Mustapha Alaoui, publié le 6 mai dernier, avait attisé sa colère au point où elle a revendiqué, par la voie d’un communiqué de presse et d’une lettre qui lui a été adressée, des excuses. Aucune réponse, pas d’excuses, car, pour Mustapha Alaoui, rédiger un billet intitulé "Les chrétiens du Maroc ignorent-ils pourquoi 'Daech' a été fondé" ne représente pas "une offense". "Il est convaincu du bien fondé de sa position", avait déclaré au HuffPost Maroc, le politologue Mustapha Sehimi, qui le connait très bien.

La Coordination avait alors dénoncé une chasse aux sorcières. Car la virulence des propos de Mustapha Alaoui représentaient, à ses yeux, "une incitation au terrorisme". "Que le journaliste Mustapha Alaoui écrive dans son article que 'Daech' a été créé pour ceux-là, les chrétiens du Maroc, et que ces derniers doivent être tués et enterrés aux alentours des cimetières chrétiens du Maroc, c’est très grave et indigne d’un journal qui se veut national et indépendant", fustigeait la coordination dans son communiqué.

Pas plus tard que la semaine dernière, le 19 juillet précisément, cette Coordination avait publié une lettre ouverte adressée au chef du gouvernement, au ministre de l’Intérieur, au ministre d’État chargé des Droits de l’Homme, au directeur général de la sûreté nationale et au président du Conseil national des droits de l’homme (CNDH). Dans cette lettre, la Coordination avait dénoncé "l’abus de pouvoir" des autorités locales sous tutelle du ministère de l’Intérieur. "Dans certaines villes, nos frères de confession chrétienne sont privés de papiers administratifs en raison de leur religion", dénonçait la Coordination. Et de citer comme exemple: "Nous avons enregistré des violations à Laâyoune où un frère (M.M) a été convoqué et a subi des pressions de la part d’agents de police. Ils lui ont demandé de se présenter au siège de la wilaya de sûreté nationale où ils lui ont posé de nombreuses questions liées à son choix religieux avant de faire appel également à son épouse".

La Coordination avait dénoncé ces agissements en précisant qu’elle "n’accuse pas le ministère de l’Intérieur de cibler les Chrétiens du Maroc", estimant que ces agissements représentent une "sorte d’excès de zèle de certains membres de l’autorité sécuritaire".

Ils sont entre 5.000 et 6.000 Marocains à avoir choisi de se convertir au christianisme et donc à vivre leur religion à l’ombre des regards. Et pour cause, le statut des nouveaux chrétiens du Maroc n’est pas reconnu par la loi. "Le statut des Marocains chrétiens de souche ne pose pas problème, puisque le Maroc reconnaît la liberté de culte à travers la constitution et le souverain en est garant. Par contre, les Marocains musulmans qui décident de se convertir au christianisme ne sont plus légalement musulmans. Et c’est là où réside le problème", soulignait au HuffPost Maroc Mustapha Sehimi.

Il faudra, d’après cet expert, adapter l’ancien statut de "Marocain musulman" à la nouvelle situation de "Marocain non musulman". Pour y arriver, il n'y a qu'une seule solution, pour ce politologue: "un débat est primordial. Il devrait être pris en charge, d’abord par l’ensemble de la société. Ensuite, pour sa déclinaison, il faut qu’il soit nourri par le tissu associatif et par les partis politiques, et qu’il donne lieu à une délibération nationale au sein du parlement".

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