En colère, les commerçants du centre ville de Casablanca ont baissé les rideaux ce jeudi

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PROTESTATION - Sur la célèbre rue Prince Moulay Abdellah, à Casablanca, les commerçants n’ont pas levé le rideau de leur boutique, aujourd’hui. Ils y ont collé cette annonce: "Fermé en protestation contre les commerçants ambulants". "Nous avons décrété ce jeudi 13 juillet, jour de grève parce que nous n’avions plus d'autre choix!", s’exclame leur représentant Ali Bouftass, président de l’association "Assafaa". La grève a été décidée samedi, lors d’une assemblée générale, à laquelle ont participé près de 200 commerçants et représentants de professions libérales. Médecins, pharmaciens ou encore avocats ont ainsi rejoint le mouvement, plus gênés pour leur part par l'anarchie dans le quartier en terme de circulation, de sécurité et de pollution sonore que par la concurrence qu'endurent les commerçants du quartier.

Au bord de la faillite

Dans une déclaration au HuffPost Maroc, Ali Bouftass estime que les commerçants du centre ville de la métropole sont au bord de "la crise cardiaque". "Certains veulent fermer boutique définitivement, d’autres comptent réduire le nombre de leurs employés, alors que le reste se bat pour survivre. 90% des commerçants ont vu leur chiffre d’affaires baisser jusqu’à 80%, au cours des quatre derniers mois. Les commerçants ambulants nous ont étouffés", confie-t-il.

Ali Bouftass tient à préciser qu’il ne parle pas de commerçants à la sauvette, mais de ceux qui pratiquent le commerce informel. "Ils ont autant de marchandises que les commerçants dans leur boutique, sauf que pour eux, il n’y a pas de règles. Ils stationnent leur 4x4, déposent entre 70 et 100.000 dirhams de marchandises sur des tables et disposent aussi d’employés à leur service. Ce n’est pas cela un commerçant à la sauvette qui étale deux, trois bricoles", décrit-il.

greve commerçants casablanca

Impôts, inspections en tout genre et à tout moment, les commerçants du centre ville dénoncent la concurrence déloyale dont ils paient le prix. "À chaque fois, une commission se présente pour, par exemple, vérifier si nous respectons la loi zéro plastique, et dès qu’elle en trouve un, on paie une amende. Tandis que juste devant, des commerçants l’utilisent au vu et au su de tout le monde dans l'impunité la plus totale", s’insurge le représentant des commerçants.

Un rêve devenu cauchemar

Cette première protestation se veut donc être la dénonciation de l’anarchie qui risque d’empirer à l’arrivée des vacances estivales. "C’est aussi une façon, pour nous, d’exprimer notre déception quant au plan de développement de Casablanca", précise le représentant, soulignant que les grands projets de ce plan ont redonné confiance aux commerçants. "Avec l’arrivée du théâtre et de la marina, nous nous sommes permis de rêver d’une grande connexion entre l’ensemble des artères de Casablanca, dont la rue du Prince Moulay Abdellah. Nous avions cru que l’affluence des touristes ne tardera pas. C’est bien le contraire qui nous est arrivé, un vrai cauchemar!".

Pourtant, face au "cauchemar", les commerçants disent avoir alerté les autorités de la ville. "Nous avions adressé des lettres à tous les représentants des autorités locales, préfectorales et régionales. Nous avions aussi déposé une pétition de 380 signatures, au début de l’année", indique Ali Bouftass. Et de rappeler que les commerçants ont également eu l’occasion d’en parler à l’ancien wali du Grand Casablanca, à l’occasion du festival du shopping.

"À l’arrivée du nouveau wali, on lui a adressé deux demandes, l’une orale et l’autre écrite. Malheureusement, nous n’avons pas encore de réponse", regrette le représentant des commerçants du centre ville. Et de confier que le gouverneur de Casa-Anfa les a contactés la veille de la grève. "Il a fait appel à nous mercredi après-midi, pour nous demander d’annuler notre grève en nous promettant de trouver des solutions", indique-t-il, précisant que tous les commerçants ont hâte de connaitre les solutions, mais sont tout aussi déterminés à poursuivre leur mouvement de protestation.

Le HuffPost Maroc a contacté la Chambre de commerce de Casablanca, mais ses lignes sont, nous-a-t-on dit, "en dérangement". Le téléphone du président du conseil de la ville est, quant à lui, éteint.

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