Reprise de Mossoul: Y a-t-il un risque de retour au Maroc des combattants de Daech?

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MOSUL ISIS
Un combattant de Daech à Mossoul, Irak, 2014. | STRINGER Iraq / Reuters
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CONFLIT - Dimanche 9 juillet, après neuf mois de bataille, le gouvernement irakien a annoncé la reprise de Mossoul. Seconde ville d'Irak aux mains des jihadistes de l'organisation "État islamique" depuis 2014, qui en avait fait l'un de ses principaux bastions, Mossoul a été "libérée", a annoncé le Premier ministre irakien Haïder al-Abadi.

Cette victoire de l'armée irakienne, coup dur pour l'organisation terroriste, annoncerait-elle la "débandade" des combattants de Daech? Alors que le Maroc compte un peu plus de 1.600 ressortissants ayant rejoint les rangs de Daech en Irak et en Syrie, la question de l'éventuel retour de jihadistes dans leur pays d'origine se pose.

Coopération renforcée

Lundi 3 juillet, une semaine avant la reprise de Mossoul, le ministre de l'Intérieur Abdelouafi Laftit s'est rendu à Séville pour le G4, un sommet qui réunit depuis 2013 les ministres de l'Intérieur d'Espagne, de France, du Maroc et du Portugal.

Les quatre pays ont ainsi convenu de renforcer leur coopération en matière de lutte anti-terroriste, notamment face au risque du retour des jihadistes dans ces pays.

La plupart des combattants marocains en Irak et en Syrie dans les rangs de Daech "sont connus des services de sécurité", selon le quotidien Al Ahdath Al Maghribia, qui cite des hauts responsables de la police.

Le Maroc aurait ainsi convenu avec plusieurs pays de recueillir "le plus grand nombre possible de données" sur ces combattants, afin de les analyser et de poursuivre ces djihadistes à la frontière entre la Turquie et la Syrie, et entre la Syrie et l'Irak.

"L'attention reste constante"

"Il y a un fort contingent de jihadistes marocains en Irak, donc les services de sécurité redoublent d'attention, c'est inévitable, surtout depuis la reprise de Mossoul et la bataille de Raqqa", confirme une source sécuritaire au HuffPost Maroc.

"Il y aura ceux qui restent sur place et la 'volée de moineaux'. Quel que soit le pays concerné, tout le monde met le paquet. Mais il n'y a pas de mesure particulière prise, car ce n'est de toute façon pas un sujet sur lequel on lâche la pression. L'attention reste constante", ajoute notre source.

Pour Wassim Nasr, journaliste spécialiste des mouvements jihadistes, auteur de L'État islamique, le fait accompli (2016), "la reprise de Mossoul ne signe pas la fin" du groupe terroriste. "Daech contrôle encore un territoire immense entre la Syrie et l'Irak, et cela peut durer encore longtemps. Beaucoup de jihadistes avaient déjà quitté Mossoul, bien avant le début de la bataille. Ceux qui sont restés dans la ville y sont restés pour mourir", explique-t-il.

"C'est très dur de quitter le territoire de l'État islamique"

Interrogé par le HuffPost Maroc sur les raisons du retour de ces combattants dans leur pays d'origine, le chercheur spécialiste des courants jihadistes Abdullah Rami évoquait des profils "déçus" des conditions de vie sous le "califat" d'Al-Baghdadi, "trompés" sur le combat qu'ils mèneraient là-bas, "fatigués" ou "choqués" par ce qu'ils ont vu... D'autres encore pourraient choisir de revenir dans leur pays d'origine pour créer des "cellules terroristes dormantes dans le royaume, précisait par ailleurs le spécialiste.

Si l'on ne connaît pas les chiffres exacts du nombre de combattants étrangers à Mossoul, la deuxième plus grande ville du pays en regroupe cependant beaucoup, rappelle aujourd'hui Wassim Nasr. "Il y a en effet un risque de retour des jihadistes dans leur pays d'origine, surtout dans les pays du sud de la Méditerranée, dont le Maroc, car les contingents sont plus importants", souligne-t-il.

"Les gouvernements en place sont donc obligés de gérer le problème d'une autre manière que les gouvernements occidentaux. Pour des pays comme la Tunisie, d'où proviennent plus de 5.000 combattants, la gestion va être beaucoup plus dure", estime-t-il.

La reprise de Mossoul ne va cependant pas pousser tous les combattants étrangers à rentrer chez eux. "C'est très dur de déserter, de quitter le territoire de l'État islamique", indique Wassim Nasr, qui rappelle que plusieurs villes entre la Syrie et l'Irak, comme Deir Ezzor et Raqqa, sont toujours aux mains des jihadistes. "Ils ont encore de nombreux combats devant eux. La 'partie' n'est pas finie".

Des peines plus lourdes

En janvier 2015, des nouveaux amendements à la loi anti-terroriste ont été adoptés par le parlement marocain. Les peines prévues par la loi promulguée en 2003 suite aux attentats de Casablanca ont été revues à la hausse, et des nouvelles clauses pour ceux qui combattent en dehors du Maroc ont été ajoutées.

Ainsi, tout Marocain ou étranger qui, hors du territoire du royaume, "a commis comme auteur, co-auteur ou complice, une infraction de terrorisme qu'elle vise ou non à porter préjudice au royaume du Maroc ou à ses intérêts, sera poursuivi et jugé devant les juridictions marocaines compétentes". Les terroristes écopent généralement de 5 à 15 ans de prison, et entre 50.000 et 500.000 dirhams d'amende. Dans les faits, certains jihadistes sont parfois condamnés à des peines moins lourdes.

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