Le tourisme, nouveau vecteur de développement pour l'Afrique?

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TOURISM AFRICA
brytta
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ÉCONOMIE - Cette année, la Commission économique des Nations Unis pour l’Afrique (CNUCED) a fait du tourisme dans le continent le thème phare de son plan pour le développement économique en Afrique pour l’année 2017.

Pour soutenir cette perspective, la commission a publié ce 5 juillet un rapport "qui devrait inspirer et soutenir les politiques africaines en vue de valoriser l’important potentiel dont disposent les pays africains au service d’un développement durable et inclusif".

Selon la CNUCED, "le tourisme dans le continent devrait croître de 5% d'ici 2030, pour atteindre les 150 millions de touristes, la majorité provenant d'États africains".

L'Afrique du Nord, principale destination touristique du continent

Dans son rapport, l'organisation dresse un constat quant à la place du tourisme dans l'économie africaine actuelle. D'après la CNUCED, "entre 2011 et 2014, l'Égypte, le Maroc, l'Afrique du Sud et la Tunisie ont recueilli 64% des arrivées touristiques internationales en Afrique (...) En 2015, le Maroc a été le seul pays du continent à atteindre la barre des 10 millions de touristes étrangers".

Ainsi, au cours des premières années de cette décennie, l'Afrique du Nord "était la principale destination touristique du continent", avec "le plus grand nombre d’arrivées de touristes internationaux et la plus grande part de ces arrivées".

Il faut, cependant, constater que très peu de ces touristes sont originaires de la région. "En Afrique du nord, seuls 2 touristes sur 10 sont africains, alors qu'ils sont 2 sur 3 en Afrique subsaharienne", explique au HuffPost Maroc Jane Muthumbi, économiste dans la Division de la CNUCED pour l'Afrique.

Promouvoir le tourisme régional

En effet, si de nombreux pays, dont le Maroc, communiquent surtout pour attirer des touristes occidentaux, Jane Muthumbi insiste, elle, sur l'importance du tourisme entre pays africains: "nous avons remarqué qu'au niveau du tourisme régional il y a une plus grande demande en produits locaux et de logements locaux, car les touristes sont plus familiarisés avec la culture et les petites entreprises y gagnent beaucoup".

Autre avantage non négligeable, ce tourisme n'est pas saisonnier. "Nous avons observé que si le tourisme occidental est surtout important pendant la période hivernale, le tourisme local, lui, dure toute l'année. Quand on sait que les emplois touristiques dépendent parfois des saisons, cela offre des opportunités d'emplois stables".

La CNUCED ne néglige pas, cependant, l'importance du tourisme non-africain, qui a d'importantes retombées économiques dans la région. Le continent souffre malheureusement toujours de certains clichés et préjudices pouvant décourager certains touristes étrangers, "c'est pour cela que nous insistons sur la réactivité des gouvernements pour répondre rapidement et mettre en place des messages positifs dans les médias internationaux", explique Jane Muthumbi.

Des perspectives d'emplois pour les jeunes et les femmes

Dans un continent où le chômage des jeunes reste important, puisqu'"il devrait atteindre les 11,3% cette année", selon cette économiste, l'industrie du tourisme peut offrir de larges opportunités d'emplois et de formations. En effet, au niveau mondial, 50% de la main d'oeuvre touristique a moins de 25 ans, une statistique à peu près équivalente dans le continent africain.

Les femmes également en profitent largement. Elles représentent 50 % de la main-d’œuvre du secteur dans le monde. "En Afrique, ce chiffre est de 47%, ce qui est plus faible par rapport au reste du monde, mais toutefois important pour le continent", explique Jane Muthumbi. Les chiffres diffèrent selon les régions: en Éthiopie, par exemple, elles sont 75% à être employées par ce secteur.

Des emplois qui nécessitent d'abord des formations adéquates, un fait dont sont de plus en plus conscients les États. "Les pays font des efforts pour offrir des formations en matière de tourisme", précise Jane Muthumbi.

Objectif de ces formations: offrir des compétences qui pourraient servir dans d'autres secteurs d'activités, "dans des pays où les emplois à long terme sont rares. Des compétences, comme le fait de parler plusieurs langues, sont très importantes".

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