Al Hoceima: Vers une sortie de crise?

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AL HOCEIMA
REUTERS/Youssef Boudlal | Youssef Boudlal / Reuters
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RIF - Il n'aura fallu que quelques jours pour l'annonce d'un signal fort. Fraîchement installé le 29 juin dernier, le nouveau gouverneur de la province d'Al Hoceima, Farid Chourak s'est, dès le 3 juillet, exprimé devant la presse, pour annoncer des retraits progressifs des forces de l'ordre "à Imzouren et à la place Mohammed VI à Al Hoceima", rapporte l'AFP.

"Ce sont des signaux profonds, j’espère qu’ils seront reçus par chacun. (…) Le retrait se fera par étapes", a poursuivi Farid Chourak, qui précise suivre les "directives" du roi pour "garantir les libertés", ajoute l'AFP. "Si les protestataires réagissent positivement à ces signaux, d’autres suivront, dans le même sillage. La confiance et la sécurité sont liées (…) jusqu’à un retour à la situation normale".

Volonté royale

Pour encourager ce retour à la normale, les signaux se multiplient après huit mois d'enlisement et de renforcement du Hirak, le mouvement de protestation né dans le Rif au lendemain de la mort Mouhcine Fikri.

Mais tout s'est accéléré le 25 juin, date à laquelle le roi Mohammed VI, s'exprimant à l'occasion d'un conseil des ministres, a exprimé "sa déception", "son mécontentement" et "sa préoccupation" au sujet de la non-réalisation dans les délais impartis des projets du programme Al-Hoceima Manarat Al Moutawassit, dont la signature s’est déroulée sous sa présidence effective en octobre 2015 à Tétouan.

Jusqu'alors, l'avis du souverain n'avait été relayé que par la voix d'Emmanuel Macron. En visite au Maroc le 14 juin dernier, le président français avait partagé, lors d'une conférence de presse, son échange avec Mohammed VI: "Il ne m'appartient pas ici de porter un jugement sur un sujet de politique intérieure", a déclaré Emmanuel Macron, avant de poursuivre: "Néanmoins, j'ai senti que le roi considérait qu'il était légitime, normal, qu'il y ait des manifestations, prévues dans le cadre d'un droit constitutionnel, et que son souhait était d'apaiser la situation en répondant aux prémices de ces mouvements, en apportant une réponse concrète, notamment en matière de politique publique".

Signes d'apaisement vs attentes

Il faut dire que pour apaiser en "apportant une réponse concrète", les visites et réunions ministérielles se sont multipliées à Al Hoceima, pour rassurer quant à la mise en place de politiques claires dans des domaines aussi variés que la santé, le transport, la gestion de l'eau, ou encore le tourisme, avec l'annonce, hier le 4 juillet, de la mise en place de lignes aériennes reliant Tanger et Casablanca à Al Hoceima, pour participer ainsi à son désenclavement.

Mais si ces initiatives tentent de répondre aux revendications sociales exprimées dès les prémices du Hirak, l'attente est grande quant à la libération des détenus. "Les familles sont dans l'expectative. Pour l'instant, ce sont les visites des familles aux détenus qui sont organisées par le CNDH. Hier trois autocars affrétés par ce dernier ont conduit des familles au pénitencier de Oukacha à Casablanca", témoigne Najim Abdouni, militant associatif à Al Hoceima.

La libération des détenus suscite bien des passions parmi les manifestants, alors que la date du procès de Nasser Zefzafi, devant les juges de la chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca, est fixée au lundi 10 juillet.

En attendant, les manifestations se poursuivent scandant cette même revendication. Alors que le week-end dernier, les photos de manifestants en maillot de bain encerclés par les forces de l'ordre sur la plage d'Al Hoceima, ont fait le tour des réseaux sociaux, Twitter et Facebook relaient hier et aujourd'hui photos et vidéos de la mobilisation des habitants de Tamassint revendiquant la libération de Zefzafi et des autres détenus du Hirak, mais dénonçant aussi leur condition sociale, la corruption et la désinformation médiatique. Si une sortie de crise est possible, il reste encore des étapes à franchir pour apaiser durablement le Rif.

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