Arrêté hier à Al Hoceima, le directeur et rédacteur en chef de Badil.info soupçonné d'"actes illégaux"

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MARCHE DU 20 JUILLET - Interpellé, jeudi 20 juillet en fin d’après-midi à Al Hoceima, le directeur et rédacteur en chef du site d’information Badil.info, Hamid El Mahdaoui, fait désormais l’objet d’une enquête ordonnée par le procureur du roi près le tribunal de première instance d'Al Hoceima. Il est soupçonné d’avoir commis "des actes illégaux".

Dans un communiqué du procureur général près la Cour d'appel d'Al Hoceima, relayé par la MAP, est reproché à El Mahdaoui le fait d’"inciter des individus à commettre des délits par des discours et des cris dans des lieux publics, les inviter à participer à une manifestation interdite et à contribuer à son organisation".

Le procureur général explique, toujours selon la même source, que le parquet général a été informé par les services de la police judiciaire que le concerné "a pris la parole à la Place Mohammed VI au milieu d'un groupe d'individus, les incitant à sortir manifester malgré la décision d'interdiction émise par les autorités compétentes". Et de préciser que l’enquête porte sur "des actes qui n'ont aucun rapport avec le travail journalistique en tant que métier".

Le parquet général tient ainsi à rappeler que, selon la définition contenue dans l'article 2 du Code de la presse et de l'édition, le travail journalistique consiste "à recueillir les nouvelles, les informations ou les faits, les vérifier ou d'enquêter sur ces derniers d'une manière professionnelle aux fins de rédiger ou de réaliser un contenu médiatique".

Selon le site d’information dirigé par El Mahdoui, l’avocat de ce dernier, El Habib Haji, leur a indiqué avoir été informé "tard dans la nuit de jeudi à vendredi 21 juillet par le parquet que le procureur du roi a ordonné sa mise en garde à vue". Il devrait être présenté devant le procureur général dans les heures qui viennent.

Badil.info cite, dans un autre article, le secrétaire général de l’Alliance internationale pour la défense des droits et des libertés-Maroc, Mohamed Zhari, ancien président de la Ligue marocaine des droits de l’Homme, pour qui l’arrestation de Hamid El Mahdaoui représente "un acte prémédité". Le but en est, selon lui, de le "réduire au silence et de faire pression sur la liberté d’opinion et d’expression". Zhari exprime, dans le même article qui reprend son message posté sur sa page Facebook, "son étonnement" que le communiqué précité soit émis par le procureur général du roi près la Cour d’appel d’Al Hoceima, "alors que c’est le procureur du roi près le tribunal de première instance d'Al Hoceima qui a ordonné l’arrestation et l’ouverture d’une enquête sur le sujet".

Zhari dénonce l’arrestation et l’enquête dont fait l’objet El Mahdaoui estimant que c’est "une agression à l’encontre d’un journaliste exerçant son devoir de relayer l’information et couvrir un événement, contrairement à ce qui a été cité dans le communiqué du procureur général".

Qualifiant d’"arbitraire" la détention de El Mahdaoui, Zhari accuse, toujours dans le même message, les autorités publiques d’"augmenter la tension au sein d’Al Hoceima et dans toute la région (...) et la protestation de la population contre l’approche sécuritaire". Le secrétaire général de l’Alliance internationale pour la défense des droits et des libertés-Maroc revendique, par la même voie, la libération du directeur et rédacteur en chef de Badil.info ainsi que "des détenus politique et d’opinion liés au Hirak du Rif, poursuivis à Al Hoceima et à Casablanca".

La marche du jeudi 20 juillet, interdite par les autorités publiques, maintenue par le Hirak du Rif et plusieurs associations qui les soutiennent, ne s'est finalement pas déroulée sans heurt. La préfecture de la province d'Al Hoceima a publié, hier soir un communiqué dans lequel elle fait état d'un bilan lourd: 72 éléments des forces publiques blessés par des jets de pierres, et 11 manifestants blessés en raison de l'usage de gaz lacrymogène.

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