Comment choisir une crème solaire qui ne pollue pas les océans

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Jacob Wackerhausen
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ENVIRONNEMENT - C'est devenu pour vous un réflexe. Une fois le parasol planté, la serviette posée et le maillot enfilé, c'est le moment d'étaler la crème solaire, indice 50 de préférence car vous avez la peau fragile. Une fois protégé(e) et réchauffé(e) par les rayons du soleil, vous n'hésitez pas à vous jeter à l'eau et tant pis s'il faut remettre une couche de crème ensuite.

Savez-vous qu'ainsi, une partie de cette protection solaire se déverse dans l'océan et le pollue? "Le premier polluant chimique en été, c'est la crème solaire qu'on se met sur la peau", alertait sur Franceinfo au début du mois Guillaume Barucq, médecin généraliste, adjoint au maire de Biarritz à l'environnement et auteur de "Surf Thérapie".

Blanchiment du corail

Plusieurs études montrent en effet que certains composants des crèmes solaires ont un impact néfaste sur les espèces marines et végétales des océans. En 2008, une étude publiée dans la revue Environmental Health Perspectives montrait qu'au moins quatre ingrédients, le paraben, le cinnamate, le benzophénone ainsi que des dérivés du camphre, peuvent tuer les coraux.

Depuis, d'autres études sont venues établir le même constat. Selon une étude des Archives of Environmental Contamination and Toxicology de 2015, l'oxybenzone des crèmes solaires entraîne le blanchiment du corail, et par ce phénomène celui-ci rejette les organismes symbiotiques qui le composent et perd sa couleur. "Cela cause d'étranges déformations dans les tissus du corail et entraîne les larves à se recouvrir de leur propre squelette, dans leur propre cercueil", souligne sur le Guardian Craig Downs, l'un des auteurs de cette étude.

4000 à 6000 tonnes de crème chaque année dans l'océan

C'est sans compter l'impact potentiel que peuvent avoir les crèmes sur le phytoplancton ou les autres espèces marines, poissons, dauphins ou encore baleines, qui doivent les ingérer d'une manière ou d'une autre.

Chaque année, entre 4000 et 6000 tonnes de crème solaire seraient déversées dans les mers et océans. On ne connaît pourtant pas encore toutes les conséquences de cette pollution. "La recherche ne va pas assez vite. Il convient d'appliquer le principe de précaution, dans la mesure où on ne connaîtra réellement les effets néfastes que dans 10 ou 15 ans", affirme auprès de Franceinfo Nicolas Imbert, directeur exécutif de Green Cross France.

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Faut-il pour autant arrêter de se tartiner la peau? Évidemment pas. La crème solaire est indispensable pour se protéger des UVA et des UVB nocifs pour la peau. Ces seconds sont responsables à 90% des cancers de la peau.

Crèmes à filtres minéraux

Mais il est possible de choisir une protection solaire qui ne tue pas, ou moins, les océans. Pour cela, il faut choisir des crèmes sans composants chimiques mais avec des filtres minéraux, qui eux sont biodégradables. Ceux-ci sont, selon certains spécialistes, aussi efficaces que les filtres chimiques. Contrairement aux crèmes "synthétiques", elles ne contiennent pas d'ingrédients issus de la pétrochimie mais plutôt des huiles végétales.

Ces crèmes à filtre minéraux sont souvent estampillées "bio" . Plusieurs marques, comme Evoa, Algotherm ou Alphanova, "se sont franchement positionnées sur ce créneau et revendiquent, entre autres, le respect des océans par l'emploi des seuls filtres minéraux pour assurer la protection solaire", souligne l'UFC-Que Choisir. Vogue fait une liste non exhaustive de certaines de ces crèmes qui ne polluent pas.

Attention, généralement ces crèmes sont un peu plus chères que la moyenne. Autre problème: les indices de protection affichés sont souvent plus élevés que la réalité. Mais c'est aussi le cas pour les autres crèmes solaires. "Les crèmes solaires bio sont aussi efficaces que les crèmes solaires normales. Il peut certes y avoir des écarts de prix, mais ils ne sont pas assez significatifs pour être dissuasifs", résume pour We Demain Nicolas Imbert.

Autre solution, forcément moins coûteuse: réduire l'exposition au soleil en évitant la plage aux heures où le soleil brûle le plus, en se mettant sous un parasol ou en gardant des vêtements sur le corps.

Les océans sont de plus en plus pollués et de plus en plus de causes qu'on ne soupçonnait pas sont découvertes par les chercheurs. A commencer par les microbilles dans certains produits cosmétiques. Récemment, du plastique a même été trouvé dans le sel de table. On ne peut pas se passer de crème solaire comme on se prive d'un gommage pour la peau, mais pour ne pas accentuer la pollution des océans, des solutions sont donc à portée de main.

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