À l'Assemblée, les députés d'Ennahdha irrités par la polémique Syphax Airlines

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La plénière du jeudi 20 juillet, consacrée au débat sur la lutte contre la corruption en présence du chef du gouvernement Youssef Chahed, a été marquée par une altercation verbale entre la députée d’Al Horra, Leila Chettaoui et celui d’Ennahdha, Mohamed Frikha.

Une intervention qui a suscité la levée de la séance par le 2ème vice-président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Faouzia Ben Fedha, pour une durée de 5 minutes.

"Personne n'est au dessus de la loi" clame Chettaoui

En effet, Leila Chettaoui a osé demander des comptes au député du bloc Ennahdha Mohamed Frikha, en rapport avec de supposées malversations dans la gestion de sa compagnie aérienne, Syphax. Elle a soulevé des interrogations et des soupçons de corruption impactant à l'État et à l'économie nationale.

En effet, dans son intervention, la députée d'Al Horra a fortement critiqué l’appui apporté par l’État à la compagnie de transport aérien Syphax Airlines, sous forme de crédits alors que l’activité de cette compagnie est arrêtée depuis deux ans, considérant que Syphax constitue "un des aspects de la corruption", alors qu'elle a été créée "au titre de renforcement du développement régional".

Chettaoui s’est étonnée de l’intervention de l’État pour sauver une société en cessation d’activités, depuis plus de deux ans, accablée par des dettes estimées à plus de 200 millions de dinars (MD).

Elle a critiqué le silence du ministère du transport et la non application de la loi sur la compagnie étant donné que la législation internationale de l’aviation civile prévoit le retrait du permis de navigation d’une compagnie lorsque son activité est arrêtée depuis six mois, demandant au ministre d’appliquer la loi pour protéger l’État et les finances publiques.

Elle a affirmé que depuis sa création en 2011, Syphax Airlines fait l’objet de soupçons de corruption surtout qu’elle a obtenu l’autorisation de la part d'un ancien ministre du Transport qui a ensuite a été nommé directeur général de la société.

La députée a, par ailleurs, appelé le ministère public à enquêter sur ces soupçons de corruption qui entourent cette compagnie, affirmant que "la conseillère allemande, Angela Merkel a demandé au chef du gouvernement Youssef Chahed, de faire pression sur la société pour qu’elle rende les avions allemands détenus illégalement".

Des accusations qui ont attisé la tension dans les rangs des députés d'Ennahdha, irrités par les propos de Chettaoui.

"Il s'agit d'une campagne diffamatoire orchestrée à mon encontre," répond Frikha

De son côté, Mohamed Frikha qui est à la fois député d'Ennahdha et propriétaire de Syphax Airlines a réfuté les déclarations de sa collègue, s’estimant "ciblé personnellement" et affirmant qu’il "s’agit là de mensonges".

Il a même considéré les déclarations de Chettaoui comme s’inscrivant dans le cadre "d’agendas politiques" et a fait savoir qu’il s’était déjà rendu en Allemagne pour trouver des solutions avec la société allemande concernant ses avions.

La chambre civile du tribunal de Sfax 2 a approuvé le 12 juillet 2017, le plan de sauvetage au profit du transporteur aérien civil "Syphax Airlines". La société qui fait face, depuis quelques années, à de grandes difficultés financières ayant causé la suspension depuis juillet 2015 de ses activités, a été confiée par le ministère du Transport à un administrateur judiciaire en la personne de Nizar Barkia, qui a pour tâche d’entreprendre un plan permettant de redresser la situation financière de la société.

Le dossier de Syphax est une affaire d'État?

Cette affaire de Syphax demeure un dossier sensible et une "affaire d'État" pour la députée Leila Chettaoui qui ne rate pas l'occasion de l'évoquer à chaque occasion. Deux jours avant, elle a tiré à boulets rouges sur Frikha dans une interview accordée à Cap Fm. "Il s’agit d’un dossier d’État. Parmi tous les dossiers de corruption, celui de Syphax est sans doute le plus important à traiter. Il porte atteinte à l’État," a-t-elle souligné.

À part ses difficultés financières et ses problèmes à honorer ses engagements envers ses salariés et partenaires, d'autres problèmes importants s'ajoutent à la liste. La compagnie est soupçonnée de transporter des jeunes tunisiens pour le jihad en Syrie,c'est ce qu'avait annoncé l’avocat Imed Ben Halima sur Al Hiwar Ettounssi.

Des propos qui ont été immédiatement démentis par Frikha. Ce dernier a indiqué que de telles accusations diffamatoires ne font que freiner la relance économique de la société. Réagissant à cela, le chef du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, a lui-même publié un communiqué où il a annoncé que toute personne qui s’attaquera au député Frikha par des propos diffamatoires sera poursuivie par Ennahdha, en justice.

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