Devant le juge d'instruction, Nasser Zefzafi confirme l'existence de sa lettre et défend le hirak d'Al Hoceima

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HOCEIMA
Moroccans take part in a demonstration against official abuses and corruption in the town of Al-Hoceima, Morocco early June 3, 2017. REUTERS/Youssef Boudlal | Youssef Boudlal / Reuters
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JUSTICE- "Nasser Zefzafi a confirmé devant le juge d'instruction l'existence de la lettre qu'il m'a remise". Au bout d'un interrogatoire qui aura duré plus de six heures, ce lundi, l'avocat Mohamed Ziane quitte, satisfait, le bureau du juge d'instruction, Abdelouahed Majidi, de la chambre criminelle près la Cour d'appel de Casablanca où son client devait répondre à plusieurs questions dans le cadre de l'instruction détaillée de l'affaire dont il fait l'objet.

L'occasion, pour Me Ziane, de tirer au clair la polémique suscitée par la lettre que lui avait remis Nasser Zefzafi le mercredi 5 juillet, au cours d'une visite qu'il lui a rendu, pour la publier et qui n'a pas tardé à s'attirer les foudres de la Délégation générale à l’Administration pénitentiaire et à la Réinsertion (DGAPR).

Cette dernière avait remis en question l'existence même de cette lettre par la voie d'un communiqué publié le lendemain, dans lequel elle affirmait que Zefzafi avait "nié catégoriquement dans une déclaration écrite toutes les allégations" de Me Ziane. "Zefzafi a déclaré devant le juge avoir été poussé par la police à signer une plainte contre moi pour démentir cette lettre et il ne l'a pas fait. Il a insisté sur le fait que c'est bien lui qui l'a écrite et signée avant de me la remettre pour la publier", souligne l'avocat.

Une centaine de questions posée à Zefzafi

Au total, c'est une centaine de questions qui a été posée au leader du hirak, au cours de l'interrogatoire qui s'est déroulé en présence d'une cinquantaine d'avocats présents dans le bureau du juge, tandis que le double attendait à l'extérieur. "Nasser Zefzafi est arrivé en très bonne forme. Il ne portait aucun signe de mauvais traitement", constate Me Ziane précisant que son client a été le seul à être interrogé lors de cette séance et que les avocats intervenaient régulièrement.

"Zefzafi a demandé au juge à ce que le chef du gouvernement et les ministres signataires des projets du programme "Al Hoceima, Manarat Al Moutawassit" soient convoqués à son procès en tant que témoins", rapporte l'avocat, précisant que son client a plaidé la cause du hirak légitimant les revendications sociales et économiques des manifestants.

Nasser Zefzafi sera convoqué une deuxième fois par le juge d'instruction, mais la date de cette nouvelle audition n'a pas encore été encore fixée. Un autre de ses avocats, Isaac Charia, a déposé une demande de liberté provisoire pour Nasser Zefzafi. Le juge devra statuer dans le courant de cette semaine. En attendant, se poursuivront les interrogatoires des autres détenus du hirak, à raison de trois par séance, jusqu'au 27 juillet, nous apprend Me Ziane.

Pour El Mordata, l'interrogatoire n'a duré que 30 minutes

Un autre leader du hirak d'Al Hoceima a, lui aussi, fait l'objet d'un interrogatoire dans le cadre de l'instruction de son affaire. Il s'agit d'El Mortada Iamrachen, poursuivi en état de liberté provisoire, pour apologie du terrorisme. Il s’est présenté, ce matin à 11h, au bureau du juge anti-terroriste Abdelkader Chentouf à l’annexe de la cour d’appel de Salé conformément à sa convocation.

"Cette première séance de l'interrogatoire détaillé s’est passée dans un climat calme et responsable. Elle s’est focalisée sur l’environnement social de mon client et n’a duré qu’une demi-heure. Nous n’avons pas été amenés à intervenir", déclare au HuffPost Maroc, Mohamed Tarek Sbai, un des cinq avocats qui ont représenté El Mortada, à l’occasion.

Famille, activités, études… ce premier interrogatoire a passé en revue le parcours du prévenu pour aboutir à un report à une date ultérieure. "Le juge n’a pas encore fixé de date. Mon client reste toutefois en liberté provisoire", indique Me Sbai.

Sur sa page Facebook, El Mortada Iamrachen n’a pas tardé à partager l'information du report en une phrase en gras sans aucun commentaire sur la décision du juge ou donner ses impressions. Il laisse, toutefois, entrevoir dans les messages qu’il a postés avant l'interrogatoire, son incompréhension de l’accusation dont il fait l’objet appelant ses abonnés à "prier pour lui". El Mortada a aussi plaidé son innocence en postant le commentaire qui aurait été à l’origine de ses poursuites et dans lequel il fait allusion à l’attentat contre l’ambassadeur russe en Turquie. Toutefois, il n’a pas perdu son sens de l’humour en postant: "Allah vous protège, un terroriste se balade à Rabat", écrit-il (‫#‏غير_ضاحك‬) à son arrivée à Rabat de provenance d’Al Hoceima.

Liberté provisoire prolongée

Arrêté le 10 juin, El Mortada Iamrachen avait été d’abord incarcéré à la prison de Salé, avant de bénéficier d’une autorisation exceptionnelle pour assister aux funérailles de son père le vendredi 23 juin. Depuis, il est en liberté provisoire comme le souhaitait d’ailleurs son avocat Me Sbai. Dans une déclaration au HuffPost Maroc, à l’occasion, ce dernier avait confié son soulagement et son espoir de voir cette autorisation de liberté provisoire se prolonger "au moins jusqu’à ce que sa femme accouche ce mois-ci". Et, en citant des exemples de prévenus ayant profité de mesures exceptionnelles, Me Sbai, qui est également à la tête de l’Instance nationale de protection des biens publics, a tenu à rappeler le cas particulier de Khalid Alioua. Ancien directeur général du Crédit Immobilier et Hotelier (CIH), ce dernier avait été incarcéré le 29 juin 2012, pour détournement de fonds publics et d’abus de pouvoir: "Il a profité de la même mesure (que Iamrachen) pour assister aux funérailles de sa mère. Sauf qu’il n’est plus jamais revenu".

Silya devant le juge le 12 juillet

Dans le cadre de l'instruction des dossiers des détenus du hirak, ce sera au tour de Salima Ziani, connue sous le nom de Silya, de répondre aux questions du juge d'instruction, mercredi 12 juillet. En détention depuis plus d’un mois à la prison de Oukacha à Casablanca, la jeune femme porte-voix du mouvement du Rif souffrirait, aujourd’hui, d’une dépression grave. "Elle vit un traumatisme depuis son arrestation. Elle est forte et courageuse, mais elle n'arrive pas à dépasser cette épreuve", confie au HuffPost Maroc son avocate Khadija Rouggany. Pour cette dernière, la jeune femme d'à peine 24 ans souffre de crises et perd souvent conscience.

"Vu son état, elle a été mise avec d'autres détenues pour ne pas être seule. Mais, elle ne dort plus et n'arrête pas de pleurer... Son état physique et moral se détériore de jour en jour", précise l'avocate. Et d'ajouter que sa cliente a fait l'objet d'une expertise psychiatrique conduite par un expert du CNDH, Dr Omar El Battas. Le document étant interne ne peut être dévoilé, mais, selon l'avocate, il atteste de l'état de santé lamentable de sa cliente. "Je vais demander au juge d'instruction d'accorder à Silya la liberté provisoire sur la base de ces éléments. J'ai grand espoir qu'il accepte", confie-t-elle.

Le comité de soutien du hirak à Casablanca s'est donné rendez-vous devant le tribunal de Aïn Sebaa pour observer un sit-in revendiquant la libération de Silya et des autres.

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