Les propos "choquants et scandaleux" de Ahmed Ouyahia sur les migrants subsahariens indignent les associations et la toile

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Tout comme Farouk Ksentini, Ahmed Ouyahia a déclaré samedi 08 juillet 2017 que les migrants subsahariens sont "une source de drogue et de criminalité" en Algérie. Les propos du cabinet de la présidence, qualifiés de "choquants" et "scandaleux", suscitent ce dimanche l'indignation des associations de protection des droits de l'Homme et de certains partis politiques.

Ahmed Ouyahia, par ailleurs SG du Rassemblement national pour la démocratie (RND), est revenu dans une déclaration à la chaîne de télévision privée Ennahar sur la situation des migrants et réfugiés subsahariens, ciblés par une campagne raciste depuis plusieurs semaines en Algérie.

Le chef du cabinet de la présidence de la République, rappelant que "ces gens sont rentrés dans le territoire algérien de manière illégale", appelait les autorités algériennes à régulariser la situation des migrants subsahariens (Vidéo en tête de cet article). Il se serait néanmoins bien passé de certains propos jugés "racistes" et suscitant le courroux de la société civile.

M. Ouyahia a ainsi déclaré que ces migrants "sont une source de criminalité, de drogue et de plusieurs autres fléaux", estimant nécessaire de "protéger le peuple algérien de cette anarchie".

Des propos confirmés ce jeudi par le RND sur sa page Facebook. Son parti a ainsi réitéré les propos de son secrétaire général avant de les atténuer, en appelant les autorités à régulariser la situation de ces migrants afin de mettre fin à "tous types de fléaux qu'ils pratiquent".

A propos des réactions de certaines associations de protection des droits de l'Homme, le même responsable a déclaré que "l'Algérie est souveraine". Il a ensuite jugé pertinent de justifier ses propos en évoquant volonté des Etats-Unis, dont le président Donald Trump aspirait à construire un mur aux frontières mexicaines afin d'empêcher l'immigration clandestine.

"Choquants", "scandaleux" et "racistes"

Ces déclarations ont provoqué de très vives réactions chez la société civile, associations et internautes notamment, mais également chez le Parti des Travailleurs de Louisa Hanoune.

Amnesty International Algérie a dénoncé dans un communiqué de presse des propos "choquants et scandaleux". Cette ONG a accusé Ouyahia "d'alimenter le racisme et favoriser la discrimination et le rejet de ces personnes".

"Nous rappelons à M. Ouyahia que ces personnes ont fui les guerres, la violence et la pauvreté. Ils sont venus en Algérie chercher la paix et la sécurité. Il est de notre responsabilité de les accueillir, conformément aux textes internationaux signés et ratifiés par l'Algérie", a affirmé cette association.

La Ligue algérienne de Défense des droits de l'Homme (LADDH) a de son côté dénoncé une "campagne racistes et xénophobe". Son président, Nourredine Benissad, appelant à "démystifier ce phénomène", a martelé que "le migrant n’est ni un délinquant, ni un criminel ou porteur de maladies" comme l'a déclaré le chef du cabinet de la présidence.

La LADDH, qui souligne que des délinquants et des criminels font certes partie de ces migrants, a appelé à appliquer la même procédure régulière contre eux, semblable au traitement pratiqué aux criminels et délinquants algériens".

Le PT de Louisa Hanoune a dénoncé par le biais de son député Ramdane Tâzibt une "campagne xénophobe". Le Parti, se disant "horripilé" par les propos de Ouyahia, a également appelé "l’État à prendre ses responsabilités devant la tragédie qui frappe nos frères africains" et régulariser leur situation.

"Ouyahia-Marie Le Pen"

Sur Twitter, les internautes ont également rejeté les propos "honteux" du SG du RND. Certains twittos se sont "amusés" à comparer ou incruster un portrait de M. Ouyahia à la place des visages de Jean-Marie et Marine Le Pen, ex-président et actuelle présidente du Front National, parti de l'extrême droite française.

D'autres restaient perplexes que de telles déclarations puissent être émises de la part d'un chef du cabinet de la présidence.

Cette polémique rappelle celle de Farouk Ksentini, qui a accusé les migrants subsahariens de propager le Sida et les maladies sexuellement transmissibles (MST) en Algérie, dans un entretien accordé au quotidien arabophone Al Sawt Al Akher.

Interrogé sur la situation des migrants sub-sahariens en Algérie, Farouk Ksentini, pourtant président de la Commission nationale consultative pour la protection et la promotion des droits de l’Homme (CNCPPDH), avait affirmé que "l'expansion de ces migrants africains dans plusieurs communes d'Alger" peut "causer de nombreux problèmes aux Algériens".

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