Farid Chamekh, humoriste: "Le public marocain est très exigeant parce que le Marocain est déjà très drôle"

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Farid Chamekh a fait la première partie du Gala Jamel et ses amis 2017 | Farid Chamekh/Facebook
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HUMOUR - Ce 12 juillet, M6 diffusait le Gala Jamel et ses amis, tenu lors du Marrakech du Rire 2017. L'occasion pour le HuffPost Maroc de revenir sur celui qui en a assuré la première partie, Farid Chamekh. Cet humoriste français d'origine algérienne s'est fait sa place au sein de la troupe du Jamel Comedy Club et du public. Retour sur ses débuts, son spectacle et ses expériences au Maroc.

HuffPost Maroc: Vous avez 36 ans, que faisiez-vous avant d'être humoriste?

Farid Chamekh: J'ai été danseur et capoériste. Je suis aussi passé par plein de choses comme la fonction publique, les usines, les chantiers, les champs. J'ai tout fait comme travail avant d'arriver à faire des blagues sur scène.

Justement, comment en êtes-vous arrivé à l'humour?

C'est un truc qui s'est fait naturellement. Quand tu es un peu le trublion, le cancre de l'école qui amuse un petit peu tout le monde et que même tes professeurs te disent que tu devrais faire du théâtre, à un moment donné, ça vient à toi sans que tu n'aies à te forcer. Par voie de fait, j'ai poussé, il y a 15-20 ans, la porte d'une école de théâtre d'improvisation et depuis, c'est devenu une drogue.

Comment vous êtes-vous rapproché du Jamel Comedy Club?

Je voyais le Jamel Comedy Club à la télévision et, pour moi, c'était assez loin. Je ne pensais pas y jouer un jour. Quand je suis arrivé à Paris, je jouais devant le Comedy Club, dans un café-théâtre qui s'appelle le Pranzo. Un jour, la connexion s'est faite avec les directeurs artistiques du Comedy Club qui m'ont proposé de venir jouer sur les scènes ouvertes du Jamel Comedy Club, les Deb Jam. Et notamment Jean-Michel Joyeau, qui est un découvreur de talent du Comedy Club. C'est lui qui m'a fait joué sur ces scènes et, de fil en aiguille, sur l'émission et la troupe pour en arriver à faire les premières parties de Jamel. C'est un cheminement qui a pris du temps mais je suis très heureux.

Comment s'est passée la première rencontre avec Jamel?

C'était très drôle. Je lui disais "Ouais Jamel, on fait comme ci, on fait comme ça", et il me dit:"Mais, t'es qui?". Je lui réponds: "mais Jamel, je suis dans ta troupe!" En fait Jamel ne me connaissait pas. La première fois qu'il m'a vu sur scène, c'était sur le tournage de la 8e saison du Jamel Comedy Club. C'est là qu'on a commencé à sympathiser et de là, il m'a proposé de faire ses premières parties. Ça se passe plutôt bien. Je suis très heureux parce que je découvre l'artiste que j'ai admiré toute mon enfance et un ami qui en même temps me donne beaucoup de conseils.

Il est comment Jamel quand vous travaillez?

Jamel est exigeant, plutôt anxieux de toujours être bon, de ne pas décevoir son public et de maintenir ce cap de meilleur humoriste de Franc. Parce que, pour moi et pour tout le monde, on le sait, ils sont deux: Gad et Jamel.

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Et le Marrakech du Rire, ça fait combien de temps?

La première fois, c'était avec la troupe du Jamel Comedy Club au Palais Badii en 2015. C'était une super expérience, une première pour moi devant autant de monde, 3.500 personnes. Caca-culotte au début, on ne va pas se mentir. On a réitéré ça en 2016, on était bien préparés et ça a été un des meilleurs kiff de ma vie. Cette année, on a changé la formule, on a joué toute la semaine du festival à l'Espace Prestigia, c'était une belle expérience aussi. Personnellement, je suis toujours heureux de venir jouer au Maroc. Même s'il y a beaucoup de Français qui viennent nous voir, le public marocain est très chaleureux.

Avez-vous déjà joué au Maroc en dehors du Marrakech du Rire?

J'ai joué avec la troupe du Jamel Comedy Club et avec le Point Virgule au Studio des Arts Vivants de Casablanca. Les Casablancais sont des Marocains ++ en terme de rigolade. Quand ils parlent français, ils ont leur accent casablancais et on est tombés sur des gens dans le public qui étaient extraordinaires. Il y avait presque plus de blagues dans le public que sur scène. J'ai passé un super moment à Casablanca, c'était vraiment génial.

Vous adaptez vos blagues au public marocain?

On a tendance à croire qu'on ne peut pas parler de tout au Maroc, mais ce n'est pas vrai. Après, de base, je n'aime pas la vulgarité. Mais je n'en fait pas du tout au Maroc. Les Marocains et les Maghrébins sont des gens qui aiment sortir en famille, je serais mal à l'aise d'aller voir un artiste, avec ma famille, qui parle de sexe. Donc je ne le fais. C'est une question de respect.

Aussi, cette année, il m'est arrivé quelque chose. J'ai fait la première partie du Gala Jamel et ses amis. Pendant mon sketch, il y a eu l'appel à la prière. Et en fait, je pars du principe qu'il faut respecter l'endroit où on se trouve et les convictions du pays dans lequel on se trouve, sachant qu'ici, elles correspondent aux miennes. Je ne me voyais pas jouer pendant l'appel à la prière. C'est quelque chose qui se respecte. On nous répète souvent en France que les étrangers doivent s'adapter aux lois de la République, ce genre de choses, mais ça marche partout en fait. Quand on va dans un pays, on s'adapte aux règles du pays. Et du coup, non, je n'adapte pas mes sketchs, mais on sait qu'on a un public différent.

Pouvez-vous nous parler de votre spectacle, "Farid & Chamekh"?

C'est un premier spectacle et comme tout premier spectacle, je pense que c'est important pour un artiste de se présenter. Il raconte ma vie, qui je suis, d'où je viens, par où je suis passé pour en arriver là. J'essaye d'être un petit peu original dans ce que je raconte puisque j'ai pas mal voyagé et qu'au travers de ces voyages, il m'est arrivé beaucoup de choses anecdotiques et atypiques. Sur le coup, ce n'est vraiment pas drôle, mais à raconter c'est très drôle. Par exemple, ma mésaventure avec un travesti brésilien -je vous rassure je ne suis pas allé au bout, je me suis rendu compte à temps que ce n'était pas une femme-, ou encore le jour où je me suis fait réveillé par deux hyènes en pleine Tanzanie.

Une anecdote sur le Maroc?

Je prends un taxi, le mec s'arrête 15 minutes en plein milieu de la route, il revient. Je lui dis: "mais pourquoi on s'est arrêté?", il me répond: "je devais acheter de la viande". C'est extraordinaire, c'est le genre de choses qui me font mourir de rire. C'est typiquement marocain. C'est comme quand Nick (Nick Mukoko du Jamel Comedy Club, ndlr) marche dans la rue à Marrakech, qu'un mec au souk lui dit qu'il le reconnaît. En fait, il ne le reconnaît pas parce qu'il pense qu'il s'agit de Will Smith, alors il lui dit "ah, je t'ai vu à la télé toi, mais c'était pas toi". C'est pour ça que les Marocains sont très exigeants aussi, parce que le Marocain est déjà très drôle. Il faut donc savoir les surprendre.

Votre spectacle a-t-il évolué depuis la première représentation?

Je pars du principe qu'un spectacle n'est jamais parfait. Donc j'essaye constamment de l'alimenter avec de nouveaux trucs, d'améliorer certaines choses. Je vieillis aussi, donc j'essaye d'apporter plus de messages sérieux dans mon humour. Parce qu'entre ce que tu faisais il y a six ans et ce que tu fais maintenant, il s'est passé pleins de choses dans le monde, dans ta tête, dans ta vie. Tu évolues, tu grandis, tu deviens mature, même si ça ne se voit pas vraiment (rires) et tu n'as plus envie de raconter les mêmes choses.

Je me suis aussi rendu compte que malgré tout, par ce que je suis, mon vécu et ce que je représente en France, j'ai de la chance d'avoir une tribune avec des gens qui m'écoutent. Et comme il y a des choses que je veux que les gens sachent, c'est un moyen pour moi aussi de diffuser des messages.

Justement, est-ce que vos origines jouent beaucoup dans votre humour ?

J'ai toujours eu un combat contre le communautarisme. J'ai toujours aimé que les gens se mélangent. La compréhension de l'autre part du fait que tu dois te mélanger. Dans mon humour, c'est pareil, j'essaye d'être universel, j'essaye de parler à tout le monde. Mais je me suis rendu compte que c'est assez difficile dans le sens où, quand tu es maghrébin, malgré toi, on veut te mettre dans cette case de maghrébin. Après, mes origines, c'est juste une richesse pour moi. J'ai une double-culture, je m'en sers mais je ne souhaite pas m'adresser à un seul type de public. Je veux être universel.

Pour finir, c'est quoi l'humour pour vous?

C'est d'abord la détente, oublier ses problèmes, un temps où on met tout entre parenthèses. Mais avec tout ce qu'il se passe aujourd'hui, c'est aussi une arme puissante. Il permet de dire des choses, de dénoncer et de changer, parfois, les mentalités. Si sur 100 personnes j'en ai deux qui sortent un peu moins racistes de mon spectacle, je suis content. Après, il ne s'agit pas de faire l'arabe de service ou de plaire, mais vraiment de dénoncer les choses. Avant, nos parents immigrés avaient honte. Aujourd'hui, on revendique notre patrimoine culturel algérien, marocain, tunisien. On essaye de dire à tout le monde "détendez-vous, la vie est cool". Moi, mon seul but, c'est que les gens sortent de mon spectacle et qu'ils soient mieux moralement qu'ils l'étaient en arrivant. Si je n'ai pas réussi ce pari, je n'ai pas réussi mon job.

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