Maroc: Le manque de volonté politique freine l'éradication du Sida (ALCS)

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A nurse tests a blood sample during a free HIV test at a blood tests party, part of a campaign to prevent HIV infection among male same-sex couples, in Bangkok September 20, 2014. Bare-chested male models strutted through the glitzy ballroom in Bangkok to the beat of house music while dozens of young gay men waited anxiously, working up the nerve to have a blood test. The mostly female health team taking samples seemed incongruous next to the shirtless models circling the party, but the health w | Athit Perawongmetha / Reuters
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SANTÉ - Si le Maroc a déployé des efforts pour lutter contre le sida, ils ne sont pas suffisants pour éradiquer l'épidémie. L'Association marocaine de lutte contre le sida (ALCS) tient à souligner son insatisfaction à l'occasion de la publication du nouveau rapport de l'ONUSIDA. Ce dernier a annoncé, jeudi 20 juillet, dans son nouveau rapport, intitulé “En finir avec le SIDA”, que plus de la moitié de personnes porteuses du VIH dans le monde ont pu rester en vie en 2016 grâce à leur traitement. Sur un total de 36,7 millions de personnes atteintes, 19,5 millions ont pu avoir accès au traitement, ce qui a permis une baisse de décès liés au virus de 1,9 million en 2005 à 1 million en 2016.

Cependant, le rapport montre que les régions du Moyen-Orient et Afrique du Nord, ainsi que l’Europe de l’est et l’Asie centrale enregistrent une augmentation des décès liés au sida respectivement de 48% et de 38%. Le Maroc, quant à lui, reste parmi les exceptions dans ces régions-là, puisque son taux d’accès au traitement contre le VIH a augmenté, passant de 16% en 2010 à 48% en 2016.

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“Un grand travail a été fait au Maroc permettant de mettre à l’échelle la question du dépistage du VIH mais il va falloir la renforcer au cours des prochaines années,” déclare au HuffPost Maroc Kamal Alami, président d'ONUSIDA au Maroc.

Dans son rapport, l'ONUSIDA apporte une analyse détaillée de l’état d’avancement dans chaque pays, vers la réalisation des cibles "90-90-90", fixés en 2014. Cette stratégie vise à accélérer les progrès pour qu’en 2020, 90% des personnes porteuses du VIH soient informées de leur séropositivité et 90% des personnes diagnostiquées séropositives aient accès au traitement nécessaire. Le même pourcentage (90%) de toutes ces personnes, doivent être, selon cette stratégie, viro-inactivées, pour leur assurer une meilleure santé et diminuer le risque de transmettre le virus à une autre personne.

Le Maroc peut mieux faire

Pour le Maroc, ce taux a déjà atteint 63-77-75 en 2016 et a connu une diminution de 29% des nouvelles infections. Mais d’autres efforts doivent encore être fournis pour atteindre la vision globale de l’ONUSIDA qui cible la diminution de ce taux à hauteur de 75% d’ici 2020, comme l’explique Kamal Alami.

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À gauche: Distribution des nouvelles infections du VIH par pays dans la région MENA en 2016.
À droite: Variation en pourcentage des nouvelles infections par pays dans la région MENA de 201 à 2016.

Le financement reste l'un des obstacles majeurs freinant la lutte contre le VIH, comme le montre le rapport. En 2016, 19 milliards de dollars ont été déboursés mondialement pour cette cause, alors que les besoins se situaient entre 25 à 26 milliards de dollars. Un investissement international qui stagne depuis quatre ans, selon Kamal Alami.

Le Maroc espère que les financements nationaux couvriront 70% du programme de lutte contre le Sida. Lancée en 2012, la stratégie nationale a rendu disponible le dépistage dans les centres de santé, les centres de traitement de la tuberculose, mais également dans les maternités pour prévenir la transmission du virus de la mère à l’enfant. Cependant, le total de ces centres référents n’est que de 16 dans tout le royaume pour traiter les 22.000 Marocains estimés infectés par le VIH.

L’ALCS pointe ainsi du doigt "le manque de volonté politique qui se traduit par des financements insuffisants et l’atteinte aux droits humains des populations les plus vulnérables", souligne-t-elle dans un communiqué publié en réaction au rapport de l’ONUSIDA. Dans ce dernier, près de 30% des personnes porteuses du virus dans le monde ne sont toujours pas informées de leur séropositivité, alors que 17,2 millions de personnes infectées n’ont pas accès au traitement antirétroviral, et un peu plus de la moitié seulement de toutes les personnes porteuses du VIH sont viro-inactivées.

Un combat loin d'être terminé

Le combat contre le VIH est donc loin d’être terminé. Le manque de financement entrave l’atteinte des objectifs alors que plusieurs avancées scientifiques ont été réalisées. Selon l’ALCS, ces avancés contribuent non seulement au traitement du virus, mais aussi à sa prévention. Le Fonds mondial pour la lutte contre le Sida se voit donc obligé de "retirer l’aide internationale des pays à revenu intermédiaire, comme le Maroc, pour la concentrer dans les pays les plus pauvres", précise l’ALCS.

Mais le financement n’est pas le seul point noir au tableau, la criminalisation et la stigmatisation des populations les plus vulnérables demeurent, aux yeux de l'ALCS, un obstacle majeur à leur accès à la prévention, au dépistage et au traitement de l’infection à VIH. Les populations les plus vulnérables sont surtout des travailleurs du sexe, les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes, les usagers de drogues injectables, mais aussi les détenus et les migrants.

À l’exception de l’Afrique subsaharienne, 80% des nouvelles infections se produisent parmi ces personnes-là, et sans le respect des droits humains des populations les plus exposées, l’objectif des 90-90-90 de 2020 ne pourra pas être atteint. L’épidémie pourrait même s’accroître de nouveau, selon l’ALCS.

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