Kamikaze Riders: Quel est ce groupe de motards belges en lien avec la mouvance jihadiste?

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Kamikaze riders
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TERRORISME - Cinq personnes ont été interpellées ce mercredi 5 juillet à Bruxelles et dans le nord de la France dans le cadre d'opérations antiterroristes, soupçonnées d'être liées aux "Kamikaze Riders", un gang de motards belges dont certains appartiennent à la mouvance jihadiste.

Dans le coup de filet, deux des quatre suspects arrêtés dans la capitale belge sont soupçonnés d'avoir mené des préparatifs d'attentat. Ces deux hommes sont les frères de Saïd Saouti, le chef des Kamikaze Riders, condamné l'année dernière pour terrorisme.

Le groupe de motards, créé en 2003 à Anderlecht dans la banlieue bruxelloise, était surtout connu de la police, à l'origine, pour ses équipées à moto au mépris du code de la route, sur le périphérique de la capitale belge (lire plus bas dans l'article).

Mais l'arrestation fin 2015 de deux de ses membres, et notamment son fondateur et leader Saïd Saouti, avait mis la Belgique en émoi et provoqué l'annulation du feu d'artifice du Nouvel an dans le centre de Bruxelles en raison de craintes d'attentats.

Ces deux hommes, tous deux âgés d'une trentaine d'années, ont été condamnés en octobre 2016 par le tribunal correctionnel de Bruxelles: Saïd Saouti, à 6 ans de réclusion, pour "appartenance à un groupe terroriste" lié à la mouvance jihadiste, et Mohamed Karay, à 3 ans (avec sursis partiel), pour "tentative d'appartenance à un groupe terroriste".

Ils avaient été, lors de leur arrestation, soupçonnés d'avoir planifié une attaque du même type que les attentats jihadistes ayant frappé Paris le 13 novembre 2015, qui avaient fait 130 morts et plusieurs centaines de blessés.

Mais au terme de l'enquête, au cours de laquelle ni armes ni explosifs n'ont été retrouvés, le parquet avait demandé un non-lieu pour les accusations portant sur la planification d'un attentat.

Nombreuses vidéos de virées

Saïd Saouti a également été déclaré coupable d'avoir recruté des personnes en vue de commettre des "infractions terroristes". Le tribunal s'est fondé sur les nombreuses vidéos faisant l'apologie du jihadisme qu'il avait postées sur internet.

En fin de procès, Saïd Saouti avait exprimé ses regrets d'avoir tenu des propos radicaux sur les réseaux sociaux. Mais la procureure, lors de son réquisitoire, a déclaré qu'elle ne croyait "absolument pas à la prise de conscience" du prévenu, affirmant qu'il continuait d'afficher ses convictions radicales en détention.

Les deux hommes ont en revanche été lavés de l'accusation d'avoir donné des instructions ou des formations pour la fabrication d'explosifs et le maniement d'armes. Ces accusations découlaient de leur participation à des parties de "paintball", un jeu où l'on utilise des armes factices et que le procureur considérait comme un entraînement militaire.

Sur le groupe des Kamikaze Riders en lui-même, "on fait des clips vidéo, on fait des rassemblements moto, on fait des bonnes actions aussi pour des écoles défavorisées ou autres", énumérait Ludovic Ansel au micro de RTL Belgique en 2015, lui qui est membre depuis une douzaine d'années de ce groupe arborant une silhouette de samouraï en guise d'emblème.

Et question vidéo, en effet, les Kamikaze Riders savent y faire. Sur YouTube, les vidéos de leurs virées en groupe y sont très nombreuses. Les plus anciennes publiées datent d'il y a douze ans. Comme on peut le voir ci-dessous, ces vidéos mettent en scène ces motards adeptes du "stunt" (discipline consistant à faire des acrobaties en moto) dans leurs exploits sur les routes de la capitale belge.

"On est une famille"

Ces "samouraïs" du bitume comme ils se définissent, s'inscrivent dans une culture "street" et correspondent en effet aux standards esthétiques de la culture "banlieue" telle qu'elle est souvent revendiquée dans des clips de rap.

Proche de l'esprit "crew" comme cela existe dans la culture hip-hop, les Kamikaze Riders arborent des vêtements à l'effigie du groupe, et les mettent d'ailleurs en vente sur les réseaux sociaux. Jusque-là donc, ni plus ni moins qu'une bande de jeunes se réunissant pour jouer les cascadeurs du dimanche et se retrouver entre amis pour faire des vidéos. Pour autant, on se rend compte assez vite en parcourant les vidéos du groupe que certains de ses membres semblent partager une lecture (très) radicale de l'islam.

Ludovic Ansel le jure, le groupe n'est absolument pas exclusivement musulman. "Ce ne sont pas que des Arabes, que des musulmans. Il y a des chrétiens, il y a des Africains. On est une famille", expliquait-il à RTL Belgique il y a deux ans. Néanmoins, ce dernier concédait que Mohamed K. et Saïd S. -les deux membres aujourd'hui condamnés- étaient certes "à fond dans leur religion, mais (...) n'ont jamais eu de geste ou de parole extrémiste".

Pourtant, l'un des membres du groupe, dont le pseudo sur YouTube est Said Abu Shahid, ne cache pas sa sympathie pour Daech. Sur neuf vidéos que ce membre des Kamikaze Riders a publié en un an, seulement quatre concernaient le club de motards. Le reste, de la propagande islamiste dont une vidéo faisant référence explicitement à l'organisation terroriste. Quant aux 133 vidéos ajoutées dans sa playlist, la plupart sont issues de la plus pure propagande islamiste. Des vidéos d'Omar Omsen à celles émanant directement de Daech, ce membre des Kamikaze Riders affiche la panoplie complète de l'aspirant jihadiste.

Ci-dessous, un aperçu de l'activité de ce dernier sur YouTube:

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Pour autant, la page Facebook du groupe ainsi que la majorité des vidéos concernant les Kamikaze Riders ne font aucune mention à la religion. Ce qui peut montrer que c'est moins le groupe de motards en question qui est visé que certains de ses membres potentiellement radicalisés.

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