Quand Simone Veil parrainait des programmes d'aide à des associations marocaines

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Simone Veil et Samia Essabaa, collaboratrice et amie de l'ancienne ministre de la Santé. | Samia Essabaa
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HISTOIRE - "Simone Veil avait une relation très particulière avec le Maroc", déclarait André Azoulay lors de l'hommage national rendu à Simone Veil, mercredi 5 juillet à Paris, où le conseiller du roi y représentait le royaume aux côtés de Lalla Meryem.

Premier contact prolongé de Simone Veil avec le Maroc: un séjour de quelques mois dans la ville de Safi, où son mari, alors étudiant de l'École nationale d’administration, effectuait en stage, nous confie Samia Essabaa, professeure d'anglais au lycée professionnel Théodore Monod de Noisy-le-Sec en France.

Le Maroc en commun

Collaboratrice et amie de Simone Veil, Samia Essabaa et l'ancienne ministre de la Santé échangeaient régulièrement leurs expériences du Maroc, pays d'origine de la professeure d'anglais. "Nous parlions régulièrement du Maroc, elle avait ses plus beaux souvenirs à Safi où elle a résidé pendant que son mari était en stage. C'était une découverte de ce pays et elle a beaucoup apprécié cette période", déclare-t-elle au HuffPost Maroc .

Présente lors de l'hommage national rendu à Simone Veil, dans le carré familial aux côtés des invités de la famille et derrière les enfants et petits-enfants de Simone Veil, Samia Essabaa raconte qu'"à notre droite, il y avait la délégation marocaine. J'étais très fière de voir mon pays représenté par une délégation aussi importante venue rendre hommage à cette femme extraordinaire".

Une cérémonie au cours de laquelle le président français Emmanuel Macron a annoncé que Simone Veil reposera au Panthéon avec son mari Antoine Veil.

Un engagement naturel

C'est en 2005 que Samia Essabaa rencontre Simone Veil, lorsqu'elle tente d'organiser un voyage scolaire avec ses élèves à Auschwitz, en Pologne. Elle se tourne alors vers la Fondation pour la mémoire de la Shoah, dont Simone Veil était présidente jusqu'en 2007. "J'ai demandé une aide financière à la fondation et elle me l'a accordée. Je lui ai également demandé son témoignage, ce qu'elle a donné aussi. Mes élèves ont pu l'interviewer et c'est ainsi que notre collaboration a démarré. On ne s'est plus quittées jusqu'en 2011, date à laquelle elle a renoncé à la vie publique", se souvient Samia Essabaa.

"Tout ce temps, elle est venue à la fin de l'année scolaire au lycée voir les travaux des élèves et leurs progrès, elle ne comptait pas son temps", ajoute la professeure.

Parrainage d'associations marocaines

En plus du travail de mémoire pour les victimes de la Shoah, Samia Essabaa a également organisé plusieurs voyages au Maroc avec ses élèves, pour rendre hommage aux tirailleurs marocains morts pour la France, mais aussi car elle tient le Maroc en "modèle d'exemple pour la cohabitation judéo-arabe".

L'enseignante et les lycéens en profitaient également pour participer à l'activité associative nationale, et cette fois-ci encore, Simone Veil répondait présente. "Avec les classes, je profitais de ces voyages pour aider les femmes et les enfants, notamment au village de Sidi Mokhtar, dans la région de Chichaoua, où on a équipé un internat de petites filles, un orphelinat de garçons, transmis des savoir-faire, etc. Et quand je lui en parlais, elle parrainait. Elle souhaitait absolument tendre la main à ces femmes que nous avons aidées, et contribuer à l'éducation des petites filles."

Simone Veil profitait ainsi de sa notoriété et de ses contacts pour "ouvrir des portes" à Samia et ses élèves, relayant le travail accompli ou à faire auprès des officiels. "Pour elle, aider les femmes et les enfants était naturel. Nous avons fait cinq voyages au Maroc et elle a parrainé chacun de nos déplacements", explique-t-elle.

Autre association à avoir bénéficié de leur collaboration, celle de Aïcha Ech-Chenna. "En 2010, elle m'a soutenue pour cette association. On avait équipé la crèche des petits et fourni des couchages pour les jeunes mères".

Simone Veil voyait un parallèle entre la situation de ces mères et son combat dans les années 70 pour les femmes. "Cela lui tenait à coeur. Pour elle, aider une association de femmes était un échange de savoir-faire. Offrir plus d'autonomie et de compétences à des femmes qui en avaient besoin, aider les femmes en difficulté, était naturel pour elle. Et soutenir des élèves, c'était aussi être un modèle pour eux".

Des lycéens qui n'hésitaient pas à poser des questions directes à Simone Veil sur son expérience dans le camp de concentration d'Auschwitz et auxquelles "elle répondait naturellement, en n'étant ni gênée, ni embêtée", ajoute Samia Essabaa. "C'était important que les élèves comprennent ce qu'elle a vécu et qu'elle portait un message de paix et de compréhension mutuelle".

Elle se souvient également d'une rencontre entre l'ancienne ministre et des élèves en formation de secrétariat, qu'elle a encouragés et motivés à poursuivre leurs études. "Elle leur montrait qu'ils pouvaient être capable d'avoir un bon métier", prenant notamment en exemple sa propre secrétaire "qui sait tout faire".

Aujourd'hui, Samia Essabaa se dit "fière" d'avoir côtoyé Simone Veil toutes ces années. "Elle m'a appris à ne pas baisser les bras et je suis heureuse de voir qu'elle m'a donné la force et l'ambition de travailler pour mes élèves et leur montrer le monde extérieur".

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