Des photos de l'attentat de Nice publiées dans Paris Match indignent les victimes, le magazine invoque le "droit à l'information"

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NICE
ERIC GAILLARD / REUTERS
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Des images issues de la vidéosurveillance de l'attentat de Nice et parues jeudi 13 juillet dans Paris Match ont choqué les associations de victimes et proches de victimes, à quelques heures des commémorations de l'attaque qui a fait 86 morts et quelque 450 blessés il y a un an. Elles estiment que ces images "portent atteinte à la dignité des victimes et de leurs proches".

"Paris Match a fait le choix éditorial assumé de publier des photos extraites des bandes de vidéosurveillance de la ville de Nice et placées sous scellés", indique dans un communiqué l'avocat de la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs, maître Eric Morain.

L'avocat a appelé le parquet antiterroriste de Paris "à faire cesser ce trouble manifestement illicite". Cette requête est aussi soutenue par l'association Promenade des anges, qui rassemble les proches des victimes de l'attentat au camion bélier qui a ensanglanté la célèbre Promenade des Anglais le 14 juillet 2016.

Le parquet de Paris a réagi dès jeudi matin en assignant en référé Paris Match pour obtenir le retrait en urgence du numéro. Le ministère public, qui assigne Hachette Filipacchi Médias et la directrice de publication de Paris Match, "demande au tribunal d'ordonner le retrait de la vente" du magazine et "l'interdiction de diffusion sous tous formats, notamment numérique", a indiqué le parquet de Paris. Ce référé sera examiné à 14 heures.

Christian Estrosi écrit au ministre de la Justice

"Ces captures d'écran, publiées sans précaution aucune, portent atteinte à la dignité des victimes et de leurs proches" et sont publiées "uniquement pour faire du sensationnel" et "créer une atmosphère morbide et voyeuriste", dénoncent les associations.

Christian Estrosi, le maire de Nice, a critiqué la publication d'images "insoutenables et abjectes".

L'élu dit avoir écrit "au ministre de la Justice afin qu'il se saisisse de cette nouvelle parution qui ne manquera pas de raviver la douleur des familles".

"On n'a pas de leçon à donner à ceux qui se sentent atteints dans leur dignité", a quant à elle estimé l'ancienne secrétaire d'État à l'aide aux victimes Juliette Méadel, interrogée jeudi sur franceinfo. "J'ai vu dans le passé des photos qui étaient bien plus choquantes que celles-ci mais en la matière je ne donnerai de leçons à personne. À partir du moment où vous avez été victime d'un drame et que vous vous sentez atteint par une image, j'entends l'indignation", a-t-elle réagi.

Un "devoir de mémoire" selon Paris Match

Pour l'avocate du journal, "le sujet de Paris Match sur le 14 juillet est au contraire un hommage aux victimes et aux rescapés", a déclaré maître Marie-Christine Percin à l'AFP, qui n'a pas pu consulter le numéro à paraître.

"Il n'y a pas de photos montrant le visage des victimes ou portant atteinte à leur dignité. Les images montrent le camion de très loin au moment où il arrive sur la foule, et des silhouettes de gens qui marchent", selon elle.

Le directeur de la rédaction du magazine Olivier Royant fait valoir, dans un éditorial publié mercredi soir, le "droit à l'information" et le "devoir de mémoire, pour que la société n'oublie pas". "Paris Match entend défendre becs et ongles le droit des citoyens, au premier chef le droit des victimes, de savoir ce qui s'est passé exactement", écrit-il.

Olivier Royant poursuit: "Quant aux photos du camion cette nuit-là, largement publiées et relayées par nos confrères depuis un an, et encore ces jours-ci dans des émissions de télévision à grande audience, il s'agit de vues de loin, de plans larges, sans identification possible des victimes ni atteinte à leur dignité. Elles sont publiées dans un souci de compréhension des événements."

Une atteinte encadrée par la loi

À la suite de l'attentat de Nice, plusieurs médias avaient déjà été pointés du doigt pour avoir notamment diffusé des images de victimes sur la Promenade des Anglais. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel avait appelé l'ensemble des médias audiovisuels à "la prudence et à la retenue, protectrices de la dignité humaine et de la douleur des personnes".

Me Eric Morain rappelle que la loi Guigou de 2000 encadre l'atteinte à la dignité d'une victime d'une infraction pénale mais seulement lorsqu'elles sont vivantes. Sur les images diffusées par Paris Match, des victimes vivantes blessées sont visibles mais, selon lui, pas forcément identifiables.

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