Dr. Rachid Bezad: "L'implant peut être utilisé chez toutes les femmes qui veulent avoir trois années de contraception"

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Un projet pilote sur l'implant contraceptif a été mené à Fès et à Casablanca | Erik de Castro / Reuters
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CONTRACEPTION - À l'occasion de la Journée mondiale de la population célébrée le 11 juillet de chaque année, le Haut-commissariat au plan (HCP) a publié une enquête. Cette dernière mettait en avant la baisse de fécondité chez la femme marocaine, passant d'une moyenne de 7 à 2,21 enfants. Un changement expliqué par plusieurs facteurs, dont la multiplication du recours à la contraception.

Mais où en sont les pratiques en termes de contraception au Maroc? Le gynécologue-obstétricien Rachid Bezad, professeur à la faculté de Médecine et de Pharmarcie de Rabat (Université Mohammed V), et directeur du Centre national de santé reproductrice (maternité des Orangers-CHU de Rabat) fait le point sur la situation.

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HuffPost Maroc: Le HCP a mis en avant l'utilisation de la contraception moderne avec une prévalence de 55%. Pour vous, est-ce un bon chiffre?

Rachid Bezad: Pour parler de la contraception au Maroc, il faut parler de son contexte historique évolutif. D'une manière générale, si on parle d'une prévalence contraceptive qui arrive à près de 60%, ça veut dire qu'il y a un travail qui a été fait depuis plusieurs décennies. C'est une politique démographique qui a permis d'en arriver à ces chiffres-là. À titre comparatif, les pays qui sont actuellement autour de 20% de prévalence contraceptive viennent de commencer leur politique démographique. Le Maroc, lui, a commencé dans les années 60 à mettre en place cette politique. Et la prévalence contraceptive a augmenté de manière graduelle au cours de ces 5 décennies jusqu'au résultat d'aujourd'hui.

Quels sont les moyens de contraception utilisés au Maroc?

Depuis toujours, le Maroc a opté pour l'utilisation de la contraception orale, avec la pilule, beaucoup plus que les méthodes de longue durée. C'est pour cela qu'on dit du Maroc que c'est un "pays à pilule", en termes de contraception.

Les méthodes de longue durée sont-elles moins développées?

Dans la stratégie marocaine du ministère de la Santé, il y a une rubrique pour développer les méthodes de longue durée. Le stérilet, le dispositif intra-utérin, a toujours eu autour de 5% d'utilisation. Il y a eu beaucoup d'actions menées au cours des années 2000, pour le développer et l'améliorer car c'est une méthode de contraception intéressante.

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Il y a aussi eu l'introduction des injectables, pour diversifier les moyens de contraception. Et, plus récemment, le projet pilote de l'implant contraceptif. Mais, toutes ces méthodes n'ont jamais dépassé le pourcentage d'un appoint. La pilule est toujours restée la méthode la plus utilisée.

Comment s'explique ce phénomène?

D'après mon expérience et un certain nombres d'études, il y a, d'abord, la facilité d'utilisation. La pilule a moins de contraintes: on peut l'arrêter quand on veut, on ne s'engage pas beaucoup. Ses seules contraintes sont l'efficacité en termes d'observance et le fait de la prendre régulièrement au quotidien. Par contre, les autres méthodes contraceptives, c'est un acte, un engagement. Le stérilet passe par une séance de mise en place dans l'utérus. L'injectable, c'est une injection, donc on a besoin de quelqu'un pour le faire. La femme et le couple doivent s'engager à faire cela. Et il y a un suivi derrière à assurer. D'une manière globale, c'est plus contraignant en matière d'acte, de décision. Par contre, les méthodes de longue durée ont l'avantage d'obtenir une meilleure observance et d'être moins contraignantes quotidiennement.

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Que faut-il faire pour sensibiliser aux méthodes longue durée?

Au niveau de la planification familiale, on ne peut recueillir que ce que l'on sème. Si, dans le programme national, on décide de donner la place à une méthode de longue durée, il doit y avoir un investissement, des actions, des activités qui accompagnent ce plan d'action. C'est comme cela qu'on pourrait aller vers un changement dans le paysage des méthodes de contraception.

J'ai fait l'évaluation du projet pilote sur l'implant au Maroc et on m'a demandé d'élaborer un plan d'action sur la diffusion. Dans ce contexte, j'ai réalisé un benchmarking (référenciation), pour voir ce qu'il se passait dans les autres pays. Les résultats ont mis en avant deux tendances: les pays qui en ont fait une alternative, pour des femmes ayant besoin d'une méthode de contraception hormonale progestative et ne peuvent pas prendre d'autres méthodes. Et d'autre part, j'ai trouvé quelques pays, pas nombreux, qui l'ont utilisé comme une méthode de masse, c'est-à-dire, comme la pilule chez nous. Ils ont mis tous les moyens nécessaires: information de la population, disponibilité du produit, formation du personnel... C'est un choix de programme et ce choix doit être accompagné, cela ne se fait pas spontanément.

Le projet pilote de l'implant au Maroc s'inscrit-il dans cette dynamique?

Le projet pilote a été mené par le ministère de la Santé à travers la direction de la Population et la division de la santé de la mère et de l'enfant. Il a duré trois ans. Sa conception, sa mise en place, son suivi ont été réalisés d'une manière excellente. Il a bénéficié de l'expérience qu'avait le Maroc et le ministère de la Santé concernant la première génération de l'implant, dans les années 90. La première génération d'implant comprenait 6 bâtonnets, la nouvelle génération n'en comprend qu'un seul.

Son expérimentation a concerné deux villes: Fès et Casablanca. L'implant a été intégré dans ces préfectures en y mettant tous les moyens: la formation, les normes d'utilisation, le suivi, les explications... Le projet a obtenu de bons résultats. 86% des femmes qui ont eu un implant dans le cadre de ce projet pilote l'ont gardé au moins deux ans sur les trois ans de sa durée de vie. C'est un des chiffres les plus élevés parmi les expériences qui existent dans le monde. Ceci reflète qu'il y a une bonne indication. Le pourcentage d'utilisation de l'implant a ainsi commencé à prendre une petite place, même s'il ne s'agissait que d'un projet pilote, parmi d'autres méthodes. A Casablanca, il a atteint 0,24% et à Fès 0,06%.

D'une manière globale, l'expérience est réussie, elle a été menée correctement et il y a une possibilité de diffusion et d'extension. On a fait une cascade de diffusion à partir des deux préfectures vers les deux régions. Ensuite, l'élargissement touchera d'autres régions, d'une manière graduelle, avec des pas de plus en plus sûrs.

Quelles sont les indications médicales pour l'implant?

Il existe deux types de pilule: celle qui comporte deux hormones (œstrogènes et progestatifs) et celle qui ne contient que les progestatifs. L'implant, qui est inséré sur la face antérolatérale du bras, contient l'hormone progestative seule. Du coup, l'implant peut être pris chez les femmes qui peuvent avoir une contraception hormonale sans œstrogènes et ne peuvent pas prendre la pilule le jour. Exemple: une femme qui est tendue ou qui a un diabète, ne peut pas prendre d'œstrogènes. Si elle ne peut pas se rappeler de prendre la pilule tous les jours, l'implant sera une alternative. L'implant peut tout de même être utilisé chez toutes les femmes qui veulent avoir trois années de contraception. C'est un choix. Et un moyen de contraception très intéressant.

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