Marche à Rabat: enseignants et militants pro-hirak cherchent justice sociale

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MARCHE RABAT
AIC Press
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MARCHE - Près de 2.000 participants ont envahi, dimanche 16 juillet à midi, la place Bab El Had, au centre ville de Rabat. Dans leur majorité, ce sont des enseignants relevant du ministère de l’Éducation nationale qui se sont donné rendez-vous pour une marche de trois heures.Tous ont répondu à l’appel de la Fédération nationale de l’enseignement (FNE/tendance démocratique), qui, dans un communiqué, a demandé à l’ensemble de ses sections régionales et locales de rallier la marche initiée par le Front pour la dignité et la justice sociale.

"Les mutations" qui fâchent

Mot d’ordre: dénoncer les injustices que subissent les enseignants. "Le mouvement de mutation a fait beaucoup de victimes", déclare au HuffPost Maroc le secrétaire général de la FNE, Abderrazzak Drissi. Sur ce volet, la FNE, mais aussi d’autres sections de l’enseignement affiliées aux syndicats de l’UMT, la FDT, l’UGTM, l’UNTM et la CDT ont d'ailleurs adressé une lettre collective, datant du 7 juin, au ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Hassad.

Dans cette lettre, les syndicats dénoncent le fait que certains cadres de l’enseignement ayant participé aux mouvements de mutations soient privés d’accès aux postes vacants. Ce qui, pour les syndicats, ne trouve aucune légitimité. "Nous avions attiré l’attention de l’administration du ministère, à différentes reprises, sur le fait que nous avions constaté à nouveau, après le lancement du concours d’embauche d’enseignants contractuels (…) que certains postes sont restés vacants dans certaines régions alors que les participants aux mouvements régionaux de mutations n'ont pas pu en bénéficier". Une injustice, selon eux, qui porte atteinte à "la crédibilité de gestion" de ce concours. "Nous vous demandons de consacrer ces postes vacants à tous ceux qui sont intéressés afin de préserver la crédibilité de gestion, rendre justice aux victimes (…) en conformité avec le principe d’équité et d’égalité des chances", écrivent les syndicats.

Contacté par le HuffPost Maroc, ce matin, le responsable du dossier au département de l'enseignement national n'a pu être joint "car absent en raison d'une mission", nous a-t-on indiqué.

La FNE crie au sabotage

La FNE a tenu à réitérer cette revendication, mais aussi d’autres dans le cadre de cette marche. À en croire son secrétaire général, les enseignants, représentés par plusieurs coordinations, à l’occasion, paient aussi la facture de "leur militantisme syndical" et/ou "couleur politique". "159 enseignants stagiaires qui ont passé l’examen n’ont pas réussi. Pour nous, ce résultat est à vérifier, parce que nous estimons qu’ils ont été victimes d’un sabotage en raison de leur militantisme syndical", soutient Abderrazzak Drissi. Et d’affirmer que cette raison a été l’origine du limogeage de plusieurs fonctionnaires, ayant rallié la marche justement pour se faire entendre.

La liste des revendications se prolonge. Le recrutement pour les stages pose aussi problème, aux yeux de la FNE. "10.000 enseignants sont recrutés pour stages, mais seuls 7.000 seront embauchés. Quel sera le sort des 3.000 autres? C’est une première dans l’enseignement au Maroc!", fustige ce responsable.

Le secteur de l’enseignement, faisant partie de la fonction publique, a logiquement été, au cours de cette marche, le porte-voix des revendications communes à l'ensemble des fonctionnaires. Ainsi, des représentants d’organisations et de coordinations y ont pris part notamment pour dénoncer la réforme du régime de retraite des fonctionnaires. "Ce régime, dans le gouvernement Benkirane et celui d’El Othmani, a été réformé au détriment des fonctionnaires. Il faut absolument le revoir", estime Abderrazzak Idrissi.

Soutien au hirak du Rif

Les comités de soutien du hirak du Rif n'ont pas raté l'occasion de se joindre à la marche. Agitant des drapeaux amazighs, ils ont appelé à la libération des détenus d'Al Hoceima. "Toutes les revendications de la marche portent sur le respect de la dignité sociale", explique l'ex-présidente de l'Association marocaine des droits humains, Khadija Ryadi. Militante des droits de l'Homme, membre initiateur du mouvement des "Femmes debout contre la détention politique", Khadija Ryadi a tenu à être présente à la marche pour dénoncer en choeur avec les manifestants la situation "déplorable" dont souffre le citoyen.

"Nous marchons contre la réforme du régime de retraite, contre la corruption, contre la mauvaise gouvernance, contre la mauvaise qualité de l'école, contre la détention de 130 jeunes ayant revendiqué leurs droits. Silya a entamé une grève de la faim et d'autres pourraient suivre... Cette marche a toutes les raisons d'être", soutient la militante. Pour elle, désormais, aucune marche ne peut se faire sans évoquer les événements du Rif: "dans des situations pareilles, on doit rester dans la rue. Les revendications dans le Rif sont les mêmes partout au Maroc".

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