Comment et quel est l'intérêt de l'Europe à soutenir la Tunisie? La société civile y répond lors d'une session d'Euro-Med Rights

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Louafi Larbi / Reuters
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Entamé il y a quatre ans, le dialogue tripartite entre l'Union Européenne, l'État et la société civile en Tunisie, mené sous l'égide du réseau Euro-Med Rights, bureau Maghreb-Tunisie, commence à prendre forme à travers des recommandations concrètes touchant quatre sphères: les droits des femmes, les droits économiques et sociaux dans le cadre de l’ALECA (Accord de Libre-Échange Complet et Approfondi), la migration avec le Partenariat pour la Mobilité, et la réforme de la justice sous la bannière du Programme d'Appui à la Réforme de la Justice (PARJ).

Ces recommandations formulées par des experts et des figures de la société civile ont été confrontées à d'âpres débats menés par une large panoplie d'experts, associations et médias afin de les distiller et de les solidifier davantage, et ce dans le cadre de la session extraordinaire du projet dialogue tripartite d'Euro-Med Rights qui a eu lieu du 7 au 9 juillet à Hammamet.

Le dialogue tripartite brasse large et aspire ainsi à enrayer les clivages originels entre les différents intervenants afin de jeter les assises d'une synergie créatrice de propositions concrètes et précises au delà des slogans.

Ont contribué aux discussions de ces recommandations de nombreuses personnalités politiques telles que Mohamed Salah Ben Aissa, Hakim Ben Hammouda, Kamel Jendoubi, Ahmed Souab, Monia Ben Jémia, Tarek Ben Hiba, Mokthar Trifi, etc, ainsi que des économistes et sociologues engagés. Ont été présents Michel Tubiana, président d’Euro-Med Rights et Alexandre Zafiriou, ministre conseiller à la délégation de l’UE en Tunisie notamment.

Comment trouver un terrain d'entente entre tout ce beau monde? "Le chemin a été semé d'embûches pour les réunir au départ", a confié Ramy Salhi au HuffPost Tunisie. "Les difficultés étaient nombreuses liées au fait de faire sortir la société civile de la posture contestataire habituelle, pour qu'elle devienne une force de proposition, au delà des effets d'annonces. Il y a également eu des difficultés liées au mépris des gouvernants envers la société civile, qui a prévalu pendant longtemps. Enfin, on note des difficultés inhérentes au rapport déséquilibré entre le géant européen et le petit pays qu'est la Tunisie", a expliqué Salhi.

Une dichotomie dans le rapport UE-Tunisie qui est revêtue par des liens solides sur les plans politique, économique, sécuritaire et d'une certaine proximité culturelle qui fait de l'UE "un partenaire privilégié et stratégique" de la Tunisie, a souligné le représentant de Euro-Med Rights.

Un partenaire qui n'a pas toujours été à la hauteur des attentes des Tunisiens. "L'Europe a toujours été du côté du pouvoir en Tunisie, en fermant l'oeil sur ses dépassements ou pire en le soutenant", a déploré Omar Safraoui, président de l'Observatoire tunisien de la justice transitionnelle au HuffPost Tunisie.

Ramy Salhi abonde dans le même sens, fustigeant une Europe "qui n'a pas joué le jeu notamment la France avec des promesses de dizaines de milliers de milliards non concrétisées", a-t-il pointé du doigt.

Le président d'Euro-Med Rights Tunisie ne mâche pas ses mots non plus concernant le côté tunisien: "Malheureusement, en face, nos partis politiques sont préoccupés par des querelles entre individus et n'ont aucune vision patriotique", a-t-il martelé.

Face à ce constat du côté européen comme du côté tunisien, un brin d'optimisme est-il réaliste? Monia Ben Jémia, présidente de l'Association Tunisienne des Femmes Démocrates exprime une certaine satisfaction: "Le Conseil de l'Europe a joué un rôle important pour poser à son partenaire tunisien une certaine conditionnalité démocratique, se montrant plus exigeant concernant les droits des femmes. Récemment la question de la réforme du Code du Statut Personnel, tant attendue, a été posée par le Conseil, alors qu'elle demeure occultée par l'État tunisien", a-t-elle affirmé au HuffPost Tunisie.

D'autres sont plus réticents: "La question de la justice transitionnelle a été abordée dans une seule ligne du Programme d'Appui à la Réforme de la Justice, c'est dire à quel point cette problématique est sous-estimée par les Européens", a affirmé le président de l'Observatoire tunisien de la justice transitionnelle.

D'autres comme Charfeddine Kellil, avocat et membre du mouvement "manich msemah", analyse le rapport de force entre l'UE et la Tunisie avec pragmatisme: "Les Européens n'ont pas intérêt à soutenir la loi sur la réconciliation économique parce qu'elle signifie le blanchiment de la corruption, la perpétuation des anciennes pratiques nocives pour le climat de transparence et de confiance, propice pour le bon train des affaires des investisseurs européens", a-t-il expliqué au HuffPost Tunisie.

Ce climat des affaires en quête du gain et d'une main d'oeuvre à bas coût se fera-t-il au détriment des droits économiques et sociaux? "Pas forcément car si l'Europe compte stopper véritablement le flux migratoire, elle doit encourager les jeunes à rester dans leur pays, pour cela, il faut leur garantir une certaine sécurité économique et sociale", a rétorqué Kellil.

L'étape suivante?

Une fois finalisées, à quoi serviront ces recommandations concrètement? "Elles constitueront les fondements du plaidoyer qui ciblera l'État tunisien, Bruxelles, la délégation de l'UE en Tunisie et les États membres de l'Union Européenne", a conclu Ramy Salhi.

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Euro-Med Rights: dialogue tripartite
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