Un vaccin contre l'héroïne bientôt testé sur l'homme, après des essais réussis sur les singes

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Un vaccin contre l'héroïne bientôt testé sur l'homme, après des essais réussis sur les singes | Getty Images
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SCIENCE - Et si l'on pouvait éradiquer la dépendance à l'héroïne avec un simple vaccin? Cela peut sembler fou, mais c'est le pari d'une équipe de chercheurs du Scripps research institute, l'un des plus grands centres de recherche privés du monde.

Après plus de huit ans de travail et un premier succès sur des rongeurs en 2016, ils viennent d'arriver à une étape clé, dévoilée dans la revue Jacs. Leur vaccin empêche l'héroïne d'atteindre le cerveau de macaques rhésus. Une étape essentielle, précise l'institut Scripps. Car d'autres vaccins visant à empêcher l'addiction, à la nicotine et à la cocaïne par exemple, ont déjà été testés avec succès sur des rongeurs, mais ont toujours échoué sur l'homme.

Il ne faut pas crier victoire trop vite pour autant, rappelle au HuffPost France Serge Ahmed, directeur de recherche au CNRS. "On ne sait pas si cette stratégie bloque vraiment les effets addictifs de l'héroïne, mais cela reste prometteur et je pense qu'ils ont déjà réalisé ces tests, qui attendent d'être publiés", précise le spécialiste en neurobiologie addictive à l'université de Bordeaux.

Un moyen d'allier les deux traitements classiques

Surtout, il faut encore réussir à adapter le vaccin pour l'homme. "Le test sur les singes est une bonne chose, mais cette espèce reste assez éloignée de la nôtre. Je crains que le passage à l'être humain ne soit pas efficace", précise-t-il. Mais si cela fonctionne, le bénéfice est potentiellement énorme.

Actuellement, pour se libérer de la dépendance à l'héroïne, il existe deux méthodes. La substitution implique une prise de médicaments (opiacés) avec des effet similaires, mais très lents. L'autre solution, l'antagonisme, consiste à injecter un inhibiteur (naltrexone) qui va bloquer les récepteurs du cerveau sur lesquels agissent les opiacés.

"Le problème, c'est que cette méthode n'enlève pas la sensation de manque et qu'il n'est pas possible d'y ajouter un substitut", précise Serge Ahmed. "La vaccination, elle, bloque l'action de l'héroïne, comme un antagoniste, mais il est possible d'y associer une méthode de substitution".

La durée, "énorme avantage"

Pourquoi? Le vaccin, comme tous les autres, fait produire à notre organisme des anticorps. Ceux-ci vont tout simplement reconnaître et bloquer l'héroïne avant qu'elle ne franchisse la "barrière hémato-encéphalique" qui protège normalement notre cerveau.

Quelle importance? A l'inverse des antagonistes classiques, une vaccination ne bloque donc pas les récepteurs du cerveau qui accueillent l'héroïne et les autres opiacés. Il est donc possible, en parallèle, de donner au patient un substitut pour que la sensation de manque soit supportable.

Autre point positif: "l'immunisation, d'après l'étude, est durable avec quelques rappels. C'est un énorme avantage", note Serge Ahmed. Par contre, seule une personne souhaitant vraiment se libérer de l'héroïne pourra être vaccinée. Car sinon, il lui suffirait de passer à un autre opiacé dérivé pour continuer de se droguer.

En France, 600.000 personnes ont déjà pris de l'héroïne et 180.000 environ cherchent à décrocher grâce à un traitement médical. La bonne nouvelle, c'est que l'avenir de ce vaccin se jouera dans quelques années. Les scientifiques cherchent déjà une société pharmaceutique pour réaliser des tests cliniques. Et s'ils sont concluants, il y a de bonnes chances pour que le vaccin soit autorisé rapidement: les composés utilisés sont eux-mêmes déjà autorisés par le gendarme américain de la santé.

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