Événements d'Al Hoceima: un coup dur pour le tourisme dans la région? (ENTRETIEN)

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PLAGE AL HOCEIMA
Plage d'Al Hoceima. | CRT Tanger Tetouan Al hoceima
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TOURISME - Al Hoceima entre dans son neuvième mois de crise. La révolte populaire, qui n'a pas cessé pendant le mois de ramadan, va-t-elle se calmer pendant la saison estivale? Rien n'est moins sûr. Le tourisme, déjà stagnant dans la région, fait partie des secteurs directement touchés. "Des mesures urgentes seront prises pour sauver l’actuelle saison estivale et promouvoir le secteur touristique dans la ville d’Al Hoceima et sa région", a assuré, lundi 3 juillet, le ministre du Tourisme, Mohamed Sajid, lors d'une réunion avec les professionnels et responsables locaux.

La haute saison peut-elle encore être sauvée à Al Hoceima? Quelles mesures devraient être prises d'urgence? Sur quels atouts la région peut-elle compter pour attirer des touristes? Le HuffPost Maroc s'est entretenu avec Abdelghani Ragala, directeur général du Conseil régional du tourisme (CRT) de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima.

HuffPost Maroc: Al Hoceima connaît-elle vraiment une crise du tourisme en ce moment?

Abdelghani Ragala: La crise du tourisme est évidente: la ville est perturbée par les manifestations. Automatiquement, il y a une peur qui affecte l'affluence touristique, d'autant plus que nous entrons dans la haute saison. Ce n'est pas encore résolu, mais ça se calme. Ces derniers temps, à Al Hoceima, il y a des manifestations, mais pas plus que la normale par les temps qui courent. La ville reste accueillante. Par ailleurs, la capacité hôtelière de la ville n'est pas énorme. Donc, il suffit que les gens n'annulent pas leurs visites ou réservations pour que la saison se passe dans de bonnes conditions.

Quelles sont vos priorités pour limiter l'impact?

Notre souci numéro un, c'est de rassurer les gens. D'autant plus que les événements actuels sont un peu gonflés par les médias et les réseaux sociaux. Il faut que les gens aillent à Al Hoceima. Nous allons d'ailleurs lancer une campagne nationale pour encourager les nationaux à passer leurs vacances d'été dans la ville. C'est une mesure d'urgence pour sauver la saison estivale 2017. Bien avant la visite du ministre, nous avons eu des réunions avec les acteurs locaux, que ce soit nos partenaires, comme le conseil provincial du tourisme, et les professionnels du secteur, pour essayer de créer de nouveaux produits touristiques. Car le balnéaire seul ne vend plus. Il faut confectionner de nouveaux produits, innover, impliquer la population locale.

Vous dites que le balnéaire ne vend plus... Sur quoi misez-vous alors pour relancer l'activité touristique?

Il faut impliquer davantage les Eaux et Forêts pour que le parc national d'Al Hoceima soit à la hauteur des attentes des visiteurs, qu'il soit "visitable". Pour l'instant, ce n'est pas le cas, parce qu'il n'est pas encore marketé. Nous avons également misé sur le digital, en intégrant Al Hoceima sur notre site internet. Nous avons fait des reportages photos, un film promotionnel, etc. Ce que nous essayons actuellement, c'est d'intégrer Al Hoceima dans le circuit touristique de la région, d'en faire un vrai produit touristique. La visite du ministre n'a fait que confirmer ce que nous avions déjà entamé, notamment avec notre principal partenaire qui est l'Office national marocain du tourisme (ONMT) avec lequel nous avons proposé un désenclavement de la ville, en créant une nouvelle ligne aérienne Tanger-Al Hoceima. C'est une priorité, car Tanger devient un hub international, comme Casablanca.

La crise a-t-elle accéléré la prise de conscience qu'Al Hoceima était enclavée?

Je pense que oui. Quelque part, c'est un mal pour un bien. Peut-être que tout ce qui arrive maintenant nous fait prendre conscience qu'Al Hoceima doit être revalorisée et surtout désenclavée, c'est le principal problème. La relier au réseau autoroutier national n'est pas un luxe, c'est une obligation. L'aéroport aussi doit être relié comme il l'était dans les années 70-80 à plusieurs capitales européennes.

Il faut redonner à Al Hoceima cette position intéressante d'un point de vue touristique pour l'économie du royaume. Elle a eu tendance à être un peu marginalisée, maintenant il faut la remettre sur l'échiquier.

Pourquoi la ville a-t-elle été marginalisée?

On n'a pas suivi l'évolution du marché touristique. Le Club Med lui-même a connu des difficultés. Il n'existe plus aujourd'hui sous la forme sous laquelle il existait du temps des beaux jours d'Al Hoceima. Il a changé sa façon d'exister, et Al Hoceima n'a pas réussi à suivre la nouvelle stratégie du Club Med. Il fallait à ce moment-là prendre des initiatives pour faire rentrer Al Hoceima dans la vision touristique "all inclusive", par exemple.

Quels sont les principaux atouts de la région?

Tout ce qui se rapporte à la nature. En commençant par la mer, qui est intéressante non seulement pour aller bronzer, mais aussi pour découvrir le parc maritime, faire des expéditions sportives. Tous les sports nautiques existent à Al Hoceima. Toujours côté nature, il y a le parc national qui a beaucoup de potentiel, mais qui, comme je l'ai dit, n'est pas encore exploité.

Des circuits ont déjà été imaginés mais ne sont pas encore commercialisés. Un autre atout: l'arrière-pays, avec le tourisme durable dans le sens large du terme, comme la découverte des traditions des villages qui entourent Al Hoceima, de la gastronomie, des circuits de randonnées, etc. Il faut aussi que l'économie locale se développe en permettant aux gens qui visitent ces régions de rencontrer les potiers, les artisans du textile, ou ceux qui fabriquent des produits du terroir.

Tout cela est-il faisable dans les mois qui viennent?

Il y a beaucoup de pain sur la planche, mais on ne peut pas faire du tourisme sans proposer des produits qui répondent aux attentes des professionnels venant de l'étranger. Ce n'est pas parce qu'ils viennent ici qu'ils vont être indulgents. Il faut qu'on soit à la hauteur de la qualité qu'ils attendent.

Nous allons poursuivre nos conventions avec l'ONMT dans les mois qui viennent, et nous allons continuer à intégrer Al Hoceima dans nos programmes, surtout au niveau de la participation de la province aux manifestations touristiques internationales, comme les foires et les salons. Il faudrait aussi qu'on fasse un peu de documentation, que le site web soit vraiment interactif, dynamique et complet en informations, que la région s'implique. Nous venons de voter notre budget 2017-2019 avec la région, nous avons une convention avec elle dans laquelle nous intégrons Al Hoceima au même titre que 7 autres villes de la région. Il faut que toute la région soit capable de se défendre touristiquement parlant.

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