Tunisie: La militante féministe Monia Ben Jémia appelle à la fermeture des bordels. L'ouverture d'un gouffre?

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PROSTITUTION
KEWIN STEELE
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Monia Ben Jémia, présidente de l'association tunisienne des Femmes Démocrates a appelé en sa qualité de citoyenne à la fermeture des maisons closes en Tunisie dans une interview accordée au journal hakaekonline. Afin d'endiguer le risque que les prostituées se reconvertissent dans la prostitution clandestine, Ben Jémia recommande la réinsertion sociale de ces femmes.

À l'instar de la législation française en la matière, Monia Ben jémia appelle à la pénalisation des clients des prostituées, se fondant sur la loi sur la traite des êtres humains qui proscrit "toute forme d'exploitation, notamment des femmes et des enfants, c'est à dire "le recrutement, le transport, le transfert, le détournement, l'hébergement ou l'accueil (...) par le recours ou la menace de recours à la force". Une éradication de la demande afin d'éroder l'offre.

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Entre ceux comme Ben Jémia qui considèrent la prostitution comme un asservissement des femmes et ceux qui prônent l'organisation de ce plus vieux métier du monde qui ne saurait disparaitre, c'est un éternel débat universel.

En France, la promulgation de la loi sur la pénalisation des clients de prostituées a donné lieu à de vives débats. S'y est illustrée notamment la philosophe et féministe française Elisabeth Badinter pour sa position à contre-courant de l'orthodoxie féministe sur le sujet.

En effet, pour Badinter, "toutes les femmes qui ont besoin d'argent ne se prostituent pas pour survivre! Pour les victimes des réseaux, on ne peut plus parler de choix car il est quasiment impossible de revenir en arrière. La lutte contre l'esclavage des femmes doit donc être sans merci (...) toutes les femmes n'ont pas le même rapport à leur corps. Dans certaines conditions, la prostitution est difficile à vivre, mais il y a des femmes pour lesquelles ce n'est pas aussi destructeur qu'on le dit".

Pour la féministe française, la prohibition ne fera qu'accentuer le pouvoir des mafieux, en faisant référence aux circuits clandestins.

"Il faut donc en (la prostitution) faire une activité sécurisée, donner aux prostituées les droits qu'elles réclament, comme celui de s'associer ou de louer un studio. Je voudrais tellement qu'on arrête de traiter les prostituées comme des rebuts de l'humanité. Un certain discours bien-pensant ne peut que les enfoncer davantage dans l'humiliation", recommande-t-elle.

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Fermeture des bordels: le coût sanitaire?

La fermeture des maisons closes entraînera-t-elle la prostitution clandestine et son lot de dérives? "Elle existe déjà et massivement. La fermeture ne fera que multiplier les circuits clandestins", lance Souhaila Bensaid, de l'association tunisienne de prévention positive (ATP+) au HuffPost Tunisie.

Pour la représente de ATP+, la fermeture des bordels sera "un retour en arrière". Et d'ajouter: "On est le seul pays arabe à organiser ce secteur, veillant ainsi à sa sécurité sanitaire". Elle rappelle par ailleurs que l'une des principales populations atteinte par le VIH en Tunisie sont les prostituées clandestines, "sans parler des autres maladies sexuellement transmissibles", a-t-elle signalé.

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