Flexibilité du dirham: Akesbi accuse Bank Al Maghrib d'avoir "usurpé" la mission du gouvernement

Publication: Mis à jour:
BANK AL MAGHRIB
DR
Imprimer

DIRHAM - Mauvais départ pour la libéralisation du dirham. Pour certains experts, ce processus a raté son démarrage et pointent la responsabilité Bank Al Maghrib. C’est du moins ce dont est convaincu le célèbre économiste Najib Akesbi. "Selon les statuts de Bank Al Maghrib, la prérogative de modifier la politique du taux de change relève du gouvernement. Or, depuis six mois que l’on parle de la question de la flexibilité du dirham, le gouvernement ne s’est jamais prononcé là-dessus. Seul, Bank Al Maghrib le faisait", déclare au HuffPost Maroc Najib Akesbi.

L’économiste au franc-parler va même jusqu’à accuser Bank Al Maghrib d’avoir "usurpé" les prérogatives du gouvernement. "Bank Al Maghrib a organisé des campagnes de communication faisant croire à l’opinion publique que ce dossier relève de ses compétences. Légalement et politiquement, c’est le gouvernement qui est en charge de la question", martèle-t-il.

Contacté par le HuffPost Maroc, le service de communication de Bank Al Maghrib ne s'est pas encore exprimé à l'heure où nous mettons en ligne.

La goutte qui a fait déborder le vase

La goutte qui aurait fait déborder le vase a été, selon Najib Akesbi, l’annonce par Bank Al Maghrib d'une conférence de presse pour donner le coup d’envoi de la libéralisation du dirham. "Il a décidé de l’organiser le jeudi 29 juin à 15h. Alors que le conseil du gouvernement, qui se tenait le matin du même jour, devait entamer l’étude du dossier faisant partie de l’ordre du jour", précise-t-il.

La conférence, qui devait annoncer la date d'entrée en vigueur de la réforme du régime de change et des paramètres techniques inhérents, a fini par être reportée à une date ultérieure. Les médias n’ont été avisés que la veille au soir laissant ainsi des questions planer sur ce report de dernière minute. Pour Akesbi, il n’y a qu’une seule explication: le gouvernement a décidé de reprendre la main sur ce dossier, et retiré également de l’ordre du jour de ce conseil du gouvernement.

"Le chef du gouvernement a été clair, lors de sa sortie télévisée du samedi 1er juillet, lorsqu’il a déclaré que la question sera étudiée. Ce qui montre que le gouvernement maîtrise à présent le dossier", déduit Akesbi. Et d’estimer que "si le point de presse avait eu lieu, cela aurait été une humiliation pour le gouvernement et, par la suite, une catastrophe économique dont le gouvernement portera le chapeau politiquement".

Lors de sa sortie médiatique, le chef du gouvernement, Saad Eddine El Othmani, a créé la surprise en n'hésitant pas à aborder la réforme du régime de change: "la largeur actuelle de la bande (de fluctuation du dirham) est de 0,6%. La proposition est de passer à 5%, soit une fluctuation de plus ou moins 2,5% (…) Ce n’est pas une grande marge. Elle n’engendrera donc pas d'impacts négatifs", a ainsi déclaré le chef de gouvernement.

Le gouvernement réagit

"Je ne partage pas l’avis de certains qui pensent que le chef du gouvernement a commis une gaffe en annonçant les variations de la marge. Pour moi, il a fait cette déclaration bien volontairement, montrant ainsi que le gouvernement va remettre les compteurs à zéro sur ce dossier", analyse l’économiste pour qui "tout semble, à présent, cohérent".

Morale? "Bank Al Maghrib est allé trop loin et le gouvernement a réagi d’une manière excessive. C’est un comportement irresponsable de part et d’autre", prévient Najib Akesbi. Et d’ajouter que, le projet de flexibilité du dirham n’est désormais plus à l’ordre du jour du gouvernement. "Le projet passe à la trappe pour un temps", estime-t-il, précisant que l’économie marocaine n’est pas prête non plus. "On ne peut pas dire, d’une part, qu’on est pour la liberté du marché et, d’autre part, qu’on veut contrôler ce qui est le cœur du marché: la spéculation", affirme Najib Akesbi. Et il a un argument imparable: "Le Maroc n'a pas les moyens de le faire, notamment en volume de réserves de change". En clair, ce n'est pas le moment de "se jeter dans l’eau".

LIRE AUSSI: