La Tunisie gère mal ses ressources minières, selon le dernier rapport du Natural Resource Governance Institute

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PETROLEUM TUNISIA
Fossil Fuel Energy, Oil Pump, Pumpjack, Old Pumping Unit, Jack Pump, Sunset.Rows of oil donkey in silhouette at sunset crude oil. | SaidMammad via Getty Images
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Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, gérer efficacement les ressources naturelles n'est pas du tout chose facile. C'est ce qui ressort d'une étude menée par le Natural Resource Governance Institute (NRGI) qui a établi un indice de gouvernance des ressources naturelles et ce dans le but d'aider les pays en voie de développement à les exploiter de façon plus judicieuse.

Selon ce classement, la gestion de l'exploitation minière en Tunisie est insuffisante avec un score de 46/100 indiquant une gouvernance solide dans certains aspects, et problématique dans d’autres. Les résultats du classement sont groupés en tranches de performance: bon, satisfaisant, insuffisant, médiocre et défaillant.

Dans le secteur d'exploitation du pétrole et du gaz, la Tunisie obtient un meilleur score de 56/100, mais la gestion reste néanmoins insuffisante.

Ces scores permettent à la Tunisie de se classer 26ème sur un total de 89 pays, indiquant ainsi une insuffisance dans le contrôle de la corruption et un écart considérable entre le cadre juridique et les notes pratique.

Toujours selon le rapport du NRGI, le secteur du pétrole et du gaz réalise de meilleurs résultats que l'exploitation minière en Tunisie depuis la révolution. En matière de gouvernance dans le secteur du pétrole et du gaz, la Tunisie occupe même la première place dans la région MENA. L'institut estime par ailleurs qu'il y a encore des réformes à faire au niveau de la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG). Les chercheurs dénoncent le manque de contrôle sur la compagnie ainsi que l'absence de transparence (non imposée par la loi) lors de l'attribution des autorisations d'exploitation.

"Après la révolution de 2011, il y avait une intention claire de mettre en œuvre de nombreuses réformes. La nouvelle constitution a envoyé un message fort en considérant les ressources naturelles propriété des Tunisiens. Il y a eu des d'importantes initiatives de la part du gouvernement pour améliorer la gouvernance globale dans les deux secteurs. Compte tenu des défis auxquels fait face l'économie tunisienne, il est urgent que gérer plus efficacement les ressources minières du pays", a affirmé Wissem Heni, responsable au sein de l'Institut de gouvernance des ressources naturelles pendant une conférence de presse tenue à la suite de la publication du rapport par le NRGI.

Par ailleurs, la Compagnie des Phosphates de Gafsa arrive en 55ème place sur 74 entreprises d'exploitation gouvernementales évaluées, avec un score de 35/100 s'inscrivant dans la tranche de performance "médiocre".

Le rapport se penche essentiellement sur l’extraction de pétrole, de gaz et de minerais qui constituent la base de toute industrie et sont au coeur des conflits politiques, économiques et sociaux partout dans le monde.

Les colossales sommes d'argent en jeu dans ce domaine mettent en avant la nécessité absolue d'une bonne gouvernance de ces ressources, chose que le NRGI essaie de mesurer à travers l'indice de gouvernance des ressources naturelles.

Au niveau du Maghreb, l'Algérie atteint un score de 33/100 dans l'exploitation du pétrole et du gaz et se classe à la 73ème place, une situation "médiocre" selon le NRGI. Cela serait dû aux procédures et pratiques sélectives et minimales qui sont en place pour gérer les ressources naturelles.

Le Maroc quant à lui affiche un score de 56/100 en exploitation minière, se plaçant ainsi en 37ème place. Sa gestion est donc insuffisante si l'on se réfère aux critères adoptés dans cette étude.

Contrairement à la Tunisie qui se classe dans les 2 secteurs étudiés, à savoir l'exploitation minière et l'exploitation du pétrole et du gaz, l'Algérie et le Maroc sont seulement évalués sur leur gestion des ressources pétrolières et du gaz, faute de documents de référence.

Sur le plan mondial, la Norvège occupe la première place avec la meilleure gouvernance de ressources naturelles et un score de 86/100, suivie du Chili (81/100) et du Royaume-Uni (77/100). Le rapport leur accorde la mention "Bien" qui indique une bonne application des lois et pratiques mises en place.

La Libye, le Turkménistan et l’Érythrée arrivent en dernier avec des scores ne dépassant pas 18/100. Cette situation jugée défaillante serait due à l'absence totale de cadre de gouvernance (lois et pratiques).

Le Natural Resource Governance Institute conclue son rapport par des recommandations adressées à tous les pays qu'il estime partageant les mêmes défis. Il met en avant l'importance de la mise en application des lois, le renforcement de la gouvernance des entreprises publiques, la protection de l’espace civique et la lutte contre la corruption ainsi que le renforcement des normes et des institutions internationales. Il encourage également les gouvernements à s'appuyer sur les données mises à leur disposition, notamment l'indice de gouvernance des ressources naturelles.

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