Entretien avec Khadija Alami, membre de l'académie des Oscars

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KHADIJA ALAMI
Producers Zakaria Alaoui (L) and Khadija Alami attend their tribute evening during the 14th Marrakech International Film Festival in Marrakech December 11, 2014. REUTERS/Youssef Boudlal (MOROCCO - Tags: ENTERTAINMENT) | Youssef Boudlal / Reuters
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CINÉMA - Aux côtés de Nabil Ayouch, la productrice marocaine Khadija Alami rejoint les 774 nouveaux membres permanents de l'Académie des Oscars. Devenir membre de cette académie qui remet, chaque année, les précieux trophées hollywoodiens aux talents du cinéma américain et mondial, est un véritable honneur pour la productrice et créatrice de la société K-Films. D'autant que le mandat n'est pas limité dans le temps. "C'est là la plus belle nouvelle: quand vous êtes choisie et désignée ce n’est pas pour un ou deux ans, mais à vie. Vous imaginez ce que cela représente...", confie Khadija Alami au HuffPost Maroc.

Actuellement en plein tournage d'une série pour Fox UK et Europe, "Deep State" (anciennement nommée "The nine"), la productrice et désormais membre de la prestigieuse académie des Oscars revient sur cette nouvelle aventure qui l'attend.

HuffPost Maroc: Quel sentiment vous inspire votre entrée dans cette académie?

Khadija Alami: Une joie immense. Rejoindre le plus prestigieux et le plus fermé des clubs dans le monde est un grand honneur. J'avais du mal à y croire, c’est une consécration à l’international! C'est une institution qui vous invite après concertation avec ses propres membres, qui comptent les plus grands noms du cinéma mondial. Il faut savoir que vous ne pouvez pas y adhérer comme bon vous semble. Vous ne pas pouvez demander à y être associée, seuls les membres de l'académie détiennent ce droit. Après les hommages reçus dans mon pays, à Salé, Marrakech et Ouarzazate, c’est, en quelque sorte la cerise sur le gâteau.

Et que ressentez-vous en pensant que le Maroc soit représenté au sein de l'académie des Oscars?

C'est en réalité ma bataille quotidienne: je suis Marocaine et fière de l’être et c’est à mon pays que je dois ce que je suis aujourd'hui. J’ai passé les 10 dernières années à faire la promotion de mon pays auprès des Studios à Los Angeles, des sociétés de production à New York et Londres. J’y allais par mes propres moyens pour parler de ma société de production, bien sûr, mais aussi et surtout pour promouvoir le Maroc comme destination de tournage.

Le royaume a de très nombreux atouts dans ce domaine. Outre les paysages, les infrastructures, il y a un volet souvent oublié qui est tout simplement notre climat. Le fait que nous soyons associés aujourd'hui, et je dis nous car j'associe bien évidemment tous ceux et celles qui travaillent avec moi dans ce domaine, est en soi une belle vitrine pour notre pays. Je suis par ailleurs très heureuse que nous soyons deux Marocains aujourd'hui au sein de cette académie. Deux Marocains, deux métiers, la production et la réalisation avec Nabil Ayouch, que je félicite vivement.

Quel sera votre rôle ?

Membre, veut dire voter pour tous les films présentés pour les prix, être membre du jury, participer à tous les événements organisés au sein de l’académie, notamment la promotion des nouveaux talents de réalisation. Mais c'est aussi pour moi avoir la chance de côtoyer les grands producteurs de ce monde pour pouvoir discuter de projets nouveaux et surtout parler du Maroc. C’est énorme!

Le cinéma marocain a t-il besoin de reconnaissance ?

Oui et non. Nous avons déjà une belle visibilité en Europe et en Afrique, mais il faut aller encore plus loin. Il faut asseoir notre présence et travailler davantage, en particulier avec le marché américain. Lorsqu'une grosse production étrangère décide de tourner au Maroc, c'est le fruit de nombreuses semaines de travail, de négociations. Rien ne se fait au hasard et qui dit tournage au Maroc, dit levier économique pour notre pays. Il nous arrive de faire travailler plus d'un millier de personnes lors d'un seul tournage.

Quels sont vos projets?

D’abord la promotion de mes studios, avec déjà un projet installé pour 3 mois, le film “Aladin 2”, ce qui prouve que la demande existe. C’est le projet d’une vie, la réalisation d’un rêve. Les studios sont finis mais il me manque le 1000 m² pour lequel je recherche des financements en ce moment.

J’ai aussi envie de finaliser ma petite salle de projection prévue au coeur de ces studios afin de pouvoir organiser des projections pour les étudiants de Ouarzazate. Cela leur permettra de débattre avec les réalisateurs que j’espère inviter pour discuter des films, et surtout leur permettre de regarder des films dans de vraies conditions de projection, vu qu’il n’y a aucune salle de cinéma à Ouarzazate. Il est vrai que la OFC Ouarzazate Film Commission, dont je suis vice-présidente, est en train de construire deux salles. Mais en attendant, ils pourront déjà découvrir la magie du grand écran.

Ceci pour le cinéma. Et côté télévision?

Je suis en cours de production de la série Deep State pour Fox UK et Europe, une première car je suis productrice et non juste productrice exécutive. Nous en sommes à la fin de tournage au Maroc, après 9 semaines, et je pars à Londres pour les 7 autres semaines restantes. Je serai au Mipcom (le marché international des contenus audiovisuels, tenu chaque année à Cannes, ndlr) le 16 octobre pour le lancement de la série.

J'en démarrerai une autre après, pour une trentaine de semaines entièrement au Maroc. La Tax Incentive pour laquelle je milite depuis presque 4 ans va beaucoup nous aider à ramener encore plus de projets chez nous, pour donner à plus de jeunes accès à la formation aux métiers du cinéma et de la télévision. Le terrain est un complément indispensable et vital à la formation académique.

Je viens d’être par ailleurs élue vice présidente de la Chambre des Producteurs et des Métiers du Cinéma que Jamal Souissi préside. J'espère contribuer à changer un peu les choses pour nos producteurs, techniciens et réalisateurs. Et surtout, je suis présidente de Meditalents, association qui organise des sessions d’aide à l’écriture de scénarii de longs-métrage. Une étape très importante pour la fabrication des films.

Un mot pour finir?

Notre métier est un travail d’équipe, c’est très important à dire. Je leur dis merci de tout mon coeur! Et je tiens aussi à dire à toutes les jeunes femmes que nous sommes ce que nous voulons être. Il ne faut jamais se laisser intimider, ni se laisser faire. Avec la passion et la volonté, on y arrive toujours!

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