Tout ce que vous devez savoir sur la visite officielle de Youssef Chahed aux États-Unis du 09 au 12 juillet prochain

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YOUSSEF CHAHED
FETHI BELAID/AFP/Getty Images
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Le chef du gouvernement, Youssef Chahed effectuera, du 9 au 12 juillet une visite officielle à Washington, à l’invitation de l’administration de Donald Trump.

Une série de rencontres et d’entretiens de haut niveau figurent au programme de cette visite qui revêt un caractère politique, mais également économique et sécuritaire.

Outre les rencontres avec des officiels de l’administration Donald Trump, Youssef Chahed aura des entretiens avec les dirigeants de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), notamment, le directeur général adjoint du FMI, David Lipton.

Ce déplacement, le premier de Youssef Chahed aux États-Unis d’Amérique en tant que chef du gouvernement, intervient au moment où le nouveau budget de l'administration Trump pour l'exercice 2018 prévoit une baisse importante de l’aide militaire et économique à la Tunisie.

Pour plaider la cause du processus démocratique engagé et convaincre de la nette amélioration enregistrée sur le plan de la relance économique, le chef du gouvernement aura des entretiens avec, entre autres, le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, le secrétaire d’Etat à la défense, James Mattis, et le secrétaire d’Etat au trésor, Steven Mnuchin.

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Au Congrès américain, Youssef Chahed devra rencontrer des membres de la Commission des affaires étrangères au sein de la Chambre des représentants et de la Commission des relations extérieures du Sénat. La visite prévoit, également, une rencontre avec les représentants de la communauté d’affaires américaine, organisée par la chambre US du commerce.

Pour revenir à l'aide américaine à la Tunisie, il y a lieu de préciser que l’administration de Donald Trump propose d’accorder à la Tunisie, durant l’exercice financier 2018, une aide de seulement 54,6 millions de dollars (133,5 MDT) soit en baisse de 85,8 millions de dollars (209,8 MDT) par rapport à l’année 2017.

Justifiant cette baisse, une source de l’ambassade américaine à Tunis a précisé à l'agence TAP que "le nouveau projet de loi de finances ne demande pas le Financement bilatéral de forces Militaires Etrangères (FMF) pour la Tunisie et par pays".

"L'élimination de l’article qui correspond au Financement bilatéral de forces Militaires Etrangères du nouveau projet de loi de finances par pays, représente un changement de l'approche de l'Administration en ce qui concerne le financement et l’aide militaire dans le monde entier", explique la source.

Et d’ajouter en substance: "Cette modification de l'approche budgétaire n'implique ni changement de la politique des États-Unis à l'égard de la Tunisie, ni changement d’approche sur notre partenariat fort avec la Tunisie et les forces armées tunisiennes. La Tunisie reste un partenaire incontournable et essentiel pour les États-Unis".

"Ce projet de loi de finances présenté au Congrès des États-Unis n'est pas encore adopté et ne reflète pas d'éventuelles actions et programmes supplémentaires en faveur de la sécurité et d'autres initiatives qui pourraient être mises en œuvre afin de réaliser les objectifs communs des États-Unis et de la Tunisie", ajoute la même source.

A noter, par ailleurs, que plusieurs médias locaux et internationaux, américains notamment, ont déploré la nouvelle politique américaine envers la Tunisie.

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Certains jugent même "incompréhensible la décision des Etats-Unis de réduire leur engagement envers la Tunisie en ce moment critique. Ce pays pourrait être de petite taille, mais sa stabilité et sa croissance sont cruciales pour la paix et la prospérité en Afrique et en Europe".

Le journal américain "The New York Times" a, dans son numéro paru dimanche 25 juin 2017, consacré un article à la lutte anticorruption en Tunisie, mettant en exergue la détermination du gouvernement tunisien à venir à bout de ce fléau.

Le journal a évoqué la visite en juillet de Youssef Chahed aux Etats-Unis, indiquant qu'elle sera focalisée sur les moyens d'impulser les investissements américains en Tunisie et d'intensifier la coopération sécuritaire, outre les questions d'ordre financier en allusion à la décision de l’administration Trump de baisser l'aide de la Tunisie.

Pour rappel, une délégation du congrès américain conduite par Rodney Frelinghuysen, président de la commission du budget de la Chambre des représentants du congrès américain a rencontré le 4 juillet dernier, à Tunis, le président de la République, Béji Caïd Essebsi et le chef du gouvernement, Youssef Chahed.

A cette occasion, Caïd Essebsi a exprimé son souhait de voir les Etats-Unis continuer de soutenir la Tunisie au cours de la prochaine période.

Pour leur part, les congressmen américains n’ont pas manqué d’exprimer leur totale disposition à continuer de soutenir les efforts de la Tunisie visant à bien ancrer le processus démocratique et relever les défis économiques, sécuritaires et de développement.

Le ministre des affaires Khemaies Jhinaoui avait effectué une visite de travail à Washington du 13 au 15 mars 2017 au cours de laquelle il avait souligné l'importance d'appuyer la coopération économique et le développement entre les deux pays et d'exploiter les opportunités disponibles dans tous les domaines au regard de l'amélioration du climat des affaires en Tunisie et des résultats de la Conférence internationale sur l'investissement "Tunisia 2020" tenue à Tunis les 29 et 30 novembre dernier.

Tunisie-États-Unis, des relations au beau fixe?

Les relations entre la Tunisie et les Etats-Unis d’Amérique ont connu une nouvelle dynamique depuis le déclenchement de la révolution tunisienne en 2011. Une nouvelle approche de la coopération bilatérale a dés lors été instaurée entre les deux pays, basée sur la concertation et un partenariat stratégique, souligne le ministère des affaires étrangères dans un document dressant le bilan des relations tuniso-américaines au triple plan politique, sécuritaire et économique.

La visite du président de la République, Béji Caïd Essebsi, à Washington en mai 2015, a conféré un "caractère privilégié" aux relations tuniso-américaines de manière à impulser les relations bilatérales dans tous les domaines. Ce déplacement a, d’ailleurs, été suivi d’une deuxième visite du chef de l’Etat à New York, le 21 septembre 2016, où il a participé, à l'invitation de l'ex-président américain Barack Obama, au Forum des affaires Etats Unis-Afrique.

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Par ailleurs, Caïd Essebsi a rencontré le nouveau président américain Donald Trump à deux reprises, à l’occasion respectivement, du sommet arabo-islamique-américain à Riyad en Arabie Saoudite et du sommet du G7 en mai 2017 à Taormine, en Italie.

Au volet sécuritaire et militaire, la coopération Tunisie-USA a connu un "bond qualitatif", ajoute le document, notamment, après l'octroi à la Tunisie du statut d'"allié majeur non-membre de l'Otan" en juillet 2015 et son adhésion, en septembre 2015, à la coalition internationale contre "Daech ".

Notons que les Etats-Unis et la Tunisie ont procédé à des exercices militaires conjoints dans le cadre de la coopération militaire tuniso-américaine. La coopération bilatérale dans ce domaine s'articule autour du développement des capacités opérationnelles des forces armées et sécuritaires tunisiennes, de l'acquisition d'équipements modernes et de l'échange de renseignements. Elle est axée également sur des questions liées à la lutte contre l'extrémisme et le terrorisme, la sécurisation des frontières et la formation des forces spéciales, précise le document du ministère des affaires étrangères.

Au volet économique et financière, il y a lieu de noter que La Tunisie et les Etats-Unis ont signé le 3 juin 2016 un accord de garantie de prêt, le troisième du genre qui a permis à la Tunisie d'emprunter sur les marchés internationaux un prêt de 500 millions de dollars, à intérêt réduit.

Pour rappel, deux garanties de prêt de la même valeur ont été accordées à la Tunisie par les Etats-Unis en 2012 et 2014.

La Tunisie a en outre, été choisie en décembre 2016 par la Fondation "Millenium Challenge Corporation", en qualité de membre de son Programme intégré devant permettre à la Tunisie d'obtenir des financements estimés à 350 millions de dollars sous forme d’aides à la lutte contre la pauvreté et la promotion des régions démunies.

Au niveau des échanges commerciaux, les exportations tunisiennes sur le marché américain se sont élevées, en 2016, à environ 523 millions de dinars contre des importations pour un montant de 1465 MD.

En termes d’investissements directs en Tunisie, les Etats-Unis ont investi plus de 300 MD en 2016, soit une évolution de 8,6 MD par rapport à 2015, ce qui a permis d’augmenter le nombre des entreprises US en Tunisie (82 entreprises), générant quelque 12986 postes d’emploi.

Il y a lieu de rappeler que le nouveau budget de l'administration Trump pour l'exercice 2018 prévoit une baisse importante de l’aide militaire et économique à la Tunisie. L’administration Trump propose d’accorder à la Tunisie, durant l’exercice financier 2018, une aide de seulement 54,6 millions de dollars (133,5 MDT) soit en baisse de 85,8 millions de dollars (209,8 MDT) par rapport à l’année 2017.

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