Libération de Mossoul: Ce que la reprise de la seconde ville d'Irak va changer pour l'État islamique

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FGTR
AFP
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INTERNATIONAL - Il aura fallu neuf mois à l'armée irakienne et aux troupes de la coalition internationale pour reprendre la ville de Mossoul aux mains de l'État islamique. Dimanche 9 juillet, le Premier ministre Haider al-Abadi a salué la "victoire majeure" des "combattants héroïques" contre les jihadistes, depuis la cité "libérée."

La reconquête de la seconde ville d'Irak, dont l'EI avait fait son principal bastion logistique et militaire, est la plus importante victoire du régime face aux terroristes, depuis que le groupe extrémiste sunnite s'était emparé en 2014 de vastes portions du territoire irakien.

Mossoul avait une dimension très symbolique pour Daech: son chef, Abou Bakr al-Baghdadi, y avait fait en juillet 2014 son unique apparition publique, après avoir proclamé un "califat" sur les vastes territoires conquis par le groupe jihadiste en Irak et en Syrie. En revanche, cette victoire importante ne marque pas pour autant la fin de la guerre contre le groupe ultraradical, responsable d'atrocités dans les zones sous son contrôle et d'attentats meurtriers dans le monde.

Une perte symbolique, mais anticipée

"C'est la prise de Mossoul par les jihadistes en juin 2014 qui a donné naissance au groupe État islamique", rappelle l'agrégé d'histoire et spécialiste de Daech Stéphane Mantoux au HuffPost. "Avec cette défaite et ce recul indéniable, Daech perd non seulement une de ses dernières villes symboliques mais également une source de revenue importante pour son fonctionnement et surtout son armement".

"Il faut être clair: Daech a anticipé sa défaite à Mossoul. Ils savent qu'il leur est impossible de garder les grandes villes de Syrie et d'Irak", expliquait Stéphane Mantoux dès mars 2017. Les jihadistes, qui ont combattu dans les artères de la vieille ville jusqu'au bout, ont permis à leurs dirigeants d'anticiper la défaite et de transformer leur organisation.

"Quelques mois avant la reprise de la ville, les chefs de l'État islamique ont commencé à transférer leurs infrastructures et leurs hommes en direction de la frontière syrio-irakienne, le long de l'Euphrate au niveau de la province de Deir-es-Zor", détaille le spécialiste.




Le "sanctuaire frontalier"

C'est désormais autour de ce noyau que les combats vont se poursuivre. "L'Etat islamique est toujours là, mais d'une autre façon", prévient Stéphane Mantoux. Depuis trois ans, les jihadistes encerclent l'aéroport militaire de la ville de Deir-es-Zor et ses alentours, encore détenu par le régime irakien. "Ces derniers mois, plusieurs cadres de Daech ont été tués par des bombardements de la coalition dans cette zone là, à proximité de la ville de Mayadin", détaille-t-il.

Confronté à une décroissance de son influence, conséquence directe des pertes de territoire, Daech s'adapte et se transforme, notamment en transférant son centre opérationnel au coeur de ce noyau territorial, mais aussi en changeant de stratégie. "Ils sont repassés très tôt à l'insurrection et à la guérilla", souligne Stéphane Mantoux.

Une nouvelle forme d'affrontement, marquée notamment par des raids et des embuscades nocturnes meurtriers, qui remplacent les batailles "conventionnelles." "A court terme en Irak, l'EI va passer au terrorisme et à l'insurrection au lieu d'essayer de contrôler ouvertement de vastes régions", estime David Witty, analyste et colonel à la retraite des forces spéciales américaines. L'attentat à la bombe le plus meurtrier ayant jamais frappé Bagdad, dans lequel 320 personnes ont été tuées en juillet 2016, est survenu après la perte par les jihadistes de leur bastion de Fallouja. L'EI a également lancé une spectaculaire attaque commando dans la ville septentrionale de Kirkouk le 22 octobre, quelques jours après le début de l'offensive sur Mossoul, faisant près de 50 morts essentiellement parmi les forces de sécurité. "L'Irak sera probablement en proie à l'insécurité encore plusieurs années", selon David Witty.

Des attaques isolées en occident

Mais la bataille de Mossoul n'a pas été sanglante uniquement pour les terroristes de l'État islamique. Les forces irakiennes ont elles aussi, subi d'importantes pertes. "Les unités d'élite comme la Golden Division sont très fatiguées. L'armée va mettre du temps à se reconstruire", explique Stéphane Mantoux. Une situation qui pourrait favoriser l'implantation du groupe État islamique autour des villes de Deir-es-Zor, Abou Kamal et Al-Qaïm et à terme, un éventuel retour au premier plan.

Dans le même temps, les chefs de l'organisation continuent d'appeler leurs sympathisants à commettre des attentats en Occident. "C'est une façon de survivre", explique Stéphane Mantoux qui pointe des "capacités militaires" plus "limitées" qu'avant. L'organisation a perdu des milliers de combattants, que les contingents de jihadistes étrangers, aujourd'hui moins nombreux, peinent à compenser.

Ainsi, depuis quelques mois Daech recommande à ses hommes de frapper de manière isolée et individuelle. "On voit depuis quelques mois des appels à l'empoisonnement alimentaire sur les réseaux sociaux par exemple", relate le spécialiste. Les derniers attentats -ou tentatives- en France montrent bien ce changement de stratégie. En attaquant, seuls, sur les Champs-Élysées, ou devant la Cathédrale Notre-Dame de Paris les jihadistes répondent au nouvel impératif de Daech: commettre des attentats pour continuer d'exister.

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