Incendie de la Grenfell Tower: Que deviennent les familles marocaines touchées par l'incendie?

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GRENFELL TOWER
The burnt out remains of the Grenfell apartment tower are seen in North Kensington, London, Britain, June 29, 2017. REUTERS/Hannah McKay | Hannah Mckay / Reuters
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LONDRES - C'est un lourd tribut qu'a payé la communauté marocaine résidant dans la Grenfell Tower et ses environs. Au moins six ressortissants marocains figuraient parmi les 79 victimes présumées de l'incendie qui a ravagé la tour d'habitation le 14 juin dernier.

Le quotidien britannique The Guardian rapporte que la tour était dans le quartier surnommée "Moroccan tower" (la tour marocaine), peu après son ouverture en 1974, en raison des nombreux résidents originaires du Maroc.

Le quartier compte encore aujourd'hui de nombreux ressortissants de la communauté marocaine, l'"une des plus importantes communautés de Grande-Bretagne", comme l'explique au HuffPost Maroc Nadia Elbhiri, directrice du centre Al Hasaniya, un centre caritatif installé depuis 30 ans dans le quartier de Kensington, où s'est produit le drame. "Les premières familles marocaines se sont installées dans ce quartier à la fin des années 60, début 70", poursuit celle qui dirige cette structure dédiée aux femmes marocaines et qui vise à "aider ses bénéficiaires à avoir accès aux services publics, à promouvoir une citoyenneté positive et une meilleure communication entre les communautés".

Premiers sur les lieux de l'incendie

Les bénévoles du centre sont parmi les premiers a être arrivés sur les lieux, dès les premiers signes de l'incendie. Et pour cause:
"une de nos collègues habitait au 11e étage de cet immeuble, nous y étions à 2 heure du matin", déclare Nadia Elbhiri.

À leur arrivéE sur les lieux, Nadia et les bénévoles ont d'abord porté assistance aux personnes qui quittaient l'immeuble, où les flammes ne s'étaient pas encore dangereusement propagées. "Nous leur avons demandé ce dont ils avaient besoin, certains étaient en pyjama, d'autres avaient été réveillés par l'incendie".

Deuxième geste des bénévoles: ouvrir le centre à 3 heure du matin: "nous avons fait savoir aux personnes touchées que si elles avaient besoin d'un endroit où se reposer ou se remettre du choc, elles pouvaient venir dans notre centre", explique la directrice.

"C'était une nuit traumatique", se souvient-elle. "Nous gérons un centre dédié aux femmes arabes, mais nous l'avons ouvert à tous le monde ce soir-là, quelle que soit leurs religions, genre ou origines". C'est également le centre qui alerte le consul général du Maroc en Angleterre et le guide là où s'est jouée la tragédie.

C'était une nuit traumatique.

Des familles toujours dans l'attente de logements

Aujourd'hui, l'association gère 5 familles marocaines et 8 à 9 familles "issues de pays de langue arabe", explique Nadia Elbhiri. "70% des gens qui vivaient dans cet immeuble étaient Marocains ou issus de pays de langue arabe".

Al Hasaniya les aide notamment dans les tâches administratives, surtout pour ceux qui ne parlent pas anglais, ou leur verse les donations reçues. Le centre a en effet pu compter sur la générosité d'anonymes qui, dès les jours qui ont suivi le drame, sont venus accorder des dons ou offrir des vêtements et des affaires utiles aux sinistrés. "C'est quelque chose qui nous a beaucoup marqués, la générosité des gens".

Aujourd'hui, la priorité pour ces familles est de trouver un logement à long terme. Pour la majorité, elles ont été relogées dans des hôtels. "C'est très dur de trouver des logements dans ce quartier très densément peuplé, et les logements sociaux sont très rares, même si le conseil de la ville fait de son mieux", ajoute la directrice du centre.

Des séquelles psychologiques à venir

Nadia Elbhiri insiste sur les conséquences psychologiques qu'un tel évènement peut avoir sur les personnes l'ayant vécu: "Nous cherchons des conseillers parlant arabe pour que les personnes qui ont besoin d'aide puissent discuter avec des professionnels comprenant leur langue".

Ils n'ont toujours pas géré leur traumatisme et tout cela va prendre du temps.

Si l'association Al Hasaniya refuse de pointer du doigt tout dysfonctionnement ou erreur de communication de la part des secours britanniques, elle tente désormais de soutenir à plus long terme les victimes: "Nous travaillons avec elles pour leur assurer un futur. Pas pour les semaines ou mois à venir, mais pour les prochaines années, car certains n'ont toujours pas eu l'occasion de faire le deuil de ce qu'ils ont perdu, qu'il s'agisse de leurs affaires, de leur maison, de leur famille", souligne Nadia Elbhiri. "Ils n'ont toujours pas géré leur traumatisme et tout cela va prendre du temps".

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