La vieille ville d'Hébron en Cisjordanie occupée déclarée "zone protégée" par l'UNESCO, Israël exprime sa colère

Publication: Mis à jour:
TTG
AFP
Imprimer

PATRIMOINE- Une décision hautement symbolique. Le Comité du patrimoine mondial de l'Unesco a déclaré, ce vendredi 7 juillet, la vieille ville d'Hébron, en Cisjordanie occupée, "zone protégée", en tant que site "d'une valeur universelle exceptionnelle". Si la diplomatie palestinienne évoque un "succès", l'ambassadeur de l'Etat hébreu auprès de l'Unesco a aussitôt dénoncé "l'un des moments les plus déshonorants" dans l'histoire de l'organisation.

Le ministère israélien des Affaires étrangères a même qualifié cette décision de "souillure morale", affirmant qu'elle niait l'histoire juive de la cité située en Cisjordanie occupée.

"La décision de l'Unesco sur Hébron et le tombeau des Patriarches est une souillure morale. Cette organisation sans importance promeut l'HISTOIRE FAUSSE. Honte à l'Unesco", a écrit sur Twitter peu après le vote le porte-parole du ministère, Emmanuel Nahshon

Hébron abrite une population de 200.000 Palestiniens et de quelques centaines de colons israéliens, retranchés dans une enclave protégée par des soldats près du lieu saint que les juifs appellent tombeau des Patriarches et les musulmans mosquée d'Ibrahim.

Une commission de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) a donc validé la résolution, présentée par les Palestiniens, déclarant la vieille ville de Hébron, y compris la partie où sont installés les colons, "zone d'une valeur universelle exceptionnelle". Douze membres du Comité réuni à Cracovie, dans le sud de la Pologne, ont voté pour l'inscription, six se sont abstenus et trois ont voté contre.

Le site menacé par le vandalisme contre les propriétés palestiniennes

Les Palestiniens estiment que le site est menacé en raison d'une montée "alarmante" du vandalisme contre des propriétés palestiniennes dans la vieille ville, qu'ils attribuent aux colons israéliens. Mardi 4 juillet, lors d'un autre vote, cette même commission de l'Unesco avait adopté une résolution condamnant les actions d'Israël à Jérusalem, qui a suscité la colère de responsables israéliens. Ces derniers estiment que la résolution sur Hébron, qui qualifie cette ville "d'islamique", nie une présence juive de 4000 ans.

Le tombeau des Patriarches abriterait la dépouille d'Abraham, père des trois religions monothéistes, de son fils Isaac, de son petit-fils Jacob et de leurs épouses Sarah, Rebecca et Léa. Le vote du texte palestinien ce vendredi peut être considéré comme une victoire pour la diplomatie palestinienne tout en étant dénoncé par Israël comme une nouvelle preuve de la partialité d'un organisme dépendant de l'ONU.

En mai, Israël avait rejeté une résolution de l'Unesco sur le statut de Jérusalem le présentant comme "puissance occupante", avant d'empêcher récemment des chercheurs de cette organisation d'effectuer une visite à Hébron.

rtgt

Israël dénonce une "réécriture de l'histoire juive"

Avant le vote, le résultat semblait serré au vu des déclaration de certains représentants. Alaa Shahin, membre de la municipalité de Hébron, a estimé qu'un vote favorable de l'Unesco "aiderait à soutenir le tourisme" et "les efforts des Palestiniens à empêcher toute tentative de destruction". Pour sa part, la représentante américaine à l'ONU Nikki Haley a ouvertement soutenu la tentative d'Israël de bloquer la résolution sur Hébron.

De son côté, le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères Emmanuel Nahshon a assimilé le projet palestinien à une "fake news" (fausse nouvelle). "Ils tentent de réécrire l'histoire juive et de la région", a-t-il proclamé, en accusant l'Autorité palestinienne de prétendre que le tombeau des Patriarches "fait partie de l'héritage national palestinien".

Climat particulièrement tendu à Hébron

En un demi-siècle d'occupation israélienne, Hébron est devenu un lieu de conflit permanent. Quelques centaines de colons protégés par des centaines d'autres soldats vivent dans un réduit au centre-ville qui est partiellement interdit d'accès pour les Palestiniens.

A l'époque du mandat britannique sur la Palestine, une communauté juive vivait à Hébron avant d'être contrainte de partir à la suite du meurtre de 67 juifs en 1929. En 1994, un colon israélo-américain, Baruch Goldstein, a ouvert le feu dans la mosquée d'Ibrahim tuant 29 fidèles musulmans en prière avant d'être lynché.

rgr

Actuellement, les échoppes du marché de la vieille ville sont en grande partie vides. Des filets ont été placés au-dessus des magasins pour les protéger des bouteilles et autres détritus lancés par des colons, selon les commerçants.

Deux d'entre eux se sont confiés à l'AFP. "Ces discours, c'est du vide", a affirmé Jamal Muragh en prévoyant que le gouvernement israélien ne tiendra pas compte d'une résolution de l'Unesco. Fayer Abou Afifih estime lui qu'un vote favorable aurait malgré tout une "valeur symbolique importante, car il s'agirait d'un message adressé au monde affirmant que la mosquée d'Ibrahim est uniquement islamique".

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.