Face aux failles de l'administration, Saad Eddine El Otmani promet des miracles

Publication: Mis à jour:
EL OTHMANI
AIC Press
Imprimer

PARLEMENT- "Devant un verre à moitié plein, on a le choix de voir soit la partie remplie, soit la partie vide (…) Je ne vais pas noircir le tableau!". Lors de la séance plénière mensuelle consacrée aux réponses du chef du gouvernement à la deuxième chambre du parlement, Saad Eddine El Othmani n’a pas renoncé à son optimisme habituel. Même si le sujet de la réforme de l’administration et sa gouvernance suscitent les critiques les plus acerbes, le chef du gouvernement, lui, ne veut pas que cette mauvaise image occulte le travail d’hommes et de femmes qui y exercent avec "responsabilité". "Ils méritent qu’on les salue, qu’on reconnaisse leurs efforts!", s’est-il exclamé.

Redorer l’image de l’administration

Pour le chef du gouvernement, la réforme de l’administration demeure, au fil des gouvernements, un mal nécessaire face auquel il faut agir. Le programme du gouvernement reconduit les axes de la réforme connus: l’administration numérique, la gestion basée sur le résultat, la révision du régime de la fonction publique, le renforcement de la gouvernance, être plus à l’écoute du citoyen et lui faciliter les procédures.

"Notre vision de la réforme se base sur trois points essentiels. Le premier est d’améliorer la relation administration/citoyen, le deuxième se focalise sur la réhabilitation des ressources humaines, tandis que le troisième vise l’amélioration de la bonne gouvernance", a-t-il annoncé avant de décliner un à un ces points.

Comment améliorer la relation administration/citoyen? Saad Eddine Othmani est convaincu qu’il faudra d’abord unifier le mode d’accueil des citoyens dans l’ensemble des administrations. "Nous avons mis à la disposition des citoyens un numéro vert pour toute réclamation concernant les services publics ou pour demander une information: le 3737. Le centre d’appel en charge dispose aussi d’une adresse mail et d’une page Facebook pour permettre à un maximum de citoyens de le contacter en cas de besoin", a-t-il précisé. Et d'ajouter que ce centre d’appel est opérationnel depuis le 9 mai dernier et qu’il a reçu 2.447 appels (via numéro vert).

Une charte pour accueillir le citoyen

Sur ce volet toujours, El Othmani a déclaré qu’une charte de l’accueil du citoyen est en élaboration. Elle devra définir des critères et des principes pour mettre en place un cadre référentiel unifié à toutes les administrations. "Un modèle est testé en ce moment dans 30 administrations", a-t-il indiqué, soulignant que sa généralisation se fera après une première évaluation de son efficacité.

Pour le traitement des réclamations des citoyens, le gouvernement devra aussi mettre au point un système, dont un portail généralisé pour l’ensemble des administrations (service-public.ma). "Un décret mettant en place un cadre organisationnel pour le traitement des réclamations a été adopté. À présent, les conditions, les critères et les délais de traitement des réclamations sont bien définies", s’est félicité le chef du gouvernement, précisant qu’il s’agit d’une mesure de transparence et de suivi qui "permettra de connaître la suite accordée aux réclamations".

Alléger les procédures

Demeure, cependant, un problème: alléger les procédures administratives. Sur ce point, El Othmani reconnait que c’est la bête noire du citoyen. "Il arrive qu’un citoyen se présente à une administration pour déposer les pièces d’un dossier tel qu’énuméré sur le site web de celle-ci. Mais, on lui demande de ramener d’autres pièces qui ne figuraient pas sur la liste publiée sur le site", a-t-il indiqué. Et de promettre qu’il ne sera "plus question que cela se reproduise. Ce sera considéré désormais comme faute professionnelle du fonctionnaire ou responsable du service, grâce à l’entrée en vigueur du décret dans quelques semaines".

Autres réformes, l’allègement de la procédure des attestations de conformité qui devra éliminer celles jugées inutiles, comme celles concernant les cartes d’identité. "Pourquoi une attestation de conformité? Une copie de la carte d’identité est suffisante", a estimé le chef du gouvernement.

Pour les entreprises, le gouvernement a prévu un portail national réservé aux procédures: www.busines-procedures.ma.

Capital humain

Quant aux ressources humaines au sein de l’administration, réhabilitation rime avec déontologie. "Il est nécessaire de mettre en place un code de déontologie professionnel", a affirmé le chef du gouvernement, soulignant l’importance qui sera désormais accordée à la décentralisation: "une charte est sur le point de voir le jour. C’est un vieux rêve qui va se réaliser dans les prochains mois".

Déontologie oblige, El Othmani a tenu à rappeler également que la stratégie de lutte contre la corruption entrera en vigueur dès que le comité national entamera ses réunions.

Par ailleurs, le chef du gouvernement a reconnu que sur plusieurs chantiers, l’étude n’a pas encore abouti à des résultats concrets. A titre d’exemple, la déclaration obligatoire du patrimoine qui ne fait l’objet d’aucune suite, et l’exécution de verdict émis par la justice contre différentes administrations. "Nous avons découvert que certains verdicts sont rendus à l’encontre d’administrations parce que celles-ci n’ont pas eu le moyen de se défendre à temps", a-t-il affirmé, précisant qu’une note devra mettre un peu d’ordre dans cette question. Un cadre devra ainsi être créé pour assurer le suivi des exécutions et l’encadrer juridiquement. "Un comité interministériel étudiera ce chantier. Plusieurs s'en plaignent: citoyens, entreprises et administrations", a-t-il ajouté.

Suivi, El Othmani a aussi promis que les rapports de la cour des comptes ne resteront pas lettres mortes. "Une unité se consacrera à la mise en place des recommandations de la cour des comptes", a-t-il affirmé. Ce sera le cas également pour les autres rapports liés à la gouvernance et au contrôle émis par des organismes concernés. "Nous prévoyons des mesures pour évaluer les politiques publiques et pour assurer la concordance entre celles-ci", a annoncé le chef du gouvernement.

Reste à savoir si El Othmani pourra tenir ces nombreuses promesses en cinq années.

LIRE AUSSI: