Une lettre de Nasser Zefzafi au coeur d'une polémique entre Ziane et l'administration pénitentiaire

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ZEFZAFI
Moroccan activist and the leader of the protest movement Nasser Zefzafi gives a speech during a demonstration in the northern town of Al-Hoceima, seven months after a fishmonger was crushed to death inside a garbage truck as he tried to retrieve fish confiscated by the police, in Al-Hoceima, Morocco May 18, 2017. REUTERS/Youssef Boudlal | Youssef Boudlal / Reuters
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POLÉMIQUE - Alors que Mohamed Ziane, l’avocat du leader du hirak du Rif Nasser Zefzafi, venait de publier une lettre reçue hier des mains de son client, qui "l’a écrite et signée lui-même" atteste l'avocat, la Délégation générale à l’Administration pénitentiaire et à la Réinsertion (DGAPR) de la prison locale Aïn Sebaa1 remet en question l’existence même de ce document.

Dans un communiqué publié ce jeudi, cette administration affirme que le détenu en question a "nié catégoriquement dans une déclaration écrite toutes les allégations" de l’avocat Mohamed Ziane. La DGAPR précise qu’aucun document n’a pu être remis à l’avocat dans l’espace d’entretien dédié au sein de l’établissement pénitentiaire. Et de préciser qu’elle demandera à l’autorité judiciaire compétente l’ouverture d’une enquête "sur les allégations de l’avocat pour vérifier la source effective de ces documents".

La DGAPR souligne aussi avoir veillé au respect de "toutes les conditions matérielles, logistiques et légales pour faciliter les entretiens entre les avocats et leurs clients parmi les pensionnaires détenus sur fond des événements d’Al Hoceima, dans le cadre de son souci de garantir les conditions d’un procès équitable".

Elle précise également avoir procédé à la fouille de Nasser Zefzafi avant son entrée à la salle d’entretien et à sa sortie, conformément au règlement. Et de souligner avoir accompli sa mission en matière "de mesures de surveillance de la sécurité des détenus, des personnes et de la sûreté de l’État, conformément à l’article 68 de la loi 98-23 régissant l’organisation et la gestion des établissements pénitentiaires".

Ziane interdit de rendre visite aux détenus de Oukacha

Pour la DGAPR, "le démenti catégorique" de Nasser Zefzafi "montre que cet avocat n’a pas vocation à défendre son client, mais à servir un agenda visant à semer la zizanie et à attiser les tensions". Et de justifier sa décision d’interdire à Mohamed Ziane d’entrer en contact avec les pensionnaires de l’établissement, "après qu’il se serait servi de sa qualité professionnelle pour agir contrairement à la déontologie et publier des allégations mensongères".

Face au communiqué, Mohamed Ziane déclare au HuffPost Maroc son "étonnement" et "sa déception". Il maintient avoir bien reçu cette lettre des mains de son client hier matin, lors de sa visite. L’avocat tient aussi à rappeler que "ce qui se passe entre un avocat et son client relève du secret, ce sont des principes inaliénables". Quant à la décision de lui interdire d’entrer en contact avec les détenus du pénitencier, l’avocat ne mâche pas ses mots: "Qu’on m’interdise d’aller voir mon client relève d’un abus de pouvoir caractérisé! C’est sur la base d’une autorisation délivrée par le juge d’instruction que l’on peut rendre visite à son client. C’est le magistrat qui délivre l’ordre et non le directeur de la prison".

El Mortada Iamrachen: "Le père de Nasser Zefzafi a authentifié la lettre"

La lettre objet de la polémique, relayée par plusieurs médias et publiée par l’avocat Mohamed Ziane sur la page du Parti marocain libéral, n’a pas laissé insensibles les membres du hirak. L’un des plus connus, El Mortada Iamrachen a déclaré sur sa page Facebook que la lettre a été "authentifiée par le père de Nasser Zefzafi". "Dès que j’ai lu cette belle lettre du militant Nasser Zefzafi, je ne l’ai pas publiée, mais j’ai appelé son père. Il m’a alors dit qu’il ignorait tout de cette lettre et qu’il devait s’assurer de sa crédibilité. Je l’ai rappelé, il y a quelques instants, et il m’a confirmé qu’elle est bien à lui et que c’est son écriture", écrit El Mortada Iamrachen dans un message posté hier.

Dans cette lettre de 5 pages, qui aurait donc été écrite par Nasser Zefzafi, ce dernier indique l’avoir rédigée "dans sa cellule d’isolement" pour clamer l’innocence des membres du hirak de toutes les accusations dont ils font l’objet. Il qualifie celles-ci de "tentatives de censure de la liberté" et de "règlements de comptes" à l’encontre du hirak.

Dans son message, le leader appelle surtout à la poursuite de "la marche du hirak" en maintenant "le caractère pacifique, comme seul moyen pour que se réalise notre dossier revendicatif". Il salue le courage de ses camarades et estime que le hirak a bien réussi à révéler la vérité sur ce qui se passe à Al Hoceima "au peuple et au roi".

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