Téléphones mobiles: La réduction de l'importation profitera-t-elle aux marques algériennes ?

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Le gouvernement a décidé le 30 mai dernier, au titre des licences d’importation pour l’année 2017, d’élargir les contingents quantitatifs aux téléphones mobiles. La nouvelle mesure risque de faire augmenter les prix sur le marché, sans pour autant amener les plus importants fabricants étrangers à installer des lignes de montages en Algérie.

La décision du gouvernement d’instaurer des licences d’importation pour les téléphones mobiles a été suivie le lendemain par un avis publié par le ministère du Commerce, fixant un délai, allant du 31 mai 2017 jusqu’au 14 juin 2017, pour l’introduction des demandes de licences d’importation. Aucune information n’est venue détailler les quotas à répartir sur chaque opérateur.

Toutefois, l’objectif est clair. Il s’agit de réduire la valeur des importations de ces produits qui ont atteint le montant de 600 millions de dollars en 2016, selon les propos du Premier ministre Abdelmadjid Tebboune tenus quelques jours avant l’ouverture des contingents quantitatifs relatifs aux produits électroménagers, téléphones mobiles et produits cosmétiques.

"Le pays s’est engagé dans une politique de réduction des importations qui ont atteint un niveau insupportable, tournant autour des 60 milliards de dollars ces deux dernières années, et ce, à travers l’introduction des licences d’importation, ce qui a permis de réduire ce chiffre à 46 milliards de dollars. Pour 2017, l’objectif est de réduire cette facture de 10 autres milliards de dollars, notamment par la réduction de l’importation des produits accessoires d’environ 6 à 7 milliards de dollars ", avait-il déclaré lors de la cérémonie d’installation du ministre du Commerce, Ahmed Saci.

La décision du gouvernement va inéluctablement se répercuter sur le marché. L’on redoute d’ores et déjà une situation similaire au marché de l’automobile, avec des hausses inconsidérées des prix, résultant de la mise en œuvre de la procédure du contingentement.

Surtout que l’avis du ministère du Commerce avait été suivi d’une note adressée par la Banque d’Algérie aux banques de la place par le truchement de l’Association des banques et des établissements financiers (ABEF), demandant de surseoir à toutes les opérations liées à l’importation des téléphones mobiles et des deux autres produits nouvellement soumis au régimes des licences, alors que le délai du 14 juin 2017 était encore en vigueur. Cette situation n’est pas sans rappeler la cacophonie régnant au lancement des licences pour l’importation de véhicules et l’anarchie qui a régné sur le marché pendant des mois- et qui ne s’est pas encore estompée.

Limiter ne suffit pas comme stratégie

La décision du gouvernement va aussi obérer la percée de certaines marques de smartphones de moyenne gamme qui ont réussi en quelques mois à se faire une place de choix sur le marché très lucratif algérien. "Ce sont des mois de travail pour une stratégie commerciale qui a payé qui partent en fumée", nous confie un représentant d’une marque chinois très en vue sur le marché algérien.

A l’inverse, les fabricants algériens se frottent déjà les mains, car cette situation favorise leurs productions. Ces derniers ont salué la décision qui va dans le sens d’une "valorisation meilleure et durable du produit national". Condor Electronics, Bomare Compagny (Stream System), Iris Sat, Géant, développent leurs propres gammes de smartphones et de tablettes. La décision du gouvernement va certainement contribuer à l’augmentation de leur chiffre d’affaires.

Mais si le gouvernement veut amener les constructeurs étrangers à s’installer en Algérie, la démarche risque encore une fois, comme pour l’automobile, de tourner au fiasco tant qu’aucune stratégie claire n’est dirigée vers les grandes marques de téléphonie mobile pour qu’elles viennent investir en Algérie.

Les marques étrangères peuvent suivre le modèle d’assemblage local, calqué sur le marché automobile, pour conserver leurs parts de marché. Mais cette entreprise demeure risquée tant il n’existe pas de cadre incitatif pour se lancer dans l’assemblage. Car l’importation d’un smartphone produit fini revient moins cher que de l’importer en kit pour assemblage.

Un représentant d’une marque chinoise en Algérie nous explique qu’hormis la carte-mère et l’écran pour lesquels on applique un droit de douanes de 5% (le même que celui pour un smartphone fini), les autres composants à savoir, la batterie, la coque, le vibreur, la caméra, se voient appliquer un droit de douane plein de 30%.

Mais plus que tout, c’est l’instabilité juridique qui est la plus redoutée. "Une industrie de sous-traitance peut aisément émerger pour la fabrication des composants non vitaux comme les batteries, les coques ou les vibreurs, mais tant la stratégie du gouvernement n’est pas claire, on craint du jour au lendemain qu’on enlève cette barrière douanière pour ces composant", explique-t-il.

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